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mardi 16 juin 2026

Matières colorées, objets plastiques et jeux... Le motif de l'arbre en folie !

Le concept créatif La boîte noire mis en oeuvre depuis la soutenance de mon mémoire de Master 2 Art contemporain et Sciences humaines à l'Université Paris 8 me permet de poursuivre l'exploration plastique et la production d'objets en relation avec le motif de l'Arbre. 

Avant d'en présenter quelques-unes, je souhaite revenir rapidement sur 1°) La Boîte noire ; 2°) Ce que j'entends par le motif de l'Arbre. 

1°) Ce qu'est La boîte noire.

C'est d'abord un objet matériel, une boîte archive de couleur noire en carton assez solide et de dimensions 3 cm x 33 cm x 47 cm. Hachetée dans une boutique d'articles de Beaux-arts en 2021, elle me permet de transporter les diverses pièces que j'ai produites au cours de mon mémoire de recherche de fin de second cycle universitaire : des études d'arbres au feutre et au feutre pinceau, des reproductions de photographies dcoumentaires personnelles mises en scène, un carnet d'empreintes, mon premier abécédaire de souvenirs particuliers Amoncelleries, projet de fin de Maîtrise en Création littéraire contemporaine, et la première version de Caractérologies, un ensemble de 26 arbres imaginés au fil du temps depuis 2014 et qui fait appel à un dessin au trait ou en aplats de noirs, questionne la relation vide-plein et l'idée de réalisme végétal. 

C'est ensuite une forme de métonymie renvoyant à mon cheminement  créatif - graphique, plastique et littéraire, d'une part, et d'autre part, intellectuel et émotionnel, autour de la représentation de la nature. Ce cheminement progressif et discontinu, qui part du besoin de s'écrire pour évoluer vers une nécessité de (se) consigner par le geste scripteur et symbolique, se cristallise autour du dessin de l'arbre.  

Aujourd'hui, La boîte noire continue d'assurer son double office puisque j'y conserve d'autres objets qui ont vu le jour depuis 2021, et j'y rattache l'ensemble des explorations auxquelles je me livre et qui concernent le motif de l'Arbre : graphzine, sculpture et pièces modelées, séries de dessins ou d'illustrations, mais également, nouvelles références culturelles et séries de photographies - numérique ou non. 

2°) Le motif de l'Arbre, c'est quoi ? 

Interrogée au cours de la préparation de mon abécédaire Amoncelleries sur l'arbre auquel je fais référence dans mes textes d'autofiction, je réponds en 2014 qu'il n'est pas pour l'instant d'une essence particulière. C'est l'arbre considéré tout d'abord pour ce qu'il est, tel que : un être vivant avec un corps, une organisation, des besoins, un milieu. Ce désir d'indéfinition est longtemps entretenu ; il s'explique par la volonté de ne pas écrire de textes de sylviculture, mais bien d'évoquer un organisme vivant avec lequel mes souvenirs aiment à dialoguer et dont la présence autorise qu'ils se déploient avec plus de fluidité et d'ampleur. L'arbre que j'évoque est comme une présence que ma mémoire localise pour accéder à des époques de ma vie, revolues, et dont il ne me reste que peu de traces. D'aucunes parleraient d'un "fétiche" (cf. Anna Seiderer, Docteure en Philosophie et Maître de conférences en Arts plastiques, UP8)

Ensuite, c'est l'arbre qui se révèle à travers le langage plastique, d'abord, le plus immédiat sans être le moins facile, l'arbre dessiné, puis l'arbre photographié en couleurs, enfin l'arbre en volume, modelé ou sculpté. Le motif de l'arbre doit être compris comme une quête, vers une ressemblance poétique, vers le développement d'un écosystème spécifique, vers une vérité de la sensation. J'expore autant des formes variées de représentations assez naïves que d'expressions privilégiant le fragment, ou encore, manifestant l'attention que je porte à une caractéristique. Cela peut-être le cycle des saisons, la couleur et la forme changeante des feuilles, ou encore, les détritus naturels tels que des morceaux d'écorces, de branches ou de feuilles mortes. 

C'est enfin l'arbre d'un point de vue anthropologique, c'est-à-dire la figure convoquée par ma mémoire pour en explorer ses abîmes, en toute sécurité. 

A présent, voici une sélection des travaux en cours et des créations terminées. Les premières gagnent en ambition, si je puis dire. Les secondes font l'objet d'une réactivation permanente dans le cadre ou de la préparation d'un salon ou dans la perspective d'une exposition d'arts visuels. Elles finissent elles aussi par se définir dans un entre-deux :

- 8 leporellos, huit tentatives de cerner la figure et la sensation

A la faveur de leporellos que j'ai fabriqués dans des chutes de papier aquarelle, je m'amuse à interroger ma relation au corps de l'arbre selon les saisons. Il y a du jeu, celui des matières colorées, celui des expériences faites avec de nouveaux médiums tels que la gouache - non encore travaillée dans ma démarche de création - ou réalisées à partir de documents photographiques précisément choisis, pour finir, celui du support qui cache et dévoile tour à tour. 


Chacune des trois productions exposées ci-dessus propose une manière de regarder et de représenter : l'aquarelle sera posée en touches colorées superposées, l'encre des tampons encreurs à l'aide de formes préalablement découpées dans des plaques de linoléum épais et très souple, pour finir, la gouache, en larges aplats légèrement texturés et en monotypes. Le choix des couleurs et des contours est motivé soit par un désir de ressemblance documentaire, soit par la recherche d'une expression poétique.  

- L'arbre de mon printemps

Cette pièce illustre parfaitement mon propos sur la procrastination appliquée que j'évoque dans mes récents articles sur le graphzine. Elle prend formes très modestement en 2023. A cette époque, elle n'est qu'une ossature de fils de cuivre récupérés dans l'atelier d'un l'artiste recupteur, D. Glingué, croisés et emmêlés ensemble et que retienne un très petit socle réalisé avec du plâtre de chantier, sur un coin de table. Puis, durant deux ans, la production en volume reste là, attendant dans un coin de ce même atelier, prenant la poussière et servant de refuge aux araignées. L'année dernière alors que je me désole de ne pas faire avancer cet objet en partie parce que je ne sais pas, une fois fini, où je vais pouvoir l'entreposer sans l'abîmer, un déclic. Qui se fait, par le truchement d'un autre projet au cours duquel j'utiliserai de la limaille de fer peinte à la bombe. Et par la découverte d'un autre matériau : de la poudre verte d'une texture semblable à du gazon finement tondu ou matière à floquer (s'utilise en modélisme pour la création de paysages). 

 
Au jour d'aujourd'hui, l'oeuvre figurative - un assemblage délicat de divers matériaux de récupération et de production - est quasi achevée. Il ne reste plus qu'à peaufiner la pose de la peinture acrylique et à intégrer une figurine en terre crue, que je conservais pour une autre pièce et qui vient trouver sa place là, près de l'arbre au tronc blanc, comme une évidence. 

- Mes boîtes à images ou Images en boîtes - Arboraissances

C'est l'histoire d'un jeu où il est proposé diverses expériences à partir d'un même contenu ; elles sont immédiatement visuelles, tactiles,  puis elles deviennent émotionnelles, intellectuelles - esthétiques ! Car, en ouvrant cette boîte de 2cm x  9, 5 cm x 9, 5 cm, on découvre quinze images toutes différentes - certaines sont tactiles - et un texte bref imprimé sur leporello dans lequel je revisite à ma manière la géographie des écosystèmes forestiers. La singularité de l'objet tient au fait qu'il soit sans détermination préalable dans son/ ses usage/s : on le reçoit comme on le veut et cela a le droit de varier dans le temps.  


C'est donc à chacun.e de le comprendre selon ses envies, ses préoccupations, son besoin. De mon côté, Arboraissances raconte en premier lieu l'histoire d'un workshop que j'ai suivi au sein de l'atelier Edition de l'ENSBA de Paris en 2021. J'y explorerai volontiers les divers modes d'impressions présents : jet d'encre, traceur très grand format, risographie, laser. Et ce, à la faveur de supports papiers variés dont je vais conserver longtemps les chutes, papier aquarelle à gros grain, papier inkjet d'un aspect proche du bristol, papier kraft brun uni, papier calque épais, papier dessin fin et très blanc... En second lieu, la boîte à images parle de ma manière d'envisager ma création autant dans l'écriture d'invention qu'en dessin ou en photographie : je valorise le fragment, procède de la bribe et, composant avec les vides, cherche à rendre visibles la matière du trait, la texture de la couleur, l'éclat du blanc du support...

- Les pots - pourris ou les mini - livres du sensible 

Dernières oeuvres produites entre 2025 et 2026, notamment dans la perspective du Festival Ecrire ! à Rennes qui s'est déroulé en février dernier, ces pièces-ci sont de plusieurs sortes, créées autour de l'idée de rassembler plusieurs traces dans un unique objet, relié à la main. Certaines compilent fragments de photographies et bouts de dessins personnels imprimés ; en outre, elles reçoivent un titre imprimé avec de très petits caractères typographiques en plomb. Enfin, une carte postale, détournée à l'aide de collages variés (textes imprimés, papiers décoratifs) accompagne chaque petit objet à lire. 

 

D'autres sont issues d'explorations nouvelles comme le monotype à l'encre de linogravure réalisé à partir de matériaux naturels ou issus de  la transformation de l'arbre. Là, intervient une autre caractéristique de ma production plastique, le petit format qui se fait contrainte ludique et adaptation à la rareté des matériaux utilisés. A l'intérieur de ces livres dits "du sensible" parce que j'y présente une relation à l'arbre à travers sa représentation sous différentes formes, figuratives et abstraites, je raconte des histoires de matières : ce sera notamment le récit bref d'un noir qui peu à peu envahit le blanc de chaque page ou celui d'une phrase qui ne se comprend que dans le défilement des pages successives. Pour ces objets livresques, je déploie tout mon savoir- faire dans la création de reliure cousue.( Ci-dessus, un exemple de reliure à la japonaise.)

© ema dée

dimanche 14 juin 2026

Graphzines et procrastination...

Il y a deux mois environ, je parlais ici de ma tendance à prendre mon temps dans ma production et entre mes différentes productions. Je parlais aussi de la nature de cette tendance et de ce qui pouvait l'expliquer : un rythme syncopé développé en adaptation à un parcours personnel et professionnel qui ne permet pas, selon moi, de créer de manière continue. 

Pourtant, en avril dernier, constatant encore une fois que les projets s'accumulent et que d'autres idées (de livres, de dessins, d(objets) arrivent sans trouver d'écho possible ou dans un carnet de recherche ou concrètement dans un objet faute de place ou de temps, je veux changer de méthode. Je me propose un défi dont le but est de me déformater progressivement : il s'agit en effet de trouver une autre manière de conduire mes recherches au sein de mon petit atelier, et de réaliser concrètement une oeuvre, qu'elle soit destinée à une exposition prévue ou à un événement à venir non encore identifié. 

Vue de mon atelier

Aussi, je décide non pas de créer pour l'événement, mais de produire parce que je suis artiste en continu. C'est sans cesse que j'ai besoin d'explorer de manière sympbolique, même si cela ne se traduit pas forcément par la création d'une oeuvre à exposer.  

Parce qu'en effet créer signifie plus que produire une oeuvre artistique, je veux dire que l'on puisse exposer et/ou vendre. Comment puis-je savoir si ce que je produis trouvera une résonance dans un marché, un festival, une maison d'éditions ou une galerie...? Je l'ignore, je peux juste le supposer... Produire une oeuvre, c'est déjà vouloir donner corps à quelque chose et que ce corps s'exprime dans un langage spécifique, que sa présence ne puisse se justifier que par/ pour elle-même. C'est à cause ou grâce à tout cela que cet objet peut mettre du temps à être formalisé. 

Je veux dire qu'un objet auquel je pense et dont je cherche la forme d'expression et de présence la plus proche de cette intention constitue la première étape de création de cet objet d'art. Pour cela, des conditions doivent être réunies,  tout d'abord, une disponibilité d'esprit, puis un espace. Or, plus je tarde à me mettre au travail, sous le prétexte, fallacieux ou non,  d'un nécesaire retardement, plus cet espace et cette disponibilité sont envahis par les contingences de la vie, et plus, il devient difficile de se (re)mettre en condition artistique. 

Je reviendrai sur cette question dans laquelle il faut distinguer le fait de produire quelque chose grâce à des outils, des médiums, du temps, des supports, une motivation... de produire une oeuvre plastique qui se tienne de mon point de vue, enfin, de donner à voir une oeuvre artistique exposable et dans laquelle le public va lire un propos. 

 

Il y a deux mois environ donc, je parlais ici de ma tendance à prendre mon temps dans ma production et entre mes différentes productions. Je parlais aussi de la nature de cette tendance et de ce qui pouvait l'expliquer : un rythme syncopé développé en adaptation à un parcours qui ne permet pas, selon moi, de créer de manière continue. Je me lance donc le défi de développer mon projet de graphzine FOUTOIR/ archives vivantes, en menant de front, la poursuite de trois prochaines publications : après le Rouge, le Rose, le Vert et le Noir. 

Où en suis-je, aujourd'hui ? Voici quelques images de ma progression sur les deux premiers, à savoir, Rose masculin et Verts jeux.

 

Rose masculin (titre non définitif) : Pourquoi ce sujet ? J'aimerais exposer une manière d'appréhender la couleur rose selon le prisme du genre, à savoir, ne représenter que des hommes vêtus de rose. Ce parti-pris très clair est assez nouveau dans la mesure où FOUTOIR est surtout destiné à exposer des images personnelles inédites en lien avec une réflexion sous une forme textuelle. Il n'a pas été question une seule fois lorsque j'ai produit les premiers livres d'en faire une tribune politique. Parce qu'il me semble que c'est au lecteur et à la lectrice de prolonger sa réflexion s'il/ elle trouve qu'il y a matière à. J'estime que ce n'est pas à moi d'imposer un discours militant à partir de ma production littéraire et graphique thématique. Aussi, ce projet autour du rose a-t-il été conduit également comme la motivation à présenter un sujet que j'aime : des portraits associés à des objets du quotidien

Depuis, le projet progresse dans trois directions : j'ai réalisé plusieurs des dessins qui vont accompagner les portraits d'hommes retenus. Cette étape n'a pas été évidente car je me demandais si à ce stade de ma recherche et de mon projet de graphzine, je pouvais associer à mon expérience du rose, à celle de la toxicité de certains hommes que j'ai pu rencontrer/ éprouver. Une toxicité qui prend des formes variées, en premier lieu, la violence, la manipulation, le mensonge. Mais, comment lui donner forme à travers la représentation d'objets ? D'abord, quels objets ? Et ensuite, comment traduire cela dans le dessin ? Cette interrogation a renvoyé à une seconde direction - nouvelle et dans ce projet et dans ma démarche de création : l'enquête de terrain. 

Elle consiste à chercher dans mon environnement quotidien des marqueurs de toxicité, et en face d'eux, pour contrebalancer, des éléments positifs concernant les hommes qui manifestent leur présence par le port du rose. Ici, arrive la troisième direction que trace ce projet en texte-image consistant en 1 création littéraire inédite et une série de 16 dessins : la signification. Pourquoi, depuis quelques temps, voit-on des hommes d'âges et de conditions sociales différentes s'afficher en public avec du rose, qui une veste, qui un pantalon, un pull, une paire de tennis... ou encore, qui pratiquent une sorte de rose intégral, du rose jusqu'au bout des ongles et de la pointe des cheveux ? Et ces roses sont eux aussi variés : le Parisien porte tout à tour, du fuchsia, du rose tendre, du rose pastel, du vieux rose (ou parme), du rose fluo... associé ou non, au noir, au vert, au gris, en particulier. 

Tendance de la mode ? Inflection de la société, c'est-à-dire formes d'acceptation d'une sensibilité au masculin ? Engagement non genré sur certaines questions ne concernant que les femmes ? Pour ne pas coller d'étiquettes, plaquer des discours ou rester dans une impression de, une croyance, j'ai mené une petite investigation. Je me suis interrogée sur le sens de ce geste chez les homme, porter du rose. J'ai trouvé plusieurs blogs tenus par des hommes uniquement, dans lesquels est expliqué comment porter de manière "chic" ce rose autorisé et où il est précisé quel(s) message(s) cela peut renvoyer sur celui qui ose le porter au quotidien. 

Je ne cache pas qu'une foule de questions s'agitent dans mon cerveau au moment où j'écris cela, l'impression d'assister à des situations paradoxales... Parce que, par exemple, je trouve assez coquasse qu'il existe des lieux de conseils pour hommes là où, me semble-t-il, il n'a jamais été question de laisser le choix aux petites filles de porter tel ou tel rose. Je clos de suite le débat ; je le répète, mon projet de graphzine ne vient rien dénoncer ni révéler. Mais, il se peut que dans un troisième article sur ce projet, je reparle aussi de ces informations. Je ne les possédais pas quand j'ai décidé de dessiner plusieurs portraits épaules d'hommes en rose, certaines sont particulièrement intéressantes. 

 

Verts jeux ou Jeux verts (titres non définitifs) : ce projet prolonge la Boîte noire, concept créatif et objet d'archives regroupant mes créations plastiques, graphiques et littéraires terminées ainsi que mes tentatives sur le sujet de ma relation à la nature - arbre. Pour découvrir l'article présentant ce concept - objet, lire Zoom sur le projet La boîte noire - Tentative de cerner la question, datant de septembre 2025.

Quelle est l'intention de ce graphzine-ci ? De son côté, il présente des situations de femmes faisant corps avec des arbres imaginaires, aux contours tout droit sortis de mon imagination, habituée, cependant à regarder les arbres alentour. Chaque voyage un peu ou carrément hors de Paris ravive le sentiment de reconnaissance que je ressens pour la nature. Une nature qui manifeste sa présence à travers des groupes d'arbres variés, feuillus et conifères, vieillards ou jeunesse aux couleurs et à la physionnomie changeantes auxquelles je suis, je le pense, plus sensible que lorsque j'étais enfant. 

Enfant, les forêts, les bois, lieux de jeux collectifs et de promenades, de cueillettes et de découvertes de trésors, n'avaient pas ce caractère nécessaire, ressourçant, ni n'étaient chargés d'un attachement mélancolique de ma part. Les arbres étaient là, pour y grimper dessus, les gardiens de nos pique-niques en colonies de vacances, là où dénicher des nids abandonnés -  temporairement ou non, ou pour pourvoir à loisir, l'automne, en feuilles à faire sécher dans un herbier commandé par la maîtresse... Les forêts, les bois, lieux de contes et d'histoires d'épouvante, de morts et de vies, n'étaient pas recherchés, convoqués, ils étaient là bien présents sur mon parcours et seraient présents, toujours. 

Jeux verts décline cette relation ludique et physique avec le corps de l'arbre. Le parti-pris est celui de la représentation par fragments, par omissions volontaires de détails, ou si l'on veut, la non représentation d'éléments naturels. Pour venir en résonance avec un autre aspect de ce projet de Boîte noire, la mémoire ou la relation à la nature à travers le prisme déformant - volontairement recherché ou entretenu, de mes souvenirs.

Le projet a progressé et s'est enrichi lui aussi puisqu'à la série de dessins au feutre, marqueur, crayons et stylo à bille, que j'ai pu produire dans l'intervalle s'est ajoutée une série de polaroïds en couleurs. Ce sont des vues d'arbres prises dans des moments de déplacements, à Paris, à Saint-Ouen-sur-Seine et en régions (Bourgogne, Centre-Val de Loire). J'essaie de capter une certaine image des arbres lorsque ceux-ci sont cramés de lumière, qu'ils baignent dans des ciels bleutés ou qu'ils sont assombris par l'atmosphère plombée d'un orage proche. Et parce que FOUTOIR est aussi le lieu et le prétexte d'explorations en compléments du dessin et de textes d'archives, j'imagine intégrer ces images photographiques à la maquette 21 cm x 21 cm. Reste à déterminer comment et... pourquoi ? 

  

Le graphzine autour du Noir entend exposer mes recherches sur la typographie à la main, à partir des travaux graphiques réalisés pour l'abécédaire Grain noir, le livre d'artiste en exemplaire unique imaginé après mon défi graphique d'octobre 2023. Le projet d'écriture de caractères est mené depuis trois ans et se développe en tous sens, en 2D et en volume. Cette manière de conduire en rhizomes un projet de création empêche pour l'instant de trouver une forme unique de présentation. Aussi, pour ce projet d'édition-là, à mon corps défendant et en contradiction avec ma recherche d'une méthode de création et de production plus "offensive", il me faudra plus de temps pour y voir clair. 

A suivre.

©ema dée