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mercredi 9 décembre 2015

Mon premier festival "graphique" de cinéma indépendant

Chères internautes, chers visiteurs du web,


J'ai participé au 1er festival "graphique" de cinéma indépendant Impro Des Cinés qui s'est tenu sur Improzine.blogspot.fr* le jeudi 3 décembre dernier, journée internationale du Cinéma indépendant.

J'ai en effet répondu "oui !" à l'appel de son organisateur, Thomas, car je suis friande de nouveaux défis et je suis plus que fan de cinéma. Sans réfléchir une seconde, j'ai saisi cette occasion pour proposer un de mes projets de films - un film d'animation, forcément.

Voilà en quoi consistait cette irrésistible proposition :  

"... L'idée est simple : imaginez l'affiche du film de votre vie ! Trouvez le titre le plus adapté et faites un résumé alléchant pour donner envie au public d'aller en salle pour le découvrir.

Tout est permis, vous avez le droit d'être dans la fiction, l'actioner, le fantastique, le réalisme, le thriller, le biopic,... de jouer votre rôle ou de trouver un acteur à votre mesure, de vous situez à notre époque ou pas,... dans une autre dimension, un autre espace temps ou tout simplement de devenir un concept...
"

Une fois le sujet lancé, j'avoue que j'ai eu comme un grand blanc : je suis passée par une période de ruminations plutôt longue... Quoi raconter et comment le traduire graphiquement ? Que voulait dire finalement "un film indépendant" ?... J'avais des idées, j'avais trop d'idées, j'avais pas d'idées en somme... Pas moyen de suivre une intuition jusqu'au bout sans voir en arriver une autre en apparence plus extraordinaire. 

Il faut dire que je n'aime pas répondre à un sujet extérieur sans engagement personnel. Il faut que le sujet me parle... Et parfois trouver l'angle d'accroche - et d'approche - prend du temps... Un temps certain... Un certain temps plus précisément.

Voyez-vous, je voulais quelque chose de comparable au film collectif Peur(s) du noir (2007) mais qui ait quelque chose de proche de Coffee and cigarettes de Jim Jarmusch (2002) et du long métrage Les nouveaux sauvages de Damian Szifron/ Pédro Almodovar (2014) et qui traduise, de surcroît, mon intérêt pour le travail habité de Bill Plympton (Des Idiots et des Anges, 2009) et de Sylvain Chomet (Les triplettes de Belleville, 2002.) 

Ma confusion se comprend-t-elle mieux ?

26 rue Duffourg

J'ai finalement opté pour une histoire pleines d'histoires dont voici l'affiche. Intitulée Au 26 de la rue Duffourg, c'est une série de huit petits courts-métrages mettant en scène des personnages pas si imaginaires que ça. Cette formule classique, complètement adaptée à mon univers fait de fragments et de petites expériences, m'a permis de travailler sur l'un de mes sujets favoris, les Gens

Nous étions trois à participer à cette première expérience de festival de cinéma indépendant d'un genre inédit. Pour voir les affiches des films proposés et lire les synopsis ET les critiques, c'est ici.

* Les explorateurs du 9ème art que nous sommes aimons les défis graphiques. Pour découvrir ceux que nous avons déjà relevés, c'est ici et .

© ema dée

mardi 8 décembre 2015

Un regard pour le fanzine ou la révolution du DIY

Je me passionne pour le fanzine depuis quatre ans.



"Fanzine : mot-valise d’origine anglo-saxonne, composé à partir de fanatic et de magazine."

"DIY : pour Do It Yourself qui signifie fais-le toi-même ou fais-le par toi-même ou encore fabrique-le toi-même ".


C'est quoi, c'est qui ?

Pour commencer, c'est quoi un fanzine ? Très brièvement, il s'agit d'une publication hors norme qui contient des textes et/ ou des images de toutes natures* et qui utilise des réseaux de diffusion  "sous-terrains" (= underground) c'est-à-dire non officiels, libres et très variés. Édité souvent en très petites quantités, le fanzine est considéré comme une forme "sauvage" de l'édition car ses modes de distribution comme sa présentation, ses contenus, ses formats sont protéiformes et cette diffusion concerne souvent des cercles privilégiés.

*Pour les images : dessin, portrait, scénette, au stylo bille, crayon, feutre, plume, gravure, collage, photomontage, photographie, insert de coupures de journaux... Pour les textes : essai, poésie, nouvelle et micro-nouvelle, parole de chanson, chant engagé, message politique, étude, article critique... Entre les deux : récit graphique, texte illustré, roman-photo, bande-dessinée, jeu,...  Mais aussi cassettes audio, CD de musique... Les procédés d'impression et les techniques de reliure - divers - sont choisis en fonction du nombre d'exemplaires décidés, du coût - bien sûr - mais aussi de leurs qualités esthétiques : risographie, sérigraphie, photocopiage, impression laser ou offset pour l'impression, reliure "dos carré" - qui est une reliure industrielle - ou en cahiers "cousus" ou "agrafés" qui peut se faire soi-même... pour la reliure.

Apparu dans les années 1970, le fanzine est surtout un moyen formidable et peu onéreux pour de nombreux créatifs - d'images, de textes mais aussi de sons - de se faire connaître, d'exprimer un point de vue sur un sujet qui les passionne ou tout simplement d'exhiber leurs créations et d'y trouver une forme de stimulation dans l'échange et le partage - sans intermédiaire.

L'essence du fanzine est résolument sa nature expérimentale tant dans sa facture, sa présentation visuelle que dans son contenu. Il ne se limite à rien, tous les sujets, styles d'écriture et expressions graphiques sont permis. Un fanzine peut n'être composé que d'images, de textes découpés, collés puis photocopiés, de photomontages, d'un assemblage de textes et d'images sans recherche particulière d'une mise en page définie, ou de pages manuscrites - extraites de carnets - ou dactylographiées. Le fanzine peut à l'inverse être très travaillé et se présenter dans une mise en forme léchée, comparable à celle de revues connues et très bien diffusées ; on peut alors parler de (mag)zines.

Enfin, le fanzine représente pour certains créatifs une première étape d'importance avant le lancement d'un projet d'édition d'envergure (revue, recueil de texte, album...)

L'ampleur du phénomène explique que se soient multipliés les salons qui lui sont consacrés en France (Lille, Paris, Lyon...) et ailleurs (Boston, Bruxelles, Copenhague...) et les bibliothèques et galeries en ligne exposant des fanzines à consulter et/ ou à acheter.


Mes premiers pas dans le fanzine

Je découvre l'existence du fanzine - dont j'avais entendu parlé vaguement et que j'avais vaguement oublié - grâce à deux événements : la première édition de festival de bandes dessinées indépendantes Formula Bula et ma visite à Fanzines ! , un autre festival parisien dédié quant à lui à l'autoédition graphique.

Formula Bula qui s'est tenu en 2011 et 2013 à Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis) et au Point éphémère en 2015 (Paris 10ème) est l'occasion de rencontres multiples (ateliers, conférences, signatures, expositions) entre des lecteurs amateurs ou curieux du genre et des acteurs de la bande dessinée (dessinateurs, scénaristes, coloristes, libraires, éditeurs, critiques d'art.) Fanzines ! - qui propose au sein de la bibliothèque Marguerite Duras (Paris 20ème) un ensemble hétéroclite de références - annuellement augmentées et en provenance des quatre coins du monde grâce à un appel à contributions lancé courant juin par les éditions Papier gaché - a fêté sa cinquième édition cette année.

 Pluie de fanzines suspendus. 3ème festival Fanzines ! 2014
(Vous aurez reconnu ma publication tout de rouge tue, en haut à gauche.)

En  2011, j'assiste à une table ronde qui me permet de faire notamment la connaissance des activités de la librairie Le Monte-en-l'air (Paris 20ème) et du dessinateur français Guillaume Bouzard, connu, entre autres, pour ses bandes dessinées autobiographiques (The autobiography of me too, éd. Les Requins marteaux, 2004) ou mettant en scène des anti-héros (Plageman, l'homme plage, éd. 6 pieds sous terre, 1997.) Je retiens de cette rencontre deux points essentiels :

-1°) Le Monte-en-l'air soutient l'auto-édition graphique et accueille dans ses bacs et étagères tous les projets de fanzines sans restriction.

-2°) G. Bouzard a débuté dans la bande dessinée en faisant des fanzines. Il convient qu'ils représentent une forme de publication plutôt intimiste, voire confidentielle. Espaces à exploiter complètement libres de tout jugement, consensus ou code prédéfini, les fanzines sont, au regard de sa propre expérience, le lieu rêvé pour qu'un artiste trouve sa voix, ses formes d'expression, ses thèmes propres et puisse collaborer à de multiples projets. En osant prendre des risques esthétiques.

En 2012, je sillonne les allées étroites de la salle des ventes de fanzines et autres petits produits auto-produits du festival Fanzines ! , regarde avec avidité les revues, albums, feuillets... joliment suspendus le long des cimaises dans un espace dédié et consulte avec fièvre les bacs débordant d'autopublications. Tous les fanzines possibles semblent être réunis ici : de la feuille A4 pliée en deux et agrafée ou cousue au milieu, à la publication de type magazine, reliée, exposant fièrement sa couverture en couleurs et ses 200 pages de textes illustrés, en passant par les mini-livres, les livres-dépliants, les livres en tissu...

Ce sont ici essentiellement des œuvres sur papier d'artistes qui travaillent seuls ou des productions de collectifs. Ce sont ici des fanzines ou des graphzines (fanzines ne contenant que des images.)


Pourquoi un tel intérêt ?

Mon engouement et ma curiosité seront ravivés très récemment grâce à la découverte dans une bibliothèque universitaire du livre Fanzines, la révolution du Diy paru en 2010 aux éditions Pyramid qui actualise ma connaissance empirique du fanzine. C'est un ouvrage richement documenté d'un peu plus de 250 pages qui fait l'historique du fanzine, depuis les fameux feuillets photocopiés un peu cra-cra et distribués "sous le manteau" des années 1970 jusqu'aux nouvelles créations collectives développées sur le web.

On apprend par exemple que le fanzine aurait plutôt des origines punk. On constate la grande diversité des productions qui entretiennent avec une certaine actualité des liens plus ou moins forts et la capacité du genre à aborder des sujets très différents. On apprend aussi qu'il existe un fanzine féministe ou encore que le fanzine a connu plusieurs "révolutions". Il faudra se le procurer pour en savoir plus.

http://www.undressed-design.com/2013/11/un-peu-de-lecture-1-fanzines-la-revolution-du-diy/

Comment le fanzine intervient-il dans ma production ? Quelle place est-ce que je lui accorde ? Le fanzine représente pour moi une sorte de fantasme. Celui de pouvoir gérer tout le circuit d'une publication originale, "particulière", c'est-à-dire assumer comme j'en ai envie la création, la fabrication, la distribution et la vente d'une œuvre sur papier dont j'aurai décidé - seule - l'utilité, la pertinence et l’esthétique.

Pour l'instant, je ne crée pas de fanzines à proprement parler ; je crée des livres uniques ou je développe des projets pour lesquels je fais appel à des sociétés d'autoédition en ligne qui me fournissent aussi une vitrine. Et ceci pour deux raisons :

1) Parce que je travaille sur des concepts à partir de carnets déjà faits, sans prendre en compte la reproductibilité de l'idée d'une part - il s'agit davantage de projets de livres d'artiste qui s'approprient le support (découpe ou ornementation de la couverture, découpe ludique ou déchirure volontaire des pages...)

2) D'autre part, parce que je suis particulièrement sensible à l'objet fini, je veux dire fabriqué en usine. Je me projette plus facilement dans des "projets d'édition" plutôt que dans des "expériences graphiques et littéraires éphémères". Les sociétés en ligne d'aide à l'autoédition me permettent d'avoir en main des ouvrages de belle facture que je ne suis pas capable de réaliser toute seule, pour le moment.

Je n'ai donc pas encore franchi le pas de la production d'un fanzine de type feuillet double cousu à la main, par exemple, car une telle production suppose, selon moi, un lieu ou une occasion pour être montré et surtout, des conditions d'entreposage particulier - qui la préserve. C'est cette interrogation qui me vient lorsque je visite pour la seconde fois le salon Fanzines ! Du coup, je me pose d'autres questions parce que je suis d'une nature curieuse d'abord, et parce que je suis sensibilisée à la représentation, la préservation et la diffusion des œuvres graphiques dans l'espace public.

Mon premier imagier en autoédition
Extrait de filles, recueil de portraits et de textes humoristiques. 
Autopublié. 2013

Par exemple : quelle visibilité toutes ces créations originales peuvent avoir en dehors du festival ? N'y a-t-il pas comme une contradiction dans le fait qu'une bibliothèque publique accueille, catalogue et donc rende disponible comme n'importe quel document des créations aussi singulières que les fanzines dont le charme et la logique surtout résident - justement - dans leur caractère non institutionnel ?   Quel type de traitement intellectuel et physique s'applique par conséquent au fanzine ? Est-ce qu'il circule ? S'il est abîmé ou déchiré accidentellement, le change-t-on, est-on en mesure de le faire, est-il envoyé en reliure comme c'est le cas pour un livre "classique" ?...

En faisant  la recherche sur internet d'autres références documentaires traitant du fanzine, je trouve par hasard un dossier publié dans  Matières graphiques, intitulé F comme Fanzines d'Emilie Mouquet et publié sur le site du BBF (Bulletin des bibliothèques de France). Très référencé, il propose notamment un approfondissement et une ouverture de ces premières réflexions, dresse une typologie des fanzines... Je le recommande vivement.



Sitographie

Pour aller plus loin, on peut consulter avec enthousiasme et à satiété : 
*Teal Triggs, Fanzines, la révolution du Diy, éd. Pyramid, 2010 en téléchargement gratuit 
*Le site de la librairie en ligne La pétroleuse
*L'article publié dans le n°6 de la revue en ligne Matière graphique
*Le site de la fanzinothèque de Poitiers 
*Le site de la petite fanzinothèque belge 
* Un exemple de communauté virtuelle de créateurs de graphzines 
* Sur quelques techniques d'impression 

© ema dée

samedi 5 décembre 2015

Dans les lignes de failles

 
Une faille  humaine
  
 Une fêlure  de la psyché
 Une coupure  à la lèvre
 Une entaille  dans la chair


L'impossible  réparation


(Extrait de mes phrases brèves, 2014-2015)
  
© ema dée 

La liste de mes trésors féminins singuliers

Parfois, des matins endeuillés dans ma main réflexive vers qui reviennent le souvenir douçâtre des rires adolescents, les reflux acides depuis ma mémoire dans la morne journée pré-hivernale,   les images aux coins grignos dans l'après-midi, les au-revoir forcés aux relents amers d'un fruit rongé jusqu'à son noyau nocturne.  


Parfois, ma main réflexive dresse la liste de mes trésors

Les petits ongles étroits, pointus et vernis de Virginie B
L'oeil gauche - le plus charmeur et le plus parfait - de Lynda Q
Les joues rosâtres et gauches de Magalie K
Les cheveux bleu marine d'Elisa L
Les lobes charnus et ornés de Nathalie F
La voix traînante et masculine de Chrystelle C
Les sourcils broussailleux et simples de Zohra A

La bouche agrandie et volcanique de Françoise G
Les dents chevauchantes souriantes de Lenaïg J
La frange géométrique envieuse de Gaëlle N
Les pieds minuscules et étourdis de Sophie D
Les bagues métalliques en retard de Delphine P
La mâchoire géologique en biais de Diane U
Le double nez de rongeur farceur de Charlotte et Daphné C

Les lunettes mathématiques et loucheuses d'Emmanuelle O
Le profil de raie muette de Maud N
Les éclats de miroirs jaloux et colériques d'Audrey F
Le ventre terminal de Nadège Z
La balle rebondissante à loyer modéré de Céline N
La course en jeans hilarants de Céline R
La calculatrice à feuilles caduques de Sylvette S

L'écharpe de camouflage enrhumé de Joëlle W  
Le gilet de repos bohémien d'Emilie J
Le pantalon à grandes hanches de Violaine N 
Le portefeuille en véritable peau de pimbêche d'Ophélie T 
Les mocassins à glands dépressifs de Karine B
La toque aérienne et autoritaire d'Emmanuelle C   
L'organisateur ludique à mouvements circulaires de Mary G

Le T-shirt rose pâle 100% papier recyclé de Caroline U
Les chausses en poils de bisounours exotiques  d'Eva Q
Les draps mythomaniaques de Marianne H
Les cheveux confidents et lunatiques de Guylaine V
Les orteils brillants de graisse à traire de Mébarka J
Les silences éloquents à frange médiane d'Elsa M
Le divan myope d'Annick Y

Les questions en papier de soie blanc de Barbara D
L'accueil mélomane à voix de fausset de Yolande R
Le monocle allergique à fil érotique de Brigitte C
Le tapis électrique sans code ni loi de Martha S
La paresse aux doigts palmés de Christine K
La paire de ciseaux blond cleptomane de Marie T
La pantoufle en wax diabétique de Jane X

L'élégance à mâchoire carrée de Christine M...

Extrait du poème  "La liste de mes trésors féminins singuliers"

© ema dée

vendredi 20 novembre 2015

Pour la Journée internationale des droits de l'enfant

Aujourd'hui 20 novembre, c'est la journée internationale des droits de l'enfant. Parmi ces droits précisés par la Convention internationale des droits de l'enfant adoptée le 20 novembre 1989 et ratifiée par 196 pays, le droit à la santé, le droit à un développement harmonieux, le droit à la culture, le droit à la dignité, le droit à la vie, le droit à l'identité, le droit de vivre avec ses parents, le droit de bénéficier d'une protection, le droit à l'éducation. 

Quels sont les enjeux de cette convention et de cette journée de célébration ? La convention définit un cadre contraignant pour les pays qui l'ont ratifiée, c'est-à-dire qu'ils sont tenus de respecter les dispositions définies et de les faire respecter. Ils doivent, en outre, créer un cadre qui garantit le respect et la protection des droits de l'enfant. Cette journée est l'occasion de faire le point sur la situation de l'Enfance dans le Monde et pour chaque État, sur son propre territoire. C'est aussi une manière objective de rester vigilant et actif.


Hier matin, sortie de métro, ligne 13. Montée et descendue en tête de train. Retour paisible d'un rendez-vous matinal qu'une musique tonitruante vient secouer soudain : depuis l'avant-dernière voiture du métro, de la musique poussée très fort et un chanteur convaincu. Boîte à rythmes posée au sol et pied posé en rythme sur un dancefloor étroit et improvisé. Il danse, il s'agite. Pour titiller le voyageur apathique, la voyageuse indifférente, les voyageurs préoccupés. 

Je le vois quand je passe devant les portes encore ouvertes du métro. Je vois aussi le petit bonhomme qui l'accompagne, immobile, un peu penché sur le côté, visage impassible, comme serré dans son petit costume de fan désigné volontaire. 

Je me dis, vu son âge, l'heure et le jour, le garçon aurait dû être dans sa classe de CE2. Rêvassant la tête tournée vers la fenêtre ou bâillant un peu au-dessus de son texte à lire. Peut-être. Pressé de retrouver la cour de récréation, les copains, la balle de foot qui atterrira fatalement sur le toit ou de l'autre côté de la grille de l'école, au milieu de la route - Oh flûte, t'as encore tiré trop fort !- et le steak-frites servi sans rab au self scolaire. Peut-être. 

A chaque fois que je rencontre un enfant au mauvais endroit au mauvais moment, j'ai envie de lui demander : "Dis, qu'est-ce que tu fais là ? Tes parents savent où tu es ? Dis, y'a pas école aujourd'hui ?"

Je n'en fais rien... De quoi j'me mêle ?

Pour mémoire : en 2013, je m'intéresse à l'illustration du droit à la protection.

© ema dée

mardi 17 novembre 2015

Un jour particulier pour tous les hommes

Car, c'est aujourd'hui la journée internationale de l'homme. Je propose pour cette occasion que je célèbre pour la première fois une composition inédite. Le texte qui l'accompagne ? Une pensée pour tous les hommes de ma mémoire...


Te rappelles-tu, Ondine,
Pierrot l'enfant lunaire et son chat myope,
Carlos l'infâme bagarreur de rue,
Jean-Philippe et sa fleur de bouton Ophélie,
Majid le tyrannique roi de l'informatique,
Alexis le joueur de batterie fou,
Marcel l'alcoolique extatique,
Sylvain le plus grand zozoteur de tous les temps ?

Sais-tu, Ondine,
Serge roule des mécaniques dans sa voiture Lada,
Boubakar s'endort à son travail de vigile,
Joël invente des machines enfantines,
Dani chante le bleu,
Momo envie le physique de ses 20 ans,
Thimothée a la main lourde sur la caresse,
Jacques boit au volant ?

Vois-tu, Ondine,
Les boucles feu de Guillaume,
Les dents de lait de Philippe,
Les jambes pantomimiques de Matthieu,
Les mains mélomanes de Jordan,
La toison râpeuse de Boris,
Les prunelles dorées de Léo,
Les phalanges misogynes de Richard ?

Imagines-tu, Ondine,
Charles rêve de s'appeler Henri,
Kader rêve de devenir Musclor,
Jonas rêve de contes de fées,
Soleymane rêve de voyages sur Mars,
Ange rêve de dessiner à l'encre de Chine,
Calu rêve de marcher sur les toits,
Brice rêve d'être beau ?

Te souviens-tu, Ondine,
Thomas et ses phylactères à écailles,
Jérôme et ses échappées nocturnes,
Lucien et ses monologues amoureux,
Valéry et sa grâce ivre,
Lionel et ses conversations chevelues,
Moïse et ses merveilleux mensonges,
Thierry et ses vocalises matinales ?

(...)

Extrait d' Un homme sur 84 est une femme.

© ema dée

dimanche 1 novembre 2015