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mardi 16 juin 2026

Matières colorées, objets plastiques et jeux... Le motif de l'arbre en folie !

Le concept créatif La boîte noire mis en oeuvre depuis la soutenance de mon mémoire de Master 2 Art contemporain et Sciences humaines à l'Université Paris 8 me permet de poursuivre l'exploration plastique et la production d'objets en relation avec le motif de l'Arbre. 

Avant d'en présenter quelques-unes, je souhaite revenir rapidement sur 1°) La Boîte noire ; 2°) Ce que j'entends par le motif de l'Arbre. 

1°) Ce qu'est La boîte noire.

C'est d'abord un objet matériel, une boîte archive de couleur noire en carton assez solide et de dimensions 3 cm x 33 cm x 47 cm. Hachetée dans une boutique d'articles de Beaux-arts en 2021, elle me permet de transporter les diverses pièces que j'ai produites au cours de mon mémoire de recherche de fin de second cycle universitaire : des études d'arbres au feutre et au feutre pinceau, des reproductions de photographies dcoumentaires personnelles mises en scène, un carnet d'empreintes, mon premier abécédaire de souvenirs particuliers Amoncelleries, travail de fin de Maîtrise en Création littéraire contemporaine, et la première version de Caractérologies, un ensemble de 26 arbres imaginés au fil du temps depuis 2014 et qui fait appel à un dessin au trait ou en aplats de noirs, questionne la relation vide-plein et l'idée de réalisme végétal. 

C'est ensuite une forme de métonymie renvoyant à mon cheminement  créatif - graphique, plastique et littéraire, d'une part, et d'autre part, intellectuel et émotionnel, autour de la représentation de la nature. Ce cheminement progressif et discontinu, qui part du besoin de s'écrire pour évoluer vers une nécessité de (se) consigner par le geste scripteur et symbolique, se cristallise autour du dessin de l'arbre.  

Aujourd'hui, La boîte noire continue d'assurer son double office puisque j'y conserve d'autres objets qui ont vu le jour depuis 2021, et j'y rattache l'ensemble des explorations auxquelles je me livre et qui concernent le motif de l'Arbre : graphzine, sculpture et pièces modelées, séries de dessins ou d'illustrations, mais également, nouvelles références culturelles et séries de photographies - numérique ou non. 

2°) Le motif de l'Arbre, c'est quoi ? 

Interrogée au cours de la préparation de mon abécédaire Amoncelleries sur l'arbre auquel je fais référence dans mes textes d'autofiction, je réponds en 2014 qu'il n'est pas pour l'instant d'une essence particulière. C'est l'arbre considéré tout d'abord pour ce qu'il est, tel que : un être vivant avec un corps, une organisation, des besoins, un milieu. Ce désir d'indéfinition est longtemps entretenu ; il s'explique par la volonté de ne pas écrire de textes de sylviculture, mais bien d'évoquer un organisme vivant avec lequel mes souvenirs aiment à dialoguer et dont la présence autorise qu'ils se déploient avec plus de fluidité et d'ampleur. L'arbre que j'évoque est comme une présence que ma mémoire localise pour accéder à des époques de ma vie, revolues, et dont il ne me reste que peu de traces. D'aucunes parleraient d'un "fétiche" (cf. Anna Seiderer, Docteure en Philosophie et Maître de conférences en Arts plastiques, UP8)

Ensuite, c'est l'arbre qui se révèle à travers le langage plastique, d'abord, le plus immédiat sans être le moins facile, l'arbre dessiné, puis l'arbre photographié en couleurs, enfin l'arbre en volume, modelé ou sculpté. Le motif de l'arbre doit être compris comme une quête, vers une ressemblance poétique, vers le développement d'un écosystème spécifique, vers une vérité de la sensation. J'expore autant des formes variées de représentations assez naïves que d'expressions privilégiant le fragment, ou encore, manifestant l'attention que je porte à une caractéristique. Cela peut-être le cycle des saisons, la couleur et la forme changeante des feuilles, ou encore, les détritus naturels tels que des morceaux d'écorces, de branches ou de feuilles mortes. 

C'est enfin l'arbre d'un point de vue anthropologique, c'est-à-dire la figure convoquée par ma mémoire pour en explorer ses abîmes, en toute sécurité. 

A présent, voici une sélection des travaux en cours et des créations terminées. Les premières gagnent en ambition, si je puis dire. Les secondes font l'objet d'une réactivation permanente dans le cadre ou de la préparation d'un salon ou dans la perspective d'une exposition d'arts visuels. Elles finissent elles aussi par se définir dans un entre-deux :

- 8 leporellos, huit tentatives de cerner la figure et la sensation

A la faveur de leporellos que j'ai fabriqués dans des chutes de papier aquarelle, je m'amuse à interroger ma relation au corps de l'arbre selon les saisons. Il y a du jeu, celui des matières colorées, celui des expériences faites avec de nouveaux médiums tels que la gouache, non encore travaillée dans ma démarche de création ou réalisées à partir de documents photographiques précisément choisis, pour finir, celui du support qui cache et dévoile tout à tour. 


Chacune des trois productions exposées ci-dessus proposent une manière de regarder et de représenter : l'aquarelle sera posée en touches colorées superposées, l'encre des tampons encreurs à l'aide de formes préalablement découpées dans des plaques de linoléum épais et très souple, pour finir, la gouache, en larges aplats légèrement texturés et en monotypes. Le choix des couleurs et des contours est motivé soit par un desir de ressemblance documentaire, soit par la recherche d'une expression poétique.  

- L'arbre de mon printemps

Cette pièce illustre parfaitement mon propos sur la procrastination appliquée que j'évoque dans mes récents articles sur le graphzine. Elle prend formes très modestement en 2023. A cette époque, elle n'est qu'une ossature de fils de cuivre récupérés dans l'atelier d'un l'artiste recupteur, D. Glingué, croisés et emmêlés ensemble et que retienne un très petit socle réalisé avec du plâtre de chantier, sur un coin de table. Puis, durant deux ans, la production en volume reste là, attendant dans un coin de ce même atelier, prenant la poussière et servant d'abri aux araignées. L'année dernière alors que je me désole de ne pas faire avancer cet objet en partie parce que je ne sais pas, une fois fini, où je vais pouvoir l'entreposer sans l'abîmer, un déclic. Qui se fait, par le truchement d'un autre projet au cours duquel j'utiliserai de la limaille de fer peinte à la bombe. Et par la découverte d'un autre matériau : de la poudre verte d'une texture semblable à du gazon finement tondu ou matière à floquer (s'utilise en modélisme pour la création de paysages). 

 
Au jour d'aujourd'hui, l'oeuvre figurative - un assemblage délicat de divers matériaux de récupération et de production - est quasi achevée. Il ne reste plusqu'à peaufiner la pose de la peinture acrylique et à intégrer une figurine en terre crue, que je conservais pour une autre pièce et qui vient trouver sa place là, près de l'arbre au tronc blanc, comme une évidence. 

- Mes boîtes à images ou Images en boîtes - Arboraissances

C'est l'histoire d'un jeu où il est proposé diverses expériences à partir d'un même contenu ; elles sont immédiatement visuelles, tactiles,  puis elles deviennent émotionnelles, intellectuelles - esthétiques ! car en ouvrant cette boîte de 2cm x  9, 5 cm x 9, 5 cm, on découvre quinze images toutes différentes, certaines sont tactiles, et un texte bref imprimé sur leporello où je revisite à ma manière la géographie des écosystèmes forestiers. La singularité de l'objet tient au fait qu'il soit sans détermination préalable dans son/ ses usage/s : on le reçoit comme on le veut et cela a le droit de varier dans le temps.  


C'est donc à chacun.e de le comprendre selon ses envies, ses préoccupations, son besoin. De mon côté, Arboraissances raconte en premier lieu l'histoire d'un workshop que j'ai suivi au sein de l'atelier Edition de l'ENSBA de Paris en 2021. J'y explorerai volontiers les divers modes d'impressions présents : jet d'encre, traceur très grand format, risographie, laser. Et ce, à la faveur de supports papiers variés dont je vais conserver longtemps les chutes, papier aquarelle à gros grain, papier inkjet d'un aspect proche du bristol, papier kaft brun uni, papier calque épais, papier dessin fin et très blanc... En second lieu, la boîte à images parle de ma manière d'envisager ma création autant dans l'écriture d'invention qu'en dessin ou en photographie : je valorise le fragment, procède de la bribe et, composant avec les vides, cherche à rendre visibles la matière du trait, la texture de la couleur, l'éclat du blanc du support...

- Les pots - pourris ou les mini - livres du sensible 

Derniers objets en date créés entre 2025 et 2026, dans la perspective du Festival Ecrire ! à Rennes qui s'est déroulé en février dernier. Ces pièces-ci sont de plusieurs sortes, créées autour de l'idée de rassembler plusieurs traces dans un unique objet, relié à la main. Certains compilent fragments de photographies et bouts de dessins personnels imprimés ; en outre, ils reçoivent un titre imprimé avec de très petits caractères typographiques en plomb. Enfin, une carte postale, détournée à l'aide de collages variés (textes imprimés, papiers décoratifs) accompagne chaque petit objet à lire. 

 

D'autres sont issus d'explorations nouvelles comme le monotype à l'encre de linogravure réalisé à partir de matériaux naturels ou issus de  la transformation de l'arbre. Là, intervient une autre caractéristique de ma production plastique, le petit format qui se fait contrainte ludique et adaptation à la rareté des matériaux utilisés. A l'intérieur de ces livres dits "du sensible" parce que j'y présente une relation à l'arbre à travers sa représentation sous différentes formes, figuratives et abstraites, je raconte des histoires de matières : ce sera notamment le récit bref d'un noir qui peu à peu envahit le blanc de chaque page ou celui d'une phrase qui ne se comprend que dans le défilement des pages successives. Pour ceux-là, je déploie tout mon savoir- faire dans la création de reliure cousue.( Ci-dessus, un exemple de reliure à la japonaise.)

© ema dée

dimanche 14 juin 2026

Graphzines et procrastination...

Il y a deux mois environ, je parlais ici de ma tendance à prendre mon temps dans ma production et entre mes différentes productions. Je parlais aussi de la nature de cette tendance et de ce qui pouvait l'expliquer : un rythme syncopé développé en adaptation à un parcours personnel et professionnel qui ne permet pas, selon moi, de créer de manière continue. 

Pourtant, en avril dernier, constatant encore une fois que les projets s'accumulent et que d'autres idées (de livres, de dessins, d(objets) arrivent sans trouver d'écho possible ou dans un carnet de recherche ou concrètement dans un objet faute de place ou de temps, je veux changer de méthode. Je me propose un défi dont le but est de me déformater progressivement : il s'agit en effet de trouver une autre manière de conduire mes recherches au sein de mon petit atelier, et de réaliser concrètement une oeuvre, qu'elle soit destinée à une exposition prévue ou à un événement à venir non encore identifié. 

Vue de mon atelier

Aussi, je décide non pas de créer pour l'événement, mais de produire parce que je suis artiste en continu. C'est sans cesse que j'ai besoin d'explorer de manière sympbolique, même si cela ne se traduit pas forcément par la création d'une oeuvre à exposer.  

Parce qu'en effet créer signifie plus que produire une oeuvre artistique, je veux dire que l'on puisse exposer et/ou vendre. Comment puis-je savoir si ce que je produis trouvera une résonance dans un marché, un festival, une maison d'éditions ou une galerie...? Je l'ignore, je peux juste le supposer... Produire une oeuvre, c'est déjà vouloir donner corps à quelque chose et que ce corps s'exprime dans un langage spécifique, que sa présence ne puisse se justifier que par/ pour elle-même. C'est à cause ou grâce à tout cela que cet objet peut mettre du temps à être formalisé. 

Je veux dire qu'un objet auquel je pense et dont je cherche la forme d'expression et de présence la plus proche de cette intention constitue la première étape de création de cet objet d'art. Pour cela, des conditions doivent être réunies,  tout d'abord, une disponibilité d'esprit, puis un espace. Or, plus je tarde à me mettre au travail, sous le prétexte, fallacieux ou non,  d'un nécesaire retardement, plus cet espace et cette disponibilité sont envahis par les contingences de la vie, et plus, il devient difficile de se (re)mettre en condition artistique. 

Je reviendrai sur cette question dans laquelle il faut distinguer le fait de produire quelque chose grâce à des outils, des médiums, du temps, des supports, une motivation... de produire une oeuvre plastique qui se tienne de mon point de vue, enfin, de donner à voir une oeuvre artistique exposable et dans laquelle le public va lire un propos. 

 

Il y a deux mois environ donc, je parlais ici de ma tendance à prendre mon temps dans ma production et entre mes différentes productions. Je parlais aussi de la nature de cette tendance et de ce qui pouvait l'expliquer : un rythme syncopé développé en adaptation à un parcours qui ne permet pas, selon moi, de créer de manière continue. Je me lance donc le défi de développer mon projet de graphzine FOUTOIR/ archives vivantes, en menant de front, la poursuite de trois prochaines publications : après le Rouge, le Rose, le Vert et le Noir. 

Où en suis-je, aujourd'hui ? Voici quelques images de ma progression sur les deux premiers, à savoir, Rose masculin et Verts jeux.

 

Rose masculin (titre non définitif) : Pourquoi ce sujet ? J'aimerais exposer une manière d'appréhender la couleur rose selon le prisme du genre, à savoir, ne représenter que des hommes vêtus de rose. Ce parti-pris très clair est assez nouveau dans la mesure où FOUTOIR est surtout destiné à exposer des images personnelles inédites en lien avec une réflexion sous une forme textuelle. Il n'a pas été question une seule fois lorsque j'ai produit les premiers livres d'en faire une tribune politique. Parce qu'il me semble que c'est au lecteur et à la lectrice de prolonger sa réflexion s'il/ elle trouve qu'il y a matière à. J'estime que ce n'est pas à moi d'imposer un discours militant à partir de ma production littéraire et graphique thématique. Aussi, ce projet autour du rose a-t-il été conduit également comme la motivation à présenter un sujet que j'aime : des portraits associés à des objets du quotidien

Depuis, le projet progresse dans trois directions : j'ai réalisé plusieurs des dessins qui vont accompagner les portraits d'hommes retenus. Cette étape n'a pas été évidente car je me demandais si à ce stade de ma recherche et de mon projet de graphzine, je pouvais associer à mon expérience du rose, à celle de la toxicité de certains hommes que j'ai pu rencontrer/ éprouver. Une toxicité qui prend des formes variées, en premier lieu, la violence, la manipulation, le mensonge. Mais, comment lui donner forme à travers la représentation d'objets ? D'abord, quels objets ? Et ensuite, comment traduire cela dans le dessin ? Cette interrogation a renvoyé à une seconde direction - nouvelle et dans ce projet et dans ma démarche de création : l'enquête de terrain. 

Elle consiste à chercher dans mon environnement quotidien des marqueurs de toxicité, et en face d'eux, pour contrebalancer, des éléments positifs concernant les hommes qui manifestent leur présence par le port du rose. Ici, arrive la troisième direction que trace ce projet en texte-image consistant en 1 création littéraire inédite et une série de 16 dessins : la signification. Pourquoi, depuis quelques temps, voit-on des hommes d'âges et de conditions sociales différentes s'afficher en public avec du rose, qui une veste, qui un pantalon, un pull, une paire de tennis... ou encore, qui pratiquent une sorte de rose intégral, du rose jusqu'au bout des ongles et de la pointe des cheveux ? Et ces roses sont eux aussi variés : le Parisien porte tout à tour, du fuchsia, du rose tendre, du rose pastel, du vieux rose (ou parme), du rose fluo... associé ou non, au noir, au vert, au gris, en particulier. 

Tendance de la mode ? Inflection de la société, c'est-à-dire formes d'acceptation d'une sensibilité au masculin ? Engagement non genré sur certaines questions ne concernant que les femmes ? Pour ne pas coller d'étiquettes, plaquer des discours ou rester dans une impression de, une croyance, j'ai mené une petite investigation. Je me suis interrogée sur le sens de ce geste chez les homme, porter du rose. J'ai trouvé plusieurs blogs tenus par des hommes uniquement, dans lesquels est expliqué comment porter de manière "chic" ce rose autorisé et où il est précisé quel(s) message(s) cela peut renvoyer sur celui qui ose le porter au quotidien. 

Je ne cache pas qu'une foule de questions s'agitent dans mon cerveau au moment où j'écris cela, l'impression d'assister à des situations paradoxales... Parce que, par exemple, je trouve assez coquasse qu'il existe des lieux de conseils pour hommes là où, me semble-t-il, il n'a jamais été question de laisser le choix aux petites filles de porter tel ou tel rose. Je clos de suite le débat ; je le répète, mon projet de graphzine ne vient rien dénoncer ni révéler. Mais, il se peut que dans un troisième article sur ce projet, je reparle aussi de ces informations. Je ne les possédais pas quand j'ai décidé de dessiner plusieurs portraits épaules d'hommes en rose, certaines sont particulièrement intéressantes. 

 

Verts jeux ou Jeux verts (titres non définitifs) : ce projet prolonge la Boîte noire, concept créatif et objet d'archives regroupant mes créations plastiques, graphiques et littéraires terminées ainsi que mes tentatives sur le sujet de ma relation à la nature - arbre. Pour découvrir l'article présentant ce concept - objet, lire Zoom sur le projet La boîte noire - Tentative de cerner la question, datant de septembre 2025.

Quelle est l'intention de ce graphzine-ci ? De son côté, il présente des situations de femmes faisant corps avec des arbres imaginaires, aux contours tout droit sortis de mon imagination, habituée, cependant à regarder les arbres alentour. Chaque voyage un peu ou carrément hors de Paris ravive le sentiment de reconnaissance que je ressens pour la nature. Une nature qui manifeste sa présence à travers des groupes d'arbres variés, feuillus et conifères, vieillards ou jeunesse aux couleurs et à la physionnomie changeantes auxquelles je suis, je le pense, plus sensible que lorsque j'étais enfant. 

Enfant, les forêts, les bois, lieux de jeux collectifs et de promenades, de cueillettes et de découvertes de trésors, n'avaient pas ce caractère nécessaire, ressourçant, ni n'étaient chargés d'un attachement mélancolique de ma part. Les arbres étaient là, pour y grimper dessus, les gardiens de nos pique-niques en colonies de vacances, là où dénicher des nids abandonnés -  temporairement ou non, ou pour pourvoir à loisir, l'automne, en feuilles à faire sécher dans un herbier commandé par la maîtresse... Les forêts, les bois, lieux de contes et d'histoires d'épouvante, de morts et de vies, n'étaient pas recherchés, convoqués, ils étaient là bien présents sur mon parcours et seraient présents, toujours. 

Jeux verts décline cette relation ludique et physique avec le corps de l'arbre. Le parti-pris est celui de la représentation par fragments, par omissions volontaires de détails, ou si l'on veut, la non représentation d'éléments naturels. Pour venir en résonance avec un autre aspect de ce projet de Boîte noire, la mémoire ou la relation à la nature à travers le prisme déformant - volontairement recherché ou entretenu, de mes souvenirs.

Le projet a progressé et s'est enrichi lui aussi puisqu'à la série de dessins au feutre, marqueur, crayons et stylo à bille, que j'ai pu produire dans l'intervalle s'est ajoutée une série de polaroïds en couleurs. Ce sont des vues d'arbres prises dans des moments de déplacements, à Paris, à Saint-Ouen-sur-Seine et en régions (Bourgogne, Centre-Val de Loire). J'essaie de capter une certaine image des arbres lorsque ceux-ci sont cramés de lumière, qu'ils baignent dans des ciels bleutés ou qu'ils sont assombris par l'atmosphère plombée d'un orage proche. Et parce que FOUTOIR est aussi le lieu et le prétexte d'explorations en compléments du dessin et de textes d'archives, j'imagine intégrer ces images photographiques à la maquette 21 cm x 21 cm. Reste à déterminer comment et... pourquoi ? 

  

Le graphzine autour du Noir entend exposer mes recherches sur la typographie à la main, à partir des travaux graphiques réalisés pour l'abécédaire Grain noir, le livre d'artiste en exemplaire unique imaginé après mon défi graphique d'octobre 2023. Le projet d'écriture de caractères est mené depuis trois ans et se développe en tous sens, en 2D et en volume. Cette manière de conduire en rhizomes un projet de création empêche pour l'instant de trouver une forme unique de présentation. Aussi, pour ce projet d'édition-là, à mon corps défendant et en contradiction avec ma recherche d'une méthode de création et de production plus "offensive", il me faudra plus de temps pour y voir clair. 

A suivre.

©ema dée

dimanche 12 avril 2026

Situation plastique n°9 : En cheminant avec les points, les taches et les espaces chers à Pierrette Bloch

Retours sur un atelier d'exploration, de recherche et de création en work in progress avec un libre compagnonnage, celui de l'artiste plasticienne franco-suisse Pierrette Bloch (1928 - 2017).
 

Aucune direction précise n'a été fixée pour le moment ; je fais des va-et-vient entre les textes qu'elle a écrits, notamment extraits de Discours et Circonstances (éd. Méridianes) ou des catalogues et monographies récents qui la concernent. Par exemple : Pierrette Bloch, Multiples : intégrale  (éd. Bernard Chauveau) ou Pierrette Bloch, la peinture la peinture par d'autres moyens, chez le même éditeur.

Sans direction précise donc, car il s'agit d'un parcours de rencontres avec les mots, les traces peintes et les formes dans l'espace et le temps de l'artiste minimaliste, abstraite (et un peu art brut, quand même). Ces rencontres existent depuis plusieurs années, mais c'est en 2025, plus exactement, 
après ma visite au Musée d'art moderne et contemporain de Saint-Etienne (ou MAMC), qu'elles ont été suivies de la production de traces peintes au sein de mon atelier. Je les explore dans de multiples directions, à la faveur de carnets d'abord, et qui, pour leur part, sont organisés en thématiques plastiques. Le second support permettant de consigner les variations de cette exploration est le papier blanc, épais, d'un format plus plus grand qu'à l'ordinaire. L'ensemble "carnet - feuille" favorise le déplacement et le déploiement du geste ; je dessine et peins sur format 20 cm x 20 cm jusqu'au format 60 cm x 85 cm.
 
 
Les idées pour une production concrète arrivent en faisant ; elles sont notées au fil des découvertes. Parce que l'espace que crée la dimension de recherche - création, l'attention quasi permanente qu'elle demande, fait émerger des connections entre des projets différents, mes préoccupations d'hier et du moment, et mon environnement culturel régulièrement enrichi par des nouvelles rencontres et découvertes.  

(A ce propos, je peux citer les plus récentes : Mickalene Thomas (1971 - ...), peintre et photographe noire américaine, qui s'approprie notamment (mais pas que !) les codes de la représentation du Modèle féminin en peinture dans une perspective critique ; Magdalena Abakanowicsc  (1930 - 2017) pionnière de la sculpture monumentale textile qui interroge le format, la cimaise et la présence de l'oeuvre comme manifestation du Vivant. Je peux aussi noter ici les réflexions que je me suggère ma visite de salons, ainsi de Drawing Now 2026 ou l'édition 2025 d'Art Paris - Grand Palais : la place de la figure dans le dessin contemporain et la variété des oeuvres dites "sur papier", la monumentalité du geste et l'exposition comme oeuvre, l'atelier - sanctuaire, enfin, l'enfance comme creuset des expériences premières.)
 
 
Je me souviens, je découvre l'artiste plasticienne contemporaine Pierrette Bloch à la faveur de ma rencontre avec une oeuvre des plus insolites, une longue scultpure de crin, exposée au Cabinet d'art graphique du Centre G. Pompidou. Je m'étonne d'abord qu'il s'agisse là d'un dessin ; rapidement, cependant, me vient une compréhension. C'est un dessin dans l'espace, qui à la faveur de la lumière naturelle changeante ou de l'éclairage, laisse son empreinte sur le mur. En outre, c'est une oeuvre dont l'apparente délicatesse peut faire écho à la fragilité et la précarité d'une trace laissée sur un support papier. Les principales caractéristiques de dessin dit "contemporain" sont ici bien identifiées !

J'explore la trace (la tache, le point) de diverses manières et dans des contextes questionnants. Ces empreintes comme le geste qui leur donne naissance seront dessinées et exposées (au sol ou au mur), installées et filmées : toutes ces formes du dessin qui s'organisent - en collections presque thématiques à l'intérieur de grand sujets plastiques -, sont encouragées par ce que je saisis du cheminement de la sculptrice, au fil de mes lectures.

Le noir est au coeur de mon investigation, car cette couleur fait partie de ma propre démarche, autant dans le dessin (d'art, d'illustration) que dans le livre (livre uique ou livre imprimé). C'est ainsi que se crée un tout premier lien entre deux univers plastiques distincts - celui de Pierrette Bloch, abstrait, et le mien, qui derrière son caractère éminément figuratif, cache une douce tendance vers une forme particulière d'expression plastique s'autonomisant de tout contexte évident auquel rattacher ce qui est représenté. Et, au regard des pratiques que je vois exposées dans les salons, les galeries, je me demande s'il n'y a pas de l'abstraction dans ma propre figuration - narrative. Notez que mon inclinaison vers une sorte d'abstraction n'a jamais été très éloignée de ma réflexion d'illustratrice et d'artiste figurative, notamment lorsqu'elle concerne la question de la matérialité du souvenir.

 
Le temps est une donnée essentielle, une nouvelle fois ; elle l'était déjà lorsqu'au cours de mon Master 2 Arts plastiques - Art contemporain et Sciences humaines à l'Université Paris 8, j'explore ma relation à l'Arbre, en particulier, à travers son rapprochement avec celle entretenue par le sculpteur italien Arte povera Giuseppe Penone ( 1947 - ...) Le temps est celui de la pratique concrète et de la lecture, celui du geste qui se fait performatif et celui des pauses que je ménage entre mes sessions de dessins de taches et de points. Le geste comme procédé plastique et comme notion vient en troisième lieu cadrer et questionner la manière dont je m'approprie l'espace vierge d'une feuille grand format. La couleur est présente grâce à la recherche ou l'exploitation de supports nouveaux, notamment le papier kraft d'emaballage déchiré ou le papier japonais froissé. C'est une couleur qui se fait discrète pour l'instant ; car je souhaite mettre à distance le plus longtemps possible l'utilisation d'outils et de médiums plus traditionnels, tels que l'encre Ecoline et le pinceau rond ou le pastel gras.


 
Une première rencontre entre traces sur papier et volume se fait jour avec le travail de la terre crue qui se systématise - depuis 2024, également. (En quelque sorte, celle-ci a été boostée pas la création, dans le cadre d'une pratique de loisir, de poupées, de marionnettes et de pantins... Un exemple tout récent est à (re)découvrir avec l'article publié en mars dernier et portant sur la création d'une figurine d'anniversaire.) 
 
Il s'agit pour le moment de recherches à tâtons, qui viennent cependant résonner avec, 1°) l'envie de créer un album à partir d'un texte connu préexistant ; 2°) l'envie de disposer d'un ensemble d'objets mobiles de petit format, que je peux déplacer sur de grands espaces plastiques, selon mon désirA suivre...
 
©textes, images et vidéo ema dée

lundi 30 mars 2026

Situation plastique n° 8 : La création d'une figurine d'anniversaire de petit format

Voici la petite histoire de la naisance d'une oeuvre plastique d'un genre nouveau dans ma production en volume. Le modelage, énergie créatrice et catalyseur d'envies de fomes inédites, me permet, il y a quelques mois, de créer une figure articulée de petit format. Avec cette réalisation en techniques mixtes, puisqu'on a affaire à du modelage, de la sculpture, du collage, de la typo ET à de la peinture, je célèbre l'anniversaire de l'artiste illustrateur numérique, bédéphile et cinéphile Thomas Cloué. Une florilège de pratiques, de gestes et de techniques pour Un gars en or !

La tête est modelée puis peinte à l'acrylique dans une volonté de réalisme : une matière poivre et sel, bouclée et rugeuse, est choisie pour les cheveux, la moustache et la barbe ; une paire de lunettes très caractéristique découpée dans un ballon de baudruche rouge vient paufiner la ressemblance avec Thomas. Petit clin d'oeil à un voyage en Asie, le vêtement, pour sa part, est traité dans un style orientalisant ; il se déploie en une sélection très réduite de papiers de récupération, à la fois ordinaire et précieux, découpés en lignes droites. La recherche sur la typographie artisanale que je conduis depuis trois ans est ici mise en valeur avec la réexploitation des lettres d'un alphabet latin créé en fil de fer recuit et travaillé nuitamment à la pince*. 

 
Très admiratrice des pantins et des marionnettes tels qu'ils sont fabriqués en Indonésie, par exemple, j'ai souhaité expérimenter le modelage en argile d'un corps articulé, mais en volume. Cependant, au lieu de coudre pantalon et chemise à partir d'une gaine comme j'ai fait pour mes toutes première marionnettes, j'ai assemblé et collé les différentes parties du kimono à même la figure. 
Le fond, qui propose un mélange de couleurs primaire et secondaire aqueuses, est obtenu à partir de lavis d'encres Ecoline sur papier aquarelle, déposés au moyen de plusieurs pinceaux chinois. Il me sert de cadre et d'environnement installant ma figurine dans un espace qui la valorise. Enfin, le bouquet de fleurs en forme de coeur, lui, est réalisé exclusivement pour le modèle en fil de fer très fin. Par la simplicité de sa facture, il apporte fantaisie et légerté à l'ensemble.
 
 
 
Idée, expérimentation et assemblage ne m'auront pas demandé beaucoup de temps. En effet, ces étapes de conception puis de fabrication concrète de la pièce en volume Un gars en or se sont suivies sans effort. Durant trois jours consécutifs. Plus comme le résultat de la sollicitation au bon moment et de la combinaison heureuse de toutes mes compétences d'artisane en la matière, et moins comme une sorte d'évidence d'artiste plasticienne. 
 
Une première compétence est issue d'un savoir culturel entretenu  avec curiosité et passion pour son sujet : j'ai rempli un carnet de croquis entier de visages, de corps et de vêtements de poupées, pantins, marionnettes et sculptures de petit format, au fil des ans, des expositions. Pour ce faire, j'ai sillonné le Musée de la Poupée (qui a fermé ses portes en 2017), le Musée Dapper (fermé la même année), il y a quelques temps, le Musée de l'Homme, et récemment le Musée du Quai Branly. Dessiner, c'est déjà apprendre/ comprendre/ chercher à deviner/ à voir comment les choses sont/ ont pu être faites/ imaginées/ mises en oeuvre. 
 
Une seconde compétence est elle plus technique, qui permet de diriger ses choix de gestes vers tel ou tel matériau avec telle ou telle recherche d'effet et/ ou de matière : la création de la figure a fait appel à toute mon attention et à ma technicité. Le "poil" naturaliste est travaillé avec différents petits outils pointus et peint à l'aide d'empâtements circonscrits de peinture de couleurs noire et blanche. Je m'intéresse à la création en fil de fer, depuis mes années de formation en sculpture et en modelage, au sein des ateliers des beaux-arts de la Ville de Paris, en 2013-2014. Aussi, les alphabets qui naissent tour à tour viennent à la fois articuler les savoirs, les envies et les matériaux et rejoindre d'autres créations qu'ils complètent. Enfin, la peinture au lavis est expérimentée dans le contexte d'une pratique qui engage davantage le corps, car faite à la faveur d'une feuille de format 70 cm x 100 cm. 
 
S'ajoute une troisième compétence qui est, en quelque sorte, "comportementale". Elle a à voir avec l'imagination, le jeu, la créativité et le goût de la recherche ou d'une errance paradoxalement structurée. Selon moi, au regard de mon parcours, cette qualité se place à la confluence de la technique, du savoir culturel... et de la colère - comme puissant levier d'inhibitions. Ici, de manière ténue, mais présente cependant, l'envie d'explorer : par exemple, la trace de la corporalité (ou corporéité) sur des supports papiers, inspirée par la peinture gestuelle - volontiers, abstraite, expressionniste, de grand format - pratiquée par  des artistes plasticiennes telles que Joan Mitchell. Et l'assemblage à des fins de création....
 
*Pour clore l'histoire d'Un gars en or, et pour rejouir les petites mirettes curieuses, courte plongée dans mon atelier de nuit :
 
 
©textes, images et vidéos ema dée

jeudi 19 mars 2026

Petites & Grandes frousses, une invitation toujours actuelle à explorer nos peurs

Faisant immédiatement suite à l'article que j'ai publié en février sur la reprise de mon projet de graphzine FOUTOIR, voici un petit focus sur le #2 de cette publication en édition limitée, imaginée et autoéditée en 2024.
 
Petites & Grandes frousses fera l'objet de plusieurs présentations à l'occasion de salons d'éditions indépendants successifs, auxquels j'ai eu la chance de participer  ces deux dernières années : SoBD (Halle des blancs-manteaux, Paris 3ème), Salon Micro-édition/ Festival international de Bande dessinée à Lausanne (ou BDFIL), le Salon Made Anywhere (2), enfin le festival Ecrire ! à Rennes. Si à ces diverses occasions culturelles et artistiques, mon fanzine rouge a été regardé, manipulé et interrogé du regard par les visiteurs et les visiteuses, ce n'est qu'au cours de la manifestation rennaise, face à un public venu découvrir ou redécouvrir des livres d'artistes, que j'ai pu déterminer l'impact de son contenu et la peritnence de mon parti pris.

Un contenu qui, à vrai dire, m'a longtemps posé question. En effet, depuis les débuts, en 2011, de mon projet d'écriture créative et de dessin au trait sur la peur ressentie à l'âge adulte, je n'ai eu de cesse de m'interroger sur la valeur et la portée de ces contenus. De ces divers écrits, de ces dessins d'illustration pourtant réalisés à partir d'une recherche documentaire convaincue en Sciences humaines et l'interrogation sincère d'amis proches.

(Cet aspect de mon investigation m'avait d'ailleurs beaucoup amusée, quant à elle. Je posais la question suivante : "Parlez-moi de l'une de vos plus grandes peurs ?" Et, je notais précieusement la réponse donnée, avec selon le cas, une première intuition.) Parce que les réponses collectées, enrichies par mes propres expériences et mes lectures définissaient un cadre d'exploration vivant, le propos m'apparaissait fondé, ancré. Sur le moment. Néanmoins, la cohérence de cette recherche, je veux dire son actualité, ne s'est manifestée à mon esprit qu'assez tardivement. C'est pourquoi, aujourd'hui, je remets ce parcours au goût du jour en montrant quelques-unes de ses facettes de conception et de création. 


1°) Tout d'abord par les images qu'il contient. La couleur rouge vient tisser un fil entre des scènes imaginaires, représentées sous des points de vue variés et dessinées pour certaines à plusieurs mois d'écart, voire une année. C'est que la mise en images des peurs collectées n'allait pas forcément de soi ; il y a eu des tâtonnements. Parfois, l'écriture d'un récit bref, d'un dialogue, d'une définition, a pris le pas sur l'illustration, la mise en mots a remplacé la mise en images. Il y eut aussi des rejets de certains visuels - considérés comme inappropriés ou trop vagues pour le propos. Et puis, pour l'économie du graphzine, dont le nombre de pages a été limité à 24 contre les 102 pages du premier livre, il aura fallu comme "dégraisser". 
 
2°) Par la couverture, par le titre (global et de partie), pour lesquels j'eus aussi quelques hésitations. Que devais-je conserver de la première mouture de Peurs, Images & Textes de 2014 ? Les essais de mises en pages du texte de la quatrième de couverture, les recherches dans la combinaison harmonieuse entre des polices manuscrites et des mots dactylographiés ou celles concernant les matières que je souhaitais obtenir et que je voulais très présentes... tout cela a été permis grâce à une démarche de réactualisation critique de mon propre propos et de ce qu'on appelle la "réactivation d'archives" à travers un mode créatif et réflexif.
 

3) Par l'affirmation d'un choix coloré et d'un style graphique spécifiques. Le trait est fin, dense, noir ou rouge. Le style expressionniste. L'influence de la gravure ne se cache pas. C'est dans l'après-coup que ces partis pris sont devenus comme une marque de fabrique et le signe d'une intention pour ce projet d'inventaire. La couleur rouge, quant à elle, fait directement référence à un moment de ma vie, à une pièce bien précise, une salle de bain, dont les murs avaient été peints en rouge profond par mon père. Le fanzine a toujours eu et conserve une origine "utérine" - si je puis dire. 
Pour sa part, l'idée sous-jacente qui m'a fait utiliser initialement l'adjectif  "nue" fut celle de proposer un inventaire sans fard de la Peur. Un peu brute et brutal. D'où le style graphique, les outils utilisés, les cadrages retenus... L'étape au cours de laquelle j'ai créé des matières picturales monochromes pour rompre avec le dessin de couverture au sujet un peu attendu et que j'avais produit pour accompagner un texte autofictionnel sur les animaux, a permis en 2024 de partir dans une tout autre direction. La dimension "poétique" du premier titre du graphzine a été écartée. Le caractère un peu BD de la couverture initiale a été lui aussi abandonné.
 
 


 
Dans l'intervalle de temps entre les deux projets d'autoédition, d'autres expériences créatives sans rapport avec eux ont eu lieu dans mon atelier de poche. Elles furent plastiques, en volume, sonores... J'y ai fait des découvertes. Notamment celle-ci : la recherche-création thématique menée au long cours peut gagner en intérêt, si elle s'autorise à se déployer à travers différents objets - uniques - ou en multiples. Ainsi, la Peur explorée à travers le temps, les traces déposées par mon étude, ont joué le rôle d'une matrice à partir de laquelle il est devenu possible d'investiguer au niveau formel, textuel, sémantique et esthétique. Et, de manière métaphorique, de réinterroger mon rapport à la frayeur, à la phobie, au trac, à la surprise, à la névrose circulaire...  sous un mode ludique, par exemple.
 


 
p.s. : Le graphzine Petites & Grandes frousses est disponible sur demande au prix net de 15 euros. (Le montant des frais de port est déterminé selon le pays d'expédition et le nombre d'exmplaires désirés). De la même manière, illustrations et dessins originaux produits pour le projet sur papier aquarelle ou papier Bamboo et de dimensions 20 cm x 20 cm, peuvent être acquis, ainsi que des reproductions faites par mes soins sur papier numérique. Le prix de ces oeuvres sont donnés sur demande.
 
(Par contre, les objets nouvellement créés pour accompagner ce fanzine ne sont pas à vendre.)
 
Intéressé.e.s ? Contactez-moi par mail ou laissez-moi un commentaire. Merci à vous ! 😊

©ema dée

mardi 3 mars 2026

Série Rose, verte ou noire... mon graphzine FOUTOIR reprendrait-il du poil de la bête ?

Chères toutes, chers tous, 

Curieusement, dès que je publie des nouvelles de ma très récente production en cours sur instagram, l'élan enthousiaste s'épuise dès le lendemain. Dès le lendemain, voilà que la source à idées est épuisée. Comme si le fait de dire, - de partager plutôt -, me mettait soudain dos au mur, face à l'inéluctable : créer ou perdre sa dignité ! Faut-il pour créer vivre cachée ? Je dirais même plus : Faut-il pour faire aboutir ses idées ne piper mot de soi, alentour ?

Je me permets donc, ici et nulle part ailleurs, d'explorer ce sentiment bizarre d'être dépossédée à partir du moment où je me/ le livre, même par fragments. 

Par exemple, cela fait déjà plusieurs semaines, mois, que j'évoque la poursuite d'une de mes nouvelles création en autoédition, le graphzine FOUTOIR/ archives vivantes, avec un prochain numéro portant sur le rose masculin. Et pourtant, bien qu'il me semble qu'il arrive comme une évidence après la collection Horlart, les premiers livres autopubliés hors collection et le #2 Petites & Grandes Frousses, je traîne la patte, je procrastine, je tergiverse, je m'agite en tous sens et j'hésite, je me QUESTIONNE ! 

 

Il faut dire que parmi mes méthodes de travail, il en existe une qui trouve sa logique dans la prise/ perte de temps. Depuis deux ans, je me laisse du temps, pour respirer, imaginer des possibles, entre les publications. Leur donner le temps d'être découvertes grâce aux salons, aux festivals, et à moi depuis mon atelier, de penser à des formes d'autopromotions inédites. Et je me laisse du temps entre les différentes étapes d'une création seule. Je ne devrais peut-être pas, finalement. Ce rythme saccadé s'explique avant tout par une adaptation qui commence à dater à des contraintes professionnelles marquées par des ruptures et de nouveaux contrats ainsi que des temps de formations ou de préparation de concours liés à mon autre vie. J'ai pris l'habitude d'avoir peu de temps pour ma pratique artistique. Aussi, celle-ci a-t-elle été menée durant des années par à-coup, par vague(s). C'est pourquoi prendre mon temps ne constitue pas en soi un problème. A priori...

Sauf qu'à force de me donner du temps, les projets de création s'accumulent dans des dossiers et à certains moments, j'ai comme un bug. Parce que je ne sais pas par quoi commencer quand je me plonge à nouveau dans ces archives, je ne sais pas à partir de quoi me remettre au travail. C'est la panique ! Associée à ce sentiment, celui de passer à côté des choses les plus intéressantes, de gâcher ma créativité, la pertinence de certaines pistes, en me donnant l'excuse du temps et en ne sachant plus quoi reprendre ou sur quelle archive diriger mon énergie et mes idées. Si la chose ne ressemble à rien de spécifique sur le moment, qu'elle ne raccroche avec aucun de mes projets en cours, avec la distance - cirtique, forcémeent ! -, je vais y voir quelque chose émerger, à un moment donné. N'est-ce pas un leurre ? Un leurre pour tromper la peur de m'y mettre vraiment ?

Car, aujourd'hui, prendre mon temps ressemble plus à une excuse pour m'adonner sans réserve à une autre actvité dont l'origine date elle aussi : expérimenter, explorer, pratiquer avec le seul but de pratiquer, de plonger dans des formes nouvelles à venir. De ces moments, de multiples traces, en volume, en dessins plus ou moins aboutis et la conviction que je me prépare là des projets à venir : mes archives en cours. C'est-à-dire que je tente de semer des graines, qui auront le temps de germer, puisque entre temps, dans l'intervalle, je vais faire aboutir d'autres projets. A bien y réfléchir, n'est-ce pas une sorte de fuite en avant 

J'apprends d'aucuns qu'il est possible de se déformater, il est possible de casser un système d'organisation, une manière de penser obsolète, inadéquate, bloquante, pour en mettre une autre en place, plus en phase avec le moment. J'apprends aussi de quelqu'unes que cette angoisse, omniprésente, qui se loge notamment dans ma poitrine, entre les salons et les festivals que je fais, pile dans la période où il faudrait justement que je produise intensément portée par le souvenir bienfaisant d'échanges encourageants, la vente de mes livres, de mes dessins,  peut être trompée par une activité continue, mais bien conduite ! Vers la production et la création d'objets identifiables. Je veux dire, des formes abouties pour des contextes artistiques et littéraires identifiés. Il convient non plus de produire dans la perspective de, comme attendre l'autorisation de je-ne-sais-qui pour faire, mais de produire pour créer la perspective de, car la perspective de existe de toute manière. Je le sais ; je possède également des archives de diverses pistes, dans l'édition, l'exposition d'art, la pédagogie, la recherche... De plus, c'est un état, produire pour créer, qui doit être le plus permanent possible, considéré non plus comme une activité ponctuelle, mais comme une véritable activité source de revenus, de réseaux et de fiertés - tout à la fois !

Pour donner corps concrètement à ce nouveau mot d'ordre, j'ai décidé de mener de front la création de trois nouveaux graphzines FOUTOIR à partir de mes dossiers archives :

- Série rose (titre provisoire) : ensemble de portraits d'hommes accompagnés de leur objet/ animal/ mot fétiches ;

- Caractérologies naturelles  (titre provisoire) : ensemble de dessins sur la relation corps de l'arbre - corps de femmes ;

-Typomaniac ! (titre provisoire) : exposition organisée d'un choix de fonts de couleur noire issue de ma production personnelle.

Rendez-vous dans un ou deux mois pour observer le(s) beau(x) résultat(s) concret de ce nouveau rythme créatif ! 😉

Et pour patienter le temps que de l'idée conçue émerge un nouvel objet concret tiré en 20 exemplaires dans la perspective d'un prochain salon. Le temps que des intuitions renvoient à des réalisations palpables et surtout feuilletables à la table d'un festival à venir. Je vous propose de vous mettre sous la dent des images rouges rouges, des textes noirs noirs, le tout imprimé sur papier blanc. Voici une courte vidéo qui présente le #2 de FOUTOIR/ archives vivantes : Petites & Grandes frousses.


©ema dée 

lundi 23 février 2026

Une recherche-création sur le dessin de lettres aux allures de work in progress - Suites

Depuis mon défi graphique de 2023 au cours duquel j'ai dessiné à l'encre les 26 lettres de l'alphabet latin comme autant d'univers intimes à développer ensuite, je ne cesse de travailler le sujet. La lettre, la typographie et le noir et blanc ont constitué mes éléments de réflexion et de recherche de départ. Mais, je m'en suis rapidement écartée, pour en premier lieu, explorer le volume. 

Ai-je utilisé des modèles  ? Oui. Pour mon dessin à contraintes, j'ai voulu partir de ce qui existe. Aussi, comme je l'explique dans le premier article consacré à l'écriture dans sa dimension plastique, j'ai beaucoup regardé, analysé et redessiné des lettres extraites d'affiches Art déco, par exemple. Pour (re)lire mon premier retour d'expérience créative sur la typographie à la main, afin de se faire une idée de mon parti-pris, cliquez sur le lien suivant :  Mes lettres de l'alphabet en noir et blanc.

J'ai souhaité explorer le volume car l'expérience du dessin de lettre quotidien, au moyen d'outils strictement graphiques tels que la plume, le feutre fin ou le feutre pinceau, a fait émerger l'envie de profondeur et de manipulation de matériaux bruts à des fins de transformation(s). Ce fut l'une des premières étapes vers l'élaboration d'une typographie artisanale comme projet de recherche - création. (Aux côtés des thématiques du corps - fragment et de la mémoire des arbres qui représentent actuellement mes deux autres grandes préoccupations artistiques.)

Car, je le répète et je me repète (aussi), j'ai progressivement considéré que la lettre, l'alphabet, les abécédaires (que j'affectionne, on le sait !) peuvent représenter à eux seuls, une direction artistique, graphique et plastique autant que culturelle et esthétique. Et cela, soutenue par la recherche et la création d'autres artistes vivants.tes et décédés.ées - mais résolument présents.tes à travers l'hommage ou la citation, notamment.

 
Au sortir d'un peu plus d'un an de recherches, j'ai réuni une sorte de "collection", des ensembles d'alphabets réalisés avec des matériaux différents ou des formes graphiques colorées variées. Comme ma création typographique ne s'inscrit pas dans la droite ligne de modèles déjà existants, il m'a fallu en faisant définir des règles d'organisation et mes propres directions esthétiques. C'est en cela que je considère aussi cette création comme une recherche : les questions qui se posent au moment du Faire trouvent des solutions possibles au fil de la production des formes.
 
Ainsi, je possède aujourd'hui des alphabets faits dans divers papiers, en terre crue, en argile, en fil de fer (recuit ou non), en plâtre... Certains ont été créés d'un seul jet, d'autres ont demandé plus de temps, des allers-retours, des améliorations. Des améliorations, en effet, parce qu'au fil de la constitution d'ensembles typographiques, un regard rétrospectif sur ma création précédente a été jeté. Une distance critique. Depuis chaque ensemble formel de lettres, des principes plastiques ont émergé. Et conséquemment ou de manière dialectique, depuis tous ces ensembles réunis, le besoin de créer une "harmonie" a pointé son nez. 


 
C'est à partir de cette volonté, visible à travers les formes réalisées, qu'est né le sentiment d'avoir affaire à une collection en train de se constituer. Chacune de ces "grandes pièces", mes différents alphabets peuvent s'appeler ainsi, chacune de ces pièces s'organise en une collection, tout à la fois hétéroclite et homogène. C'est une collection homogène car elle réunit uniquement des lettres faites à la main, de plus ou moins grand format. C'est également une collection hétéroclite car chaque grande pièce obéit à des principes formels individuels et sont habitées par une pensée spécifique. Ces éléments ne sont pas interchangeables. 
 
Je finirai ce nouvel article concernant ma recherche - création sur le dessin de lettres en évoquant trois points :
 
1°) De la lettre aux mots mystérieux
 
Rapidement, à partir du moment où j'ai disposé d'un alphabet entier satisfaisant, j'ai eu envie d'écrire/ construire des mots. Cette direction de création dans laquelle les lettres se meuvent, glissent, se font ludiques tout autant que tactiles, fait écho, en arrière - fond, à mon intérêt de plasticienne pour le dessin mural, la fresque contemporaine et l'art du Graffiti, dans un premier temps. Dans un second temps, composer des mots que l'on peine à lire, qu'on est, en quelque sorte, quasi olbigé de déchiffrer, résonne avec une réflexion plus profonde sur l'acte de Lire et la poésie concrète dont je parle dans mon article de février 2025.
 
2°)  Va-et-vient dimensionnel
 
De manière semblable à ce qui se produit quand j'écris - des images me viennent que je souhaite concrétiser en études, en dessins ou en illustrations, et inversement -  la 2D appelle la troisième dimension : la hauteur, la profondeur ! Dessiner, tracer, griffonner, gribouiller, remplir, hachurer... chacune de ces opérations me donne envie d'une manipulation plus "physique". Au stylo que je tiens correspondraient alors le fil de fer tordu, le papier déchiré... Et le besoin impérieux de toucher se concrétise par le choix de matériaux essentiellement présents dans mon atelier : je travaille avec ce qui est proche de moi, autant littéralement que poétiquement.
 
3°) Interrogations sur les perspectives artistiques et éditoriales
 
Car, forcément, la quantité (de recherches) ainsi que les formes plurielles appellent à un moment donné un désir de partage, de monstration, d'exposition. Je n'ai pas encore trouvé ma voie/x. Comment dresser un inventaire intéressant de cette collection qui s'enrichit et qui s'organise comme un organisme vivant dont on ne découvre les caractéristiques que progressivement ?
Grâce à instagram et à mon intérêt récent pour le Design, je sais que des artistes typographes s'affichent. En outre, je sais, et cela grâce à mes rencontres dans les festivals et à mes visites en bibliothèques spécialisées, qu'il existe depuis longtemps finalement des cahiers de tendances ou de modèles, réalisés par les créateurs et les créatrices pour diffuser leurs trouvailles et faire connaître leur style. Des sortes de guides joliment mis en page, que l'on consulte par goût ou par nécessité commerciale. Ce sont-là deux pistes qui peuvent accompagner la recherche de solutions toutes personnelles. Enfin, elles peuvent in fine représenter une aide pour tenir éloignée l'intuition d'une aporie : un work in progress dont on ne pourrait voir ni le fond ni l'objectif, condamné à l'errance, à ne faire que produire (et produire encore) de nouvelles formes.
 
Une affaire à suivre, donc ... 
 
©ema dée