Depuis mon défi graphique de 2023 au cours duquel j'ai dessiné à l'encre les 26 lettres de l'alphabet latin comme autant d'univers intimes à développer ensuite, je ne cesse de travailler le sujet. La lettre, la typographie et le noir et blanc ont constitué mes éléments de réflexion et de recherche de départ. Mais, je m'en suis rapidement écartée, pour en premier lieu, explorer le volume.
Ai-je utilisé des modèles ? Oui. Pour mon dessin à contraintes, j'ai voulu partir de ce qui existe. Aussi, comme je l'explique dans le premier article consacré à l'écriture dans sa dimension plastique, j'ai beaucoup regardé, analysé et redessiné des lettres extraites d'affiches Art déco, par exemple. Pour (re)lire mon premier retour d'expérience créative sur la typographie à la main, afin de se faire une idée de mon parti-pris, cliquez sur le lien suivant : Mes lettres de l'alphabet en noir et blanc.
J'ai souhaité explorer le volume car l'expérience du dessin de lettre quotidien, au moyen d'outils strictement graphiques tels que la plume, le feutre fin ou le feutre pinceau, a fait émerger l'envie de profondeur et de manipulation de matériaux bruts à des fins de transformation(s). Ce fut l'une des premières étapes vers l'élaboration d'une typographie artisanale comme projet de recherche - création. (Aux côtés des thématiques du corps - fragment et de la mémoire des arbres qui représentent actuellement mes deux autres grandes préoccupations artistiques.)
Car, je le répète et je me repète (aussi), j'ai progressivement considéré que la lettre, l'alphabet, les abécédaires (que j'affectionne, on le sait !) peuvent représenter à eux seuls, une direction artistique, graphique et plastique autant que culturelle et esthétique. Et cela, soutenue par la recherche et la création d'autres artistes vivants.tes et décédés.ées - mais résolument présents.tes à travers l'hommage ou la citation, notamment.

Au sortir d'un peu plus d'un an de recherches, j'ai réuni une sorte de "collection", des ensembles d'alphabets réalisés avec des matériaux différents ou des formes graphiques colorées variées. Comme ma création typographique ne s'inscrit pas dans la droite ligne de modèles déjà existants, il m'a fallu en faisant définir des règles d'organisation et mes propres directions esthétiques. C'est en cela que je considère aussi cette création comme une recherche : les questions qui se posent au moment du Faire trouvent des solutions possibles au fil de la production des formes.
Ainsi, je possède aujourd'hui des alphabets faits dans divers papiers, en terre crue, en argile, en fil de fer (recuit ou non), en plâtre... Certains ont été créés d'un seul jet, d'autres ont demandé plus de temps, des allers-retours, des améliorations. Des améliorations, en effet, parce qu'au fil de la constitution d'ensembles typographiques, un regard rétrospectif sur ma création précédente a été jeté. Une distance critique. Depuis chaque ensemble formel de lettres, des principes plastiques ont émergé. Et conséquemment ou de manière dialectique, depuis tous ces ensembles réunis, le besoin de créer une "harmonie" a pointé son nez.

C'est à partir de cette volonté, visible à travers les formes réalisées, qu'est né le sentiment d'avoir affaire à une collection en train de se constituer. Chacune de ces "grandes pièces", mes différents alaphabets peuvent s'appeler ainsi, chacune de ces pièces s'organise en une collection, tout à la fois hétéroclite et homogène. C'est une collection homogène car elle réunit uniquement des lettres faites à la main, de plus ou moins grand format. C'est également une collection hétéroclite car chaque grande pièce obéit à des principes formels et sont habitées par une pensée spécifique. Ces éléments ne sont pas interchangeables.
Je finirai ce nouvel article concernant ma recherche - création sur le dessin de lettres en évoquant trois points :
1°) De la lettre aux mots mystérieux
Rapidement, à partir du moment où j'ai disposé d'un alphabet entier satisfaisant, j'ai eu envie d'écrire/ construire des mots. Cette direction de création dans laquelle les lettres se meuvent, glissent, se font ludiques tout autant que tactiles, fait écho, en arrière - fond, à mon intérêt de plasticienne pour le dessin mural, la fresque contemporaine et l'art du Graffiti, dans un premier temps. Dans un second temps, composer des mots que l'on peine à lire, qu'on est, en quelque sorte, quasi olbigé de déchiffrer, résonne avec une réflexion plus profonde sur l'acte de Lire et la poésie concrète dont je parle dans mon article de février 2025.
2°) Va-et-vient dimensionnel
De manière semblable à ce qui se produit quand j'écris - des images me viennent que je souhaite concrétiser en études, en dessins ou en illustrations, et inversement - la 2D appelle la troisième dimension : la hauteur, la profondeur ! Dessiner, tracer, griffonner, gribouiller, remplir, hachurer... chacune de ces opérations me donne envie d'une manipulation plus "physique". Au stylo que je tiens correspondraient alors le fil de fer tordu, le papier déchiré... Le besoin impérieux de toucher se concrétise par le choix de matériaux essentiellement présents dans mon atelier : je travaille avec ce qui est proche de moi, autant littéralement que poétiquement.
3°) Interrogations sur les perspectives artistiques et éditoriales
Car, forcément, la quantité (de recherche) ainsi que les formes plurielles appellent à un moment donné un désir de partage, de monstration, d'exposition. Je n'ai pas encore trouvé ma voie/x. Comment dresser un inventaire intéressant de cette collection qui s'enrichit et qui s'organise comme un organisme vivant dont on ne découvre les caractéristiques que progressivement ?
Grâce à instagram et à mon intérêt récent pour le Design, je sais que des artistes typographes s'affichent. En outre, je sais, et cela grâce à mes rencontres dans les festivals et à mes visites en bibliothèques spécialisées, qu'il existe depuis longtemps finalement des cahiers de tendances ou de modèles, réalisés par les créateurs et les créatrices pour diffuser leurs trouvailles et faire connaître leur style. Des sortes de guides joliment mis en page, que l'on consulte par goût ou par nécessité commerciale. Ce sont-là deux pistes qui peuvent accompagner la recherche de solutions toutes personnelles. Enfin, elles peuvent in fine représenter une aide pour tenir éloignée l'intuition d'une aporie : un work in progress dont on ne pourrait voir ni le fond ni l'objectif, condamné à l'errance, à ne faire que produire (et produire encore) de nouvelles formes.
Une affaire à suivre, donc ...
©ema dée
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