Le concept créatif La boîte noire mis en oeuvre depuis la soutenance de mon mémoire de Master 2 Art contemporain et Sciences humaines à l'Université Paris 8 me permet de poursuivre l'exploration plastique et la production d'objets en relation avec le motif de l'Arbre.
Avant d'en présenter quelques-unes, je souhaite revenir rapidement sur 1°) La Boîte noire ; 2°) Ce que j'entends par le motif de l'Arbre.
1°) Ce qu'est La boîte noire.
C'est d'abord un objet matériel, une boîte archive de couleur noire en carton assez solide et de dimensions 3 cm x 33 cm x 47 cm. Hachetée dans une boutique d'articles de Beaux-arts en 2021, elle me permet de transporter les diverses pièces que j'ai produites au cours de mon mémoire de recherche de fin de second cycle universitaire : des études d'arbres au feutre et au feutre pinceau, des reproductions de photographies dcoumentaires personnelles mises en scène, un carnet d'empreintes, mon premier abécédaire de souvenirs particuliers Amoncelleries, travail de fin de Maîtrise en Création littéraire contemporaine, et la première version de Caractérologies, un ensemble de 26 arbres imaginés au fil du temps depuis 2014 et qui fait appel à un dessin au trait ou en aplats de noirs, questionne la relation vide-plein et l'idée de réalisme végétal.
C'est ensuite une forme de métonymie renvoyant à mon cheminement créatif - graphique, plastique et littéraire, d'une part, et d'autre part, intellectuel et émotionnel, autour de la représentation de la nature. Ce cheminement progressif et discontinu, qui part du besoin de s'écrire pour évoluer vers une nécessité de (se) consigner par le geste scripteur et symbolique, se cristallise autour du dessin de l'arbre.
Aujourd'hui, La boîte noire continue d'assurer son double office puisque j'y conserve d'autres objets qui ont vu le jour depuis 2021, et j'y rattache l'ensemble des explorations auxquelles je me livre et qui concernent le motif de l'Arbre : graphzine, sculpture et pièces modelées, séries de dessins ou d'illustrations, mais également, nouvelles références culturelles et séries de photographies - numérique ou non.
2°) Le motif de l'Arbre, c'est quoi ?
Interrogée au cours de la préparation de mon abécédaire Amoncelleries sur l'arbre auquel je fais référence dans mes textes d'autofiction, je réponds en 2014 qu'il n'est pas pour l'instant d'une essence particulière. C'est l'arbre considéré tout d'abord pour ce qu'il est, tel que : un être vivant avec un corps, une organisation, des besoins, un milieu. Ce désir d'indéfinition est longtemps entretenu ; il s'explique par la volonté de ne pas écrire de textes de sylviculture, mais bien d'évoquer un organisme vivant avec lequel mes souvenirs aiment à dialoguer et dont la présence autorise qu'ils se déploient avec plus de fluidité et d'ampleur. L'arbre que j'évoque est comme une présence que ma mémoire localise pour accéder à des époques de ma vie, revolues, et dont il ne me reste que peu de traces. D'aucunes parleraient d'un "fétiche" (cf. Anna Seiderer, Docteure en Philosophie et Maître de conférences en Arts plastiques, UP8)
Ensuite, c'est l'arbre qui se révèle à travers le langage plastique, d'abord, le plus immédiat sans être le moins facile, l'arbre dessiné, puis l'arbre photographié en couleurs, enfin l'arbre en volume, modelé ou sculpté. Le motif de l'arbre doit être compris comme une quête, vers une ressemblance poétique, vers le développement d'un écosystème spécifique, vers une vérité de la sensation. J'expore autant des formes variées de représentations assez naïves que d'expressions privilégiant le fragment, ou encore, manifestant l'attention que je porte à une caractéristique. Cela peut-être le cycle des saisons, la couleur et la forme changeante des feuilles, ou encore, les détritus naturels tels que des morceaux d'écorces, de branches ou de feuilles mortes.
C'est enfin l'arbre d'un point de vue anthropologique, c'est-à-dire la figure convoquée par ma mémoire pour en explorer ses abîmes, en toute sécurité.
A présent, voici une sélection des travaux en cours et des créations terminées. Les premières gagnent en ambition, si je puis dire. Les secondes font l'objet d'une réactivation permanente dans le cadre ou de la préparation d'un salon ou dans la perspective d'une exposition d'arts visuels. Elles finissent elles aussi par se définir dans un entre-deux :
- 8 leporellos, huit tentatives de cerner la figure et la sensation
A la faveur de leporellos que j'ai fabriqués dans des chutes de papier aquarelle, je m'amuse à interroger ma relation au corps de l'arbre selon les saisons. Il y a du jeu, celui des matières colorées, celui des expériences faites avec de nouveaux médiums tels que la gouache, non encore travaillée dans ma démarche de création ou réalisées à partir de documents photographiques précisément choisis, pour finir, celui du support qui cache et dévoile tout à tour.
Chacune des trois productions exposées ci-dessus proposent une manière de regarder et de représenter : l'aquarelle sera posée en touches colorées superposées, l'encre des tampons encreurs à l'aide de formes préalablement découpées dans des plaques de linoléum épais et très souple, pour finir, la gouache, en larges aplats légèrement texturés et en monotypes. Le choix des couleurs et des contours est motivé soit par un desir de ressemblance documentaire, soit par la recherche d'une expression poétique.
- L'arbre de mon printemps
Cette pièce illustre parfaitement mon propos sur la procrastination appliquée que j'évoque dans mes récents articles sur le graphzine. Elle prend formes très modestement en 2023. A cette époque, elle n'est qu'une ossature de fils de cuivre récupérés dans l'atelier d'un l'artiste recupteur, D. Glingué, croisés et emmêlés ensemble et que retienne un très petit socle réalisé avec du plâtre de chantier, sur un coin de table. Puis, durant deux ans, la production en volume reste là, attendant dans un coin de ce même atelier, prenant la poussière et servant d'abri aux araignées. L'année dernière alors que je me désole de ne pas faire avancer cet objet en partie parce que je ne sais pas, une fois fini, où je vais pouvoir l'entreposer sans l'abîmer, un déclic. Qui se fait, par le truchement d'un autre projet au cours duquel j'utiliserai de la limaille de fer peinte à la bombe. Et par la découverte d'un autre matériau : de la poudre verte d'une texture semblable à du gazon finement tondu ou matière à floquer (s'utilise en modélisme pour la création de paysages).
- Mes boîtes à images ou Images en boîtes - Arboraissances
C'est l'histoire d'un jeu où il est proposé diverses expériences à partir d'un même contenu ; elles sont immédiatement visuelles, tactiles, puis elles deviennent émotionnelles, intellectuelles - esthétiques ! car en ouvrant cette boîte de 2cm x 9, 5 cm x 9, 5 cm, on découvre quinze images toutes différentes, certaines sont tactiles, et un texte bref imprimé sur leporello où je revisite à ma manière la géographie des écosystèmes forestiers. La singularité de l'objet tient au fait qu'il soit sans détermination préalable dans son/ ses usage/s : on le reçoit comme on le veut et cela a le droit de varier dans le temps.
- Les pots - pourris ou les mini - livres du sensible
Derniers objets en date créés entre 2025 et 2026, dans la perspective du Festival Ecrire ! à Rennes qui s'est déroulé en février dernier. Ces pièces-ci sont de plusieurs sortes, créées autour de l'idée de rassembler plusieurs traces dans un unique objet, relié à la main. Certains compilent fragments de photographies et bouts de dessins personnels imprimés ; en outre, ils reçoivent un titre imprimé avec de très petits caractères typographiques en plomb. Enfin, une carte postale, détournée à l'aide de collages variés (textes imprimés, papiers décoratifs) accompagne chaque petit objet à lire.
D'autres sont issus d'explorations nouvelles comme le monotype à l'encre de linogravure réalisé à partir de matériaux naturels ou issus de la transformation de l'arbre. Là, intervient une autre caractéristique de ma production plastique, le petit format qui se fait contrainte ludique et adaptation à la rareté des matériaux utilisés. A l'intérieur de ces livres dits "du sensible" parce que j'y présente une relation à l'arbre à travers sa représentation sous différentes formes, figuratives et abstraites, je raconte des histoires de matières : ce sera notamment le récit bref d'un noir qui peu à peu envahit le blanc de chaque page ou celui d'une phrase qui ne se comprend que dans le défilement des pages successives. Pour ceux-là, je déploie tout mon savoir- faire dans la création de reliure cousue.( Ci-dessus, un exemple de reliure à la japonaise.)
© ema dée








