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lundi 23 février 2026

Une recherche-création sur le dessin de lettres aux allures de work in progress - Suites

Depuis mon défi graphique de 2023 au cours duquel j'ai dessiné à l'encre les 26 lettres de l'alphabet latin comme autant d'univers intimes à développer ensuite, je ne cesse de travailler le sujet. La lettre, la typographie et le noir et blanc ont constitué mes éléments de réflexion et de recherche de départ. Mais, je m'en suis rapidement écartée, pour en premier lieu, explorer le volume. 

Ai-je utilisé des modèles  ? Oui. Pour mon dessin à contraintes, j'ai voulu partir de ce qui existe. Aussi, comme je l'explique dans le premier article consacré à l'écriture dans sa dimension plastique, j'ai beaucoup regardé, analysé et redessiné des lettres extraites d'affiches Art déco, par exemple. Pour (re)lire mon premier retour d'expérience créative sur la typographie à la main, afin de se faire une idée de mon parti-pris, cliquez sur le lien suivant :  Mes lettres de l'alphabet en noir et blanc.

J'ai souhaité explorer le volume car l'expérience du dessin de lettre quotidien, au moyen d'outils strictement graphiques tels que la plume, le feutre fin ou le feutre pinceau, a fait émerger l'envie de profondeur et de manipulation de matériaux bruts à des fins de transformation(s). Ce fut l'une des premières étapes vers l'élaboration d'une typographie artisanale comme projet de recherche - création. (Aux côtés des thématiques du corps - fragment et de la mémoire des arbres qui représentent actuellement mes deux autres grandes préoccupations artistiques.)

Car, je le répète et je me repète (aussi), j'ai progressivement considéré que la lettre, l'alphabet, les abécédaires (que j'affectionne, on le sait !) peuvent représenter à eux seuls, une direction artistique, graphique et plastique autant que culturelle et esthétique. Et cela, soutenue par la recherche et la création d'autres artistes vivants.tes et décédés.ées - mais résolument présents.tes à travers l'hommage ou la citation, notamment.

 
Au sortir d'un peu plus d'un an de recherches, j'ai réuni une sorte de "collection", des ensembles d'alphabets réalisés avec des matériaux différents ou des formes graphiques colorées variées. Comme ma création typographique ne s'inscrit pas dans la droite ligne de modèles déjà existants, il m'a fallu en faisant définir des règles d'organisation et mes propres directions esthétiques. C'est en cela que je considère aussi cette création comme une recherche : les questions qui se posent au moment du Faire trouvent des solutions possibles au fil de la production des formes.
 
Ainsi, je possède aujourd'hui des alphabets faits dans divers papiers, en terre crue, en argile, en fil de fer (recuit ou non), en plâtre... Certains ont été créés d'un seul jet, d'autres ont demandé plus de temps, des allers-retours, des améliorations. Des améliorations, en effet, parce qu'au fil de la constitution d'ensembles typographiques, un regard rétrospectif sur ma création précédente a été jeté. Une distance critique. Depuis chaque ensemble formel de lettres, des principes plastiques ont émergé. Et conséquemment ou de manière dialectique, depuis tous ces ensembles réunis, le besoin de créer une "harmonie" a pointé son nez. 


 
C'est à partir de cette volonté, visible à travers les formes réalisées, qu'est né le sentiment d'avoir affaire à une collection en train de se constituer. Chacune de ces "grandes pièces", mes différents alaphabets peuvent s'appeler ainsi, chacune de ces pièces s'organise en une collection, tout à la fois hétéroclite et homogène. C'est une collection homogène car elle réunit uniquement des lettres faites à la main, de plus ou moins grand format. C'est également une collection hétéroclite car chaque grande pièce obéit à des principes formels et sont habitées par une pensée spécifique. Ces éléments ne sont pas interchangeables. 
 
Je finirai ce nouvel article concernant ma recherche - création sur le dessin de lettres en évoquant trois points :
 
1°) De la lettre aux mots mystérieux
 
Rapidement, à partir du moment où j'ai disposé d'un alphabet entier satisfaisant, j'ai eu envie d'écrire/ construire des mots. Cette direction de création dans laquelle les lettres se meuvent, glissent, se font ludiques tout autant que tactiles, fait écho, en arrière - fond, à mon intérêt de plasticienne pour le dessin mural, la fresque contemporaine et l'art du Graffiti, dans un premier temps. Dans un second temps, composer des mots que l'on peine à lire, qu'on est, en quelque sorte, quasi olbigé de déchiffrer, résonne avec une réflexion plus profonde sur l'acte de Lire et la poésie concrète dont je parle dans mon article de février 2025.
 
2°)  Va-et-vient dimensionnel
 
De manière semblable à ce qui se produit quand j'écris - des images me viennent que je souhaite concrétiser en études, en dessins ou en illustrations, et inversement -  la 2D appelle la troisième dimension : la hauteur, la profondeur ! Dessiner, tracer, griffonner, gribouiller, remplir, hachurer... chacune de ces opérations me donne envie d'une manipulation plus "physique". Au stylo que je tiens correspondraient alors le fil de fer tordu, le papier déchiré... Le besoin impérieux de toucher se concrétise par le choix de matériaux essentiellement présents dans mon atelier : je travaille avec ce qui est proche de moi, autant littéralement que poétiquement.
 
3°) Interrogations sur les perspectives artistiques et éditoriales
 
Car, forcément, la quantité (de recherche) ainsi que les formes plurielles appellent à un moment donné un désir de partage, de monstration, d'exposition. Je n'ai pas encore trouvé ma voie/x. Comment dresser un inventaire intéressant de cette collection qui s'enrichit et qui s'organise comme un organisme vivant dont on ne découvre les caractéristiques que progressivement ? 
Grâce à instagram et à mon intérêt récent pour le Design, je sais que des artistes typographes s'affichent. En outre, je sais, et cela grâce à mes rencontres dans les festivals et à mes visites en bibliothèques spécialisées, qu'il existe depuis longtemps finalement des cahiers de tendances ou de modèles, réalisés par les créateurs et les créatrices pour diffuser leurs trouvailles et faire connaître leur style. Des sortes de guides joliment mis en page, que l'on consulte par goût ou par nécessité commerciale. Ce sont-là deux pistes qui peuvent accompagner la recherche de solutions toutes personnelles. Enfin, elles peuvent in fine représenter une aide pour tenir éloignée l'intuition d'une aporie : un work in progress dont on ne pourrait voir ni le fond ni l'objectif, condamné à l'errance, à ne faire que produire (et produire encore) de nouvelles formes.
 
Une affaire à suivre, donc ... 
 
©ema dée

mercredi 28 janvier 2026

Les objets - livres d'Ema Dée se préparent pour le Festival "Ecrire !" à Rennes.

AVIS de nouvelle et très proche perspective d'exposer et de s'exposer. Le 7 et le 8 février prochains, je serai à Rennes au Festival Ecrire ! 

Tourné vers l'édition indépendante, le livre d'artiste et la micro-édition, Ecrire! fêtera ses trois ans d'existence. Je suis ravie d'être de la partie car c'est l'occasion, encore une fois et toujours dans ce genre d'événements artistiques et culturels, de faire des rencontres et des découvertes qui boostent sa propre création, et font du bien - tout simplement !

Mon petit programme d'exposition personnel est quasi prêt. DES LIVRES, DES LIVRES, DES LIVRES !... 😉


A côté de ce que je peux dignement considérer comme mon fonds de commerce, à savoir, mes autoéditions toutes carrées, mon 1er graphzine et le 1er numéro de ma revue-zine,  j'exposerai, je présenterai et je commenterai les créations éditoriales nouvellement produites dans mon atelier du petit livre d'artiste - ainsi que j'aime à le nommer. 

Un atelier de créations nomade d'où naissent des objets à lire, uniques ou produits en très petit nombre d'exemplaires. Abordant ou traitant de ma relation aux arbres de ma mémoire, ils sont thématiques pour le moment, mais pas forcément pour toujours. En effet, l'atelier se définit et dessine les propres contours de son champ d'exploration en même temps qu'il donne le jour à ces objets singuliers. Certains de ceux que j'apporterai dans ma valise ont déjà pu être montrés au cours du Salon Made Anywhere (2) en septembre 2025. 

En quelque sorte, Festival Ecrire ! me permet de prolonger l'expérience de développer et d'approfondir, parallèlement à une micro-édition de livres imprimés et définis par une "ligne éditoriale", des créations livresques et artistiques. Elles sont volontiers plus mobiles dans leurs formes et leur contenu, car s'y exprime un autre rapport à la Lecture, à l'Objet, au matériau et au Faire. Tous ces éléments qui sont déjà présents dans mes recueils en textes-images de la collection horlart ou dans mes libres adaptations PINACOTEXT. Cependant, ceux-là sont envisagés différemment. Car, ils ne sont pas contraints par des gabarits formatés. Par exemple, un nombre de pages selon un type de reliure particulier. 

.... Et DES IMAGES, DES IMAGES ! 😊

Chaque salon, festival ou exposition titille mon imagination en ce qui concerne les à-cotés de l'auto/ micro/ édition, les goodies - les produits dérivés, quoi ! Que proposer, en plus, de sympa et d'aisément collectionnable, mais qui n'escamote pas l'esprit "Livre". J'y réfléchis et réponse(s) - en images, évidemment, bientôt !

Petits rappels donc, pour celles et ceux qui auront la possibilité de se déplacer jusqu'à la petite métropole bretonne la semaine prochaine ou qui s'intéressent à distance au festival rennais :  

- Suivre l'événement : https://www.instagram.com/festival.ecrire/

- Visiter le festival : Espace lecture Carrefour 18 - 7 rue d'Espagne, 35200 Rennes. 

- S'y rendre sur place : Métro/ station Fréville – ligne A ou Bus/ lignes 13, 61, 72, 74, 79, 80.

- Jours et horaires d'ouverture : Samedi 7 et dimanche 8 février, de 10h à 18h.

Au plaisir de vous y retrouver ! 😊

©ema dée 

lundi 8 décembre 2025

Le Veston ensorcelé de Dino Buzzati pour le défi graphique "Impro des Cinés 2025"

Un autre rendez-vous créatif régulier qui allie texte et production d'images, en noir et blanc, en couleurs ou bien les deux, à partir d'une incitation qui arrive par mail sous la forme d'un texte assorti d'un sujet : Impro des Cinés. Le sujet est un cadre pour réfléchir à la manière dont le Cinéma pourrait s'en saisir, et initier une production inédite sous la plume de plusieurs compères artistes, en particulier, Lei N'Karna, Thomas Cloué (instigateur original du défi) et moi-même. Une affiche à réaliser pour Impro des Cinés, c'est aussi marquer de manière singulière la Journée nationale du Cinéma independant.  

L'oeuvre cinématographique que je propose pour ce festival alternatif s'intitule Le Veston ensorcelé. Le Veston ensorcelé est aussi (et surtout !) le titre d'un récit bref que le lecteur peut découvrir à partir de 1966 dans le recueil de nouvelles "Le K" écrites par l'auteur et artiste italien Dino Buzzati (1906 - 1972). Ici, il s'agit d'un exercice de style visuel, narratif et artistique, puisque six grands réalisateurs et réalisatrices, (re)connus.es pour leur goût immodéré du mystère, de l'inquiétant, du grotesque voire du monstrueux qui se cache dans les replis de l'âme humaine, ont accepté de livrer, chacun.e selon leur esthétique, une adaptation de cette nouvelle

D'accord, mais de quoi s'agit-il ? Un homme ordinaire, passablement heureux dans la vie, est touché par la grâce de Dame Fortune par l'entremise d'un veston impeccablement coupé. Qui n'a jamais rêvé de devenir riche, sans lever le petit doigt, et cela juste en fouillant dans la poche de sa veste ? La grâce de Dame Fortune, hein ? C'est à voir... 

En réponse à l'invitation de Thomas Cloué dans le cadre de l'Impro des Cinés, j'ai souhaité poursuivre mon exploration de la mise en image des textes inclassables et des nouvelles de Dino Buzzati. Je propose une affiche où l'on retrouve mes marottes visuelles. Parmi elles : la police de caractères dessinée à la main, les jeux d'échelles, le dessin d'objets quotidiens et la référence à l'art moderne

Pour découvrir le résultat définitif de mes réflexions en actes, ainsi que les oeuvres de Thomas Cloué et de N'Karna, rendez-vous sur le blog Improzine, à la rubrique Impro des Cinés.

©ema dée

dimanche 30 novembre 2025

Ma boutique en ligne EnEditionsLimitées.etsy se fait belle pour les fêtes de fin d'année.

Chères internautes, passionnés blogueurs, 

Pas facile d'attirer le chaland et la collectionneuse avec des images sans relief, dans une vitrine perdue parmi celles de millliers, que dis-je ?, probablement de millions de vendeuses et de vendeurs dans le monde ! Sachant cela, j'ai néanmoins décidé en début d'année d'oser l'expérience de tenir une boutique en ligne sur Etsy - l'un des leaders dans le marché du Commerce DIY en ligne. J'ai ouvert EnEditionsLimitées, une vitrine spécialisée, au jour d'aujourd'hui, dans la vente d'oeuvres d'art originales, d'impressions et de reproductions d'art sur papier ainsi que des livres illustrés en micro-édition.

Nouveau bandeau de présentation de ma boutique en ligne sur Etsy

Les règles du commerce en ligne à l'heure du "tout digital" ne semblent ne rien avoir à voir avec la vente à distance, telle qu'elle se pratiquait avec des enseignes comme "La redoute" ou "La blanche porte"... Me balader au sein d'Etsy durant ces derniers mois m'a permis de comprendre plusieurs choses :

- Ce qui s'achète en Art n'est pas forcément ce qui est le plus "beau". Ce qui se vend est ce qui répond à la demande... d'un objet décoratif, pourquoi pas ? personnalisable et un peu tendance. D'où le succès des portraits, des affiches "pop" sérigraphiées, des aquarelles de paysages ou animalières, des images pour enfants ou chambres d'enfants... Comment faire sa place et/ ou identifier cette fameuse "niche", sans perdre son identité ou tout simplement l'envie de produire de l'art ? ;

 
 Séries de reproductions ou d'impressions d'art couleurs sur papier, petit ou moyen format

- La demande d'aujourd'hui semble aller davantage vers des objets souvent utilitaires, mais au design singulier, dans le meilleur des cas, artistique, différent - mais, pas forcément du type "outsider" ;

- L'apparence de la vitrine est importante, certes. Mais la transparence quant aux conditions de livraison, la capacité du vendeur ou de la vendeuse à soigner sa relation client (malgré la distance)ou la teneur en DIY des produits vendus prime bien plus ;

- Enfin, il n'y a pas vraiment de règles ; le ratio entre la durée de vie sur Etsy et le nombre de ventes n'est en aucun cas proportionnel. Tout dépent de ce qui est vendu... et peut-être de comment les  biens sont vendus ?

Ayant davantage l'expérience du face à face des salons et des marchés, au bout de huit mois sur Etsy, je remarque que l'expérience de la vente en ligne exige de véritables compétences, qui n'ont rien de comparable avec celles demandées lors d'une exposition-vente physique. Ont-elles des liens entre elles ? Peut-être. A creuser.

Oeuvres graphiques en exemplaire unique, dessin ou illustration sur papier, petit ou moyen format, vendues non encadrées

Dans la perspective des fêtes de fin d'année, j'ai donc procédé à quelques ajustements, en réponse aux conseils d'Esty et aux remarques que j'ai pu me faire en regardant la boutique d'artistes dont j'apprécie le travail :

- Plus de transparence concernant les conditions de livraison. Je les précise dans le détail de l'objet à vendre ; en outre, je suis en train d'ajouter un complément de photographies montrant les enveloppes d'envoi, la pochette en plastique de protection ou le petit cadeau offert, par exemple. C'est plus concret ;

- J'ai repris et amélioré le descriptif de mes produits à la vente ; je me suis concentrée sur les informations les plus essentielles, en utilisant des mots clés. Et, j'ai mis de côté mon besoin d'écrire des notices "littéraires". Vive les tirets ! ;

 Séries d'impressions d'art numériques sur papier, noir et blanc, petit ou moyen format 

- Enfin, j'ai totalement réécrit ma présentation d'artiste : dans celle que l'on peut lire aujourd'hui, je suis plus précise sur ma formation et sur ceraines des raisons qui m'ont conduites à faire ce que je fais.

En quelque sorte, ma boutique fait peau neuve pour séduire les internautes, à la recherche de produits plutôt décoratifs, au style personnel (sans excès), dans une fourchette de prix comprise entre 12 euros (livre en textes-images) et 250 euros (oeuvre graphique en exemplaire unique).  

Rendez-vous dans quelques mois pour un second bilan d'activités. Dans l'intervalle, je me suis promis de sortir de ma zone de confort en me risquant, 1°) - A faire des vidéos... de mes objets d'art, de ma démarche de création, de mes projets en cours ? A voir. ; 2°) - A montrer davantage d'images de mon atelier d'artiste au format de poche.

© ema dée 

jeudi 30 octobre 2025

Dinooctober ou hommage en noir à Dino Buzzati - Fin ?

Impossible de terminer ce défi graphique - hommage à Dino Buzzati sans revenir à des fondamentaux de l'écrivain, journaliste et artiste... Une des nouvelles  qui a participé au succès et à la reconnaissance de l'auteur et qui a donné son titre à un recueil riche d'une quarantaine de nouvelles et textes inclassables... Ce défi m'aura donné l'occasion de donner mon interprétation en images de dix d'entre eux. Je cite (dans le désordre d'apparition) : Le casse-pieds, Chasseurs de vieux, Le veston ensorcelé, Douce nuit, Pauvre petit garçon !, Le vent, L'oeuf, Suicide au parc, Jeune fille qui tombe... tombe, et Les bosses dans le jardin. Voici la onzième illustration en une image  :

 Le K (extrait de Le K, Dino Buzzati) 

"Quand Stefano Roi eut douze ans, il demanda en cadeau à son père, qui était capitaine au long cours et maître d'un beau voilier, de l'emmener à bord avec lui.

- Quand je serai grand, dit-il, je veux aller sur la mer comme toi. Et je commanderai des navires encore plus beaux et encore plus gros que le tien.

- Dieu te bénisse, mon petit, répondit le père (...)

C'était une journée splendide, ensoleillée, et la mer était calme. Stefano qui n'était jamais monté sur le bateau, courait tout heureux sur le pont, admirant les manoeuvres compliquées des voiles. Et il posait de multiples questions aux marins, qui en souriant, lui donnaient toutes les explications souhaitables. Arrivé à la poupe, le garçon s'arrêta, intrigué, pour observer quelque chose qui émergeait par intermittence, à deux cents, trois cents mètres environ dans le sillage du navire. (...)

- Il y a une chose noire qui se montre de temps en temps, dans le sillage, dit l'enfant, et qui nous suit (...)

- Oh si seulement je ne t'avais pas écouté, s'écria le capitaine. Je vais me faire du souci pour toi maintenant..."

© ema dée ©dino buzzati 

mercredi 29 octobre 2025

Dinooctober ou hommage en noir à Dino Buzzati - 17

  Suicide au parc (extrait de Le K, Dino Buzzati)

"Il y a neuf ans, mon ami Stéphane, qui est depuis trente-quatre ans mon collègue, fut atteint par le virus de l'automobile. Stéphane avait bien une 600 mais jusqu'alors il n'avait présenté aucun des symptômes de cette terrible maladie. Son cours fut rapide. Coomme lors des grandes et funestes amours qui s'emparent de l'homme, Stéphane en quelques jours seulment devint l'esclave de son idée fixe et ne savait plus parler d'autre chose.

L'automobile. Non pas la petite voiture d'usage quotidien à laquelle on ne demande que de rouler tant bien que mal, mais la voiture de race, symbole de succès, affirmation de la personnalité, domination du monde, agrandissement de soi-même (...) Avec son idée fixe Stéphane se tourmentait, cassait les pieds de ses amis et inquiétait Faustina, sa femme, une gentille et gracieuse petite créature, trop amoureuse de lui (...)" 

© ema dée ©dino buzzati

mardi 28 octobre 2025

Dinooctober ou hommage en noir à Dino Buzzati - 16

Depuis quelques années on entend dire que les jeunes sont agités, révoltés, mécontents, pleins de haine et de rancoeur. Ceux que je connais personnellement, et ils sont nombreux, ne me semblent pas, après tout, si rebelles. Ils me donnent plutôt l'impression, soyons sincères, de ressembler terriblement à ce que nous étions lorsque nous avions vingt ans, d'être tels que nous étions alors. (...)

Mais évidemment je dois me tromper. De deux choses l'une : ou bien les jeunes gens qu'il m'est arrivé de connaître sont tous des exceptions, des oiseaux rares, entièrement étrangers à la collectivité que forment leurs semblables, ou bien c'est moi qui n'y comprends rien. (...)

Et ce soir - mais ne soyez pas épouvantés, tout de même - c'est moi qui enrage ...

© ema dée ©dino buzzati