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mardi 29 juin 2021

Abstraction féminine et images projetées au Centre Pompidou + étranges cosmogonies à la Halle Saint-Pierre : en juin, découvertes !

En juin, je revis littéralement : les musées et les centres d'art parisiens et franciliens ré-ouvrent, enfin ! Surtout, des expositions d'arts visuels annoncées depuis longtemps ont vraiment lieu et celles commencées avant le confinement que je craignais de rater durent encore, car pour la plupart, elles ont été heureusement prolongées. 

À la Halle Saint-Pierre, la "S"

Je sors de ma réserve habituelle pour parler crûment et franchement : c'est que du bon pour mes petites mirettes brunes en mal de jolies choses admirables. Comme vous ou comme certaines et certains d'entre vous, j'ai besoin de vivre l'Art au contact de l'Art : déambuler dans les salles successives, se perdre un peu dans la scénographie, échanger quelques mots perplexes ou satisfaits avec d'autres visiteuses, d'autres visiteurs, se planter devant un tableau, une sculpture, une tapisserie, un livre d'artiste..., entrer dans une intimité avec, rester pantoise devant, être conquise par ce qui se déploie devant soi, rien ne vaut ce moment de contact particulier.

Chez moi, une habitude sensible et tenace que n'ont pas pu égratigner d'un iota les vrais efforts des institutions, galeries, associations culturelles et artistes pour donner accès, durant le confinement, aux œuvres d'art et évènements en ligne, notamment avec les MOOCs et de jolies vidéos. En fait, disposer de 40 cm sur 30 cm pour visiter virtuellement un espace concret de plusieurs dizaines de mètres carrés, c'est définitivement pour moi une toute autre expérience. J'ai du mal définitivement !

 Au Centre Pompidou, le Tropical Garden II de Louise Nevelson

Parlons peu, parlons bien. Illustré de quelques images photographiques et vidéographiques, un compte-rendu personnel de trois expositions d'Art moderne et contemporain vues récemment : la première, dans le registre de matrimoine artistique, Women in Abstraction/ Elles font l'abstraction au Centre Georges Pompidou, la seconde, dans le registre de l'analyse de l'image projetée, James Coleman présente ses pièces vidéos racontées, toujours à Pompidou, la troisième, dans le registre du singulier et du bizarre bizarre, avec Dans les têtes de Stéphane Blanquet à la Halle Saint-Pierre. 

1) Abstraction, quand tu me tiens ou le matrimoine artistique s'expose ! 

Le Centre Pompidou (Paris 4ème) est actuellement en travaux mais ses activités culturelles et artistiques se poursuivent et sont accessibles à condition de penser à réserver sa place. En amont de l'évènement Women in Abstraction, une grande et très riche exposition des trop nombreuses artistes éclipsées (minorées, muselées ?) par l'Histoire, le musée a judicieusement proposé un MOOC pour re-découvrir les femmes engagées ; dans bien des disciplines, elles auront participé voire anticipé les formes et les mouvements d'avant-gardes qui ont façonné l'Histoire de l'Art occidental à partir de la fin du 19ème siècle, telle qu'elle nous est racontée. Et pourtant cette histoire-là, celle des femmes "guerrières" et de leur génie, est très peu connue du grand public, ou y a peu accès. Le Centre raconte le parcours de l'art abstrait "au féminin" à travers un cheminement dans des œuvres graphiques, picturales et plastiques, qu'il considère comme marquantes et caractéristiques, couvrant une période s'étirant de la fin du 19ème siècle jusqu'à aujourd'hui. On verra ainsi les artistes (s')expérimenter et (s')explorer dans bien des disciplines : tapisserie, mode, costume de scène, scénographie et décor de théâtre, sculpture, installation, cinéma d'avant-garde, danse, peinture, sculpture, photographie, dessin...

Au fait, qui sait que pour écrire son fameux Du spirituel dans l'Art et dans la peinture en particulier, quasiment l'origine de l'Art abstrait, le peintre russe Wassily Kandinsky a été influencé par la pensée d'une philosophe ? Qui sait que, contrairement à leurs "homologues" masculins qui ont tardivement entrepris de croiser les disciplines artistiques entre elles ou réfléchi longtemps à comment abolir la frontière Art/Vie, les femmes artistes ont tout naturellement et dès le début de leur pratique, associer à leurs recherches artistiques les enjeux posés par la vie quotidienne et œuvré dans différents champs artistiques en même temps, sans la moindre difficulté ?  

Enthousiaste ? Oui, absolument ! Convaincue ? Cela reste à voir. Ce qui m'a gêné, au final ? Peut-être le sentiment d'un trop grand foisonnement à défaut d'être approfondie, l'exposition semble avoir pris le parti d'être malgré tout exhaustive. Peut-être l'apparente sous-représentation des continents africains, des territoires d'Amérique centrale et du sud comme des îles. Mais n'étant pas une spécialiste de la question, je me dis qu'il doit forcément y avoir une très bonne raison...   Par exemple, l'absence de besoin chez les artistes non-occidentales d'exclure la ressemblance dans la représentation d'un objet ou l'indifférence ressentie pour la relation abstraction/ réel/ réalité ? 

Ceci étant souligné, Elles font l'abstraction a le mérite de mettre les pieds dans le plat d'une histoire de l'art volontiers patriarcale et de (re)considérer en filigrane la question du "génie". Hé, oui, je m'emballe, je papote, je conjecture. Somme toute, la meilleure (re)présentation  de l'évènement sera toujours celle que l'on se fait soi-même et par soi-même, alors foncez ! Et parmi tant d’œuvres exposées, un collage dynamique tout en couleurs de Sonia Delaunay-Terk, une double création dada de Sophie Taeuber-Arp et une œuvre tissée de Sheila Hicks.

2) Chut ! Séances diapos : analyses de l'image projetée

Ce que j'aime dans le fait de déambuler dans un musée avec un ticket qui me donne accès aux collections permanentes comme aux expositions temporaires, c'est la rencontre fortuite : entrer dans une salle parce qu'il y a de la lumière, tout simplement, et voir ce qui se montre. La surprise, en somme ! Rien ne remplace avant de décider de se déplacer, me direz-vous, l'étape de la prise d'informations en amont "la pertinente préparation de la visite". Pour ma part, j'aime savoir qu'il est toujours possible, en plus de l'exposition réservée, d'aller zieuter ce que je n'ai pas prévu d'aller voir. 

Ainsi des installations vidéos de l'artiste plasticien d'origine irlandaise James Coleman (1941-...) De vous à moi, l'Art vidéo au musée est toujours une expérience esthétique compliquée : soit il n'y a pas assez de chaises pour s'assoir devant les écrans, soit la proposition visuelle est très longue, ça rallonge le parcours de la visite de façon inopportune, soit les conditions d'audition et de réception ne sont pas optimales, soit enfin, les œuvres proposées ont l'air abscons ou semblent arriver comme un cheveu sur la soupe au cours de la visite. Bref, l'Art vidéo pourtant très présent dans les collections contemporaines souffre d'une médiation et d'un certain confort. Tout est différent qu'on est avertis-es que l'essentiel de la visite sera constituée de films, procédant de plusieurs installations de projecteurs de diapositives et de textes lus dans de vastes salles plongées dans l'obscurité. L'exposition n'offrira ici que cela. Ni l'image fixe d'un tableau ni le mouvement que sous-entend une sculpture autour de laquelle il faut tourner ne viendra concurrencer les dispositifs de narration présentés ici.  La rétrospective se compose des "tableaux vivants" majeurs de l'artiste consistant en la projection successive de diapositives synchronisées à une bande sonore.

J'ai personnellement beaucoup apprécié de ne pas vivre ce déchirement, celui de devoir choisir entre regarder une œuvre vidéo ou filmique ou regarder une suite d'œuvres en 2D. J'ai en outre beaucoup apprécié ma surprise : si les films de J. Coleman jouent sur une certaine épure héritée de l'Art conceptuel, le fond n'en demeure pas moins poétique, curieux ou séduisant, voire drôle et cocasse. Ici, on décryptera pour vous une image d'apparence banale, ordinaire : Slide Piece (1972-1973) présente implacablement un coin de rue, une station service, une suite d'immeubles, des voitures garées... Ici, on vous racontera l'histoire d'un enregistrement façon roman-photo en Technicolor et costumes de scène : Lapsus Exposure (1992-1994). Ici encore, vous suivrez l'acteur américain Harvey Keitel, seul et magistral, prononcer un monologue de Sophocle (Retake with Evidence, 2007). Ou  vous entrerez dans l'espace perturbant d'Initials, 1993-1994, procédant par succession de plans en lents fondus enchaînés. 

Ici, en définitive, s'entremêlent "plusieurs niveaux de fiction induisant eux-mêmes différentes temporalités traversant les champs de l'identité et de la subjectivité." (Cf. Commissariat d'exposition de Nicolas Liucci-Goutnikov).

3) Du brut singulier et bizarre dans la pupille

Enfin, arrive Dans les Têtes de Stéphane Blanquet, la plus terrible des expositions réservée aux yeux avertis et friands de contre-culture : l'auteur de bandes dessinées, dessinateur et artiste plasticien né en 1973 investit le musée parisien spécialisé dans l'Art brut avec ses mythologies personnelles et ses invités, artistes et artistes triés-ées sur le volet. La visite sera bizarre, un peu dérangeante, carrément insolite, protéiforme, monumentale et un brin musicale ou cacophonique, c'est selon la sensibilité. L'artiste touche-à-tout nous ouvre au rez-de chaussée de la Halle son univers plastique peuplé de monstres, de créatures hybrides inquiétantes, d'autoportraits, de fragments de corps, d'objets rares. Les œuvres sont ici dessinées à l'encre, peintes, tricotées, fondues, moulées, mystérieusement assemblées puis mises en mouvement, cousues,  suspendues ; c'est  de mon point de vue un monde foisonnant, monochrome et multicolore à la fois, qui évoque  tour à tour la douleur du corps malade, les mondes imaginaires, les fantasmes, les obsessions, le désir et le délire des sens. 


Au premier étage, les invités-ées de S. Blanquet, composent, quant à eux, une cosmogonie singulière défendue par l'artiste dans le cadre de son manifeste artistique Tranche de racine. Autant de créateurs français et étrangers, une cinquantaine, autant d’œuvres ouvrant sur des univers ou des discours personnels dont certaines sont d'une très grande puissance d'évocation, le tout proposé dans un vaste work in progress car l'accrochage varie et évolue sans cesse tout au long de ce que l'on pourrait appeler une carte blanche offerte à l'artiste. Par exemple, l'installation Erenhini de Pablo Querea qui propose une rencontre avec 500 portraits de petit format et griffés à l'encre, un terrible et monumental face-à-face avec une humanité grimaçante et silencieuse.

Deux petits bémols, cependant, à cette exposition remarquable : au rez-de chaussée, bien que la scénographie soit formidable tant de choses à voir donne le vertige, un vrai cabinet de curiosités ! , on se perd parfois dans la signalétique et finalement, on en apprendra peu voire rien sur les techniques utilisées ou le sens que l'artiste donne à ses gestes artistiques, dessins, installations, objets cousus, séries, vidéos, tapisseries... À défaut de comprendre, faudra-t-il plutôt ressentir. À l'étage, on regrette des cartels un peu brefs qui mentionnent trop succinctement les artistes, leurs démarches et les techniques utilisées, encore une fois, là où certains-nes exposent leur travail pour la première fois, c'est dommage, on reste sur sa faim. Alors à chacun-e, visiteur, visiteuse, d'aller chercher les informations nécessaires ailleurs sur celles et ceux qui auront retenu son attention. 

Note : Un mot apparaît en rouge ? Je signale que l’œuvre en question peut heurter la sensibilité. Mais la proposition de S. Blanquet tout en présentant un grand attrait par la diversité de ses formes s'adresse plutôt à un public adulte.

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Petit rappel :

Elles font l'abstraction, Centre Pompidou, jusqu'au 23 août 2021

Dans les tête de Stéphane Blanquet et Tranche de racine, La Halle Saint-Pierre, jusqu'au 2 janvier 2022

James Coleman, Centre Pompidou, jusqu'au 22 août 2021

Bonne visite et bonnes découvertes !

©ema dée

vendredi 18 juin 2021

EmaTom promet aux Gémeaux une année 2021 complice, câline et poétique !

Au mois de juin Ema Dée + Thomas = EmaTom* se passionne pour le double mystère que représentent les fringants Gémeaux.

"D'ordinaire, quand Madame Gémeaux cligne de l’œil, lève son sourcil gauche, se racle la gorge, s'impatiente, Monsieur Gémeaux sourit, il a compris et soudain sans annonce improvise : magique ! Quand Monsieur Gémeaux a le trac, s'inquiète, panique, anticipe, Madame Gémeaux inspire, expire, imagine : elle détend et récrée l'atmosphère. En 2021, rien ne change, tout se confirme pour eux : rien ni personne ne résiste(ra) à leur charme conjugué et à leur troublant magnétisme. Et d'aucuns apprécieront leur poésie naïve mais néanmoins toujours pleine d'à-propos. "

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*Un nouveau projet créatif à quatre mains (qui se poursuit).

En 2011, je réalise une petite série de dessins intitulée Le Zodiaque amoureux. Des feuilles carrées (encore !), de format réduit (encore !), des feutres, de l'encre Ecoline et des pinceaux fins me suffiront pour imaginer des mignonnes saynètes aux couleurs tendres, représentant les signes astrologiques. Ici, il fleure bon d'être amoureux, on goûte le plaisir de jouer de la musique ou de cuisiner à deux, on apprécie d'être ensemble ou de se rencontrer, franchement, sans cacher son caractère, gommer ses imperfections ou feindre d'être quelqu'un d'autre. Imaginez dans l'ambiance festive d'un petit café - restaurant culturel cosy (3 fourchettes au menu), les 12 signes du zodiaque, les unes distinguées, les autres drôles, cocasses ou maladroits, mélomanes ou poètes, gourmands ! 

Par goût pour le dessin en work in progress, les défis graphiques et les collaborations artistiques (1 + 1 = 3, c'est bien connu !), je propose à Thomas de réactualiser cette série que j'affectionne ; au fil des mois de cette année, il l'adaptera, la réinterprétera, à sa guise, dans la technique qui est la sienne actuellement, le dessin numérique. Et au fil des publications mensuelles sur les blogs Le Horlart et Improzine, se glissera une nouvelle image tout en couleurs, motifs, charme et humour accompagnée d'une prédiction ajustée. C'est ainsi que dix ans plus tard, tout en conservant son côté joli dessin miniature, le Zodiaque amoureux  fait peau neuve  !

©ema dée ©thomas cloué ©EmaTom

dimanche 23 mai 2021

Illustrer un proverbe africain : une relation texte-image sur le thème de la chasse

Dernièrement, je me suis essayée à illustrer un proverbe africain. J'aime parler de ce genre d'expériences, car comme je le dis souvent — je me répète donc —, mettre en image(s) un texte, ici, une phrase, est un très bon exercice. D'autant que la dite phrase traitant de la chasse m'apparaît d'emblée mystérieuse, à la fois équivoque et univoque. Donc, cela se présente comme un défi. À différents point de vue.

 

Par exemple, et c'est le premier point, cela oblige à réfléchir bien sûr au sens de la phrase mais dans son univers à soi. Il faut la décortiquer en s'appuyant sur la syntaxe et la ponctuation utilisées, afin d'en déterminer à la fois son rythme, sa signification propres et d'en dégager un sens personnel. Et ça, ce n'est pas évident car la phrase peut ne pas résonner avec ses propres préoccupations ni avec ses obsessions, ou tout simplement, son discours, je veux dire, ce qu'on aime exprimer habituellement ou ce qu'on désire dire à travers son dessin. De plus, il convient d'y trouver un sens que l'on va pouvoir faire comprendre grâce à une image ou à des images.   

Deuxième point, justement, le dessin : si l'on considère que le mot peut renvoyer et à dess(e)in et à dessin c'est-à-dire, au but qu'on se donne en se mettant au travail ainsi qu'à l'acte consistant à prendre un support pour y inscrire une pensée, comment s'y prend-on pour faire sienne la pensée d'un autre, pour dire quoi et comment le dire au mieux ? L'image, la mise en scène de l'image et la production finale doivent être ressenties comme nécessaires — sinon pour tout le monde, au moins pour soi.  

Troisième point, illustrer un texte relève du défi, puisqu'il s'agit d'articuler ensemble deux univers, celui du texte et celui de l'image. Et là, aussi, un boulevard de questionnement s'ouvre devant soi : faut-il donner à lire le proverbe uniquement grâce à l'image ou peut-on choisir de l'intégrer à l'image produite, et dans ce cas, que va dire l'image ? De plus, si l'on procède ainsi quel statut donner au texte, et surtout comment bien l'inclure dans sa production afin que tout tienne ensemble harmonieusement ? Ou au contraire, comment proposer une sorte de "collage" texte-image, ou si l'on préfère, la cohabitation de deux univers indépendants ?

"TANT QUE LES LIONS N'AURONT PAS LEURS PROPRES HISTORIENS, LES HISTOIRES DE CHASSE NE PEUVENT QUE CHANTER LA GLOIRE DU CHASSEUR".*

Le proverbe est précisé ; le défi est lancé. Comment m'y suis-je prise ? En trois étapes, que voici :

1°) La familiarisation : un long moment a été consacré au dessin d'études de lions, de lionnes et de lionceaux et ce, à partir de photographies en couleurs. Car, si je dessine souvent des animaux, je ne suis pas très à l'aise avec les quadrupèdes tels que les gros félins. Je les ai étudiés selon différents angles et plans afin de comprendre leurs attitudes comme leur anatomie. Un autre temps important a été consacré à une recherche documentaire visant à re-découvrir le paysage de savane, à saisir ce qui le caractérise et le distingue du bush ou de la brousse, par exemple. Un dernier temps, plus court, fut occupé par d'autres recherches documentaires sur le thème de la chasse, qui, pour le coup, est un thème complètement étranger à mon univers graphique, plastique, littéraire voire même culturel et psychologique

Je ne connais la chasse que par les conséquences désastreuses ou les formes barbares qu'elle a et qu'elle prend dans la société d'aujourd'hui ; comme beaucoup, je suis informée de la (menace de) disparition de certaines espèces du fait des chasses excessives, ou de l'élevage des animaux aux seules fins de servir de gibiers aux chasseurs. Cela m'a questionné. Quel est mon avis sur la question, au fait ? Et comment le traduire ? J'ai envie de souligner ici ceci :  il a été important pour moi d'y réfléchir d'abord selon mes propres convictions ou à défaut — l'inspiration ne donnant rien de ce côté-là — ,  selon ce que mon style graphique pouvait en dire. 

2°) L'adaptationplus que de m'inspirer d'images vues (parfois malaisantes) sur internet sur le thème de la chasse et réalisant que je n'en maîtrise totalement ni les tenants ni les aboutissants, du moins pas assez pour me lancer dans une réponse militante et engagée, j'ai décidé de proposer une interprétation en premier lieu graphique. C'est-à-dire répondre du point de vue de mon univers dessiné : le trait fin, le dessin de personnages, une grammaire graphique permettant de traduire des nuances et différentes réalités, l'humour (effet caricature ou cartoon), enfin, les clins d’œil (ou références culturelles, artistiques) plus ou moins accentués évidents.

3°) La production et la création :  c'est que le proverbe suggérait, selon mon analyse, deux temps, reliés l'un à l'autre, et dénonce par le détour d'un langage imagé, l'univocité des récits de chasse et in fine, toujours de mon point de vue, l'emprise de l'humain sur l'animal. La notion de "temps" fait partie d'une de mes obsessions. L'enjeu devient alors d'être en mesure de donner à voir plusieurs temporalités (1ère articulation avec mon univers). La répétition du mot "histoire" fut comme une invitation : celle de me mettre dans la perspective du conte, de la fable, de l'oralité (2nde articulation avec mon univers) et d'une forme de mise en abyme, que j'affectionne beaucoup (3ème articulation avec mon univers). Et d'une manière générale, illustrer ce proverbe c'est me connecter à la manière dont je considère le dessin : il peut être cette fenêtre sur un monde alternatif, sur un impossible imagé permettant de saisir ce qui se joue dans le réel, comme pouvoir ici se mettre à la place de l'Autre.

Le format de la page unique, A3, m'obligera à opter pour une forme de narration composite ;  il fallait qu'elle soit claire et que son contenu soit dense ; je me suis appuyée sur le travail de Benjamin Rabier (1864 -1939) dont j'admire la capacité à organiser dans un espace restreint des moments distincts, en plus de son parti pris d'anthropomorphisation des animaux sans recourir aux vêtements et de son choix d'une mise en scène riche en stratégies narratives (insert, médaillon...)

Sous la houlette de l'artiste aux multiples facettes parce qu'à la fois dessinateur de presse, de publicité, auteur et illustrateur pour la jeunesse, je me suis amusée (4ème articulation avec mon univers) à "composer" une planche dans laquelle la phrase donnée fait partie intégrante de l'image ; celle-ci conserve cependant sa force et son autonomie en tant que texte déjà auto-signifiant. Une planche dans laquelle, deux mises en miroir chasseurs/ lions s'opèrent selon un léger décalage temporel. Une planche dans laquelle enfin, la lectrice et le lecteur, sont mises à contribution pour combler les "vides" (ou closure).

On pourra certes m'objecter que le sujet de la chasse aurait commandé une traduction plus violente, je veux dire, plus agressive, virulente — militante —, manifestant une prise de position ou montrant une acuité sur le phénomène comme une distance critique. Mais de cela, j'en suis dépourvue comme je l'ai expliqué plus haut. Peut-être aurais-je dû renforcer l'effet grotesque ? Que le recours à une structure narrative empruntée à un autre aura  desservi soit la force du propos que tient le proverbe soit la force de mon propos habituel ? ...

Planche dessinée au feutre, au feutre pinceau et au rotring sur papier. 29, 7 cm x 42 cm

À vrai dire, j'aime l'idée de faire du différent avec ce qui a déjà été fait ou de le "transposer" dans mon travail pour mieux comprendre ce qui s'y joue : me l'approprier.  Également, j'aime l'idée de me mettre "en danger" en explorant des territoires non familiers, au risque de donner l'air de me "dénaturer un peu". (Ce qui n'est pas le cas ici et même si dans l'absolu, cela peut arriver). J'aime l'idée même d'expérience. Grâce à elle, j'évalue mieux le chemin graphique et interprétatif déjà parcouru ; forte de celui-là, je peux m'autoriser à partir à l'aventure, elle-même formatrice et initiatrice de nouveaux chemins.

Et de mon point de vue, le défi a été relevé puisqu'à l'issue de ce travail, j'envisage de plus en plus sérieusement la création d'illustrations de textes dont je ne serais pas l'autrice. 

* Sujet du Prix graphique 2021 organisé par l'Institut Charles Perrault.

©ema dée

jeudi 13 mai 2021

En mai, EmaTom se plaît à penser au signe du Taureau

En mai, Ema Dée + Thomas = EmaTom* veut convenir d'une seule chose, le mois sera  savoureux, ou exquis et parfumé, ou croustillant, goûteux et épicé.  Qui veut faire bonne chère, reste bien à sa place sera-t-il le dicton des prochaines semaines des Taureaux ?

"Assise confortablement dans une existence on ne peut plus cosy, Madame Taureau se surprendra, malgré tout, à rêver d'un ailleurs, elle voudrait, pourquoi pas ?, arpenter la  forêt amazonienne... sillonner l'Asie ! Monsieur Taureau sortira de sa zone de confort légendaire, pour se risquer, cette année, à lui aussi, imaginer des projets abracadabrantesques, remplis de dépaysantes rencontres. Que de folles idées, que d'envies et que d'aventures se bousculent dans ses deux esprits et ses deux cœurs bouillonnants et soudain primesautiers ! " 

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*Un nouveau projet créatif à quatre mains (qui se poursuit).

En 2011, je réalise une petite série de dessins intitulée Le Zodiaque amoureux. Des feuilles carrées (encore !), de format réduit (encore !), des feutres, de l'encre Ecoline et des pinceaux fins me suffiront pour imaginer des mignonnes saynètes aux couleurs tendres, représentant les signes astrologiques. Ici, il fleure bon d'être amoureux, on goûte le plaisir de jouer de la musique ou de cuisiner à deux, on apprécie d'être ensemble ou de se rencontrer, franchement, sans cacher son caractère, gommer ses imperfections ou feindre d'être quelqu'un d'autre. Imaginez dans l'ambiance festive d'un petit café - restaurant culturel cosy (3 fourchettes au menu), les 12 signes du zodiaque, les unes distinguées, les autres drôles, cocasses ou maladroits, mélomanes ou poètes, gourmands ! 

Par goût pour le dessin en work in progress, les défis graphiques et les collaborations artistiques (1 + 1 = 3, c'est bien connu !), je propose à Thomas de réactualiser cette série que j'affectionne ; au fil des mois de cette année, il l'adaptera, la réinterprétera, à sa guise, dans la technique qui est la sienne actuellement, le dessin numérique. Et au fil des publications mensuelles sur les blogs Le Horlart et Improzine, se glissera une nouvelle image tout en couleurs, motifs, charme et humour accompagnée d'une prédiction ajustée. C'est ainsi que dix ans plus tard, tout en conservant son côté joli dessin miniature, le Zodiaque amoureux  fait peau neuve  !

©ema dée ©thomas cloué ©EmaTom

mercredi 14 avril 2021

En avril, EmaTom fait dans le cousu main avec les Bélier !

Ema Dée + Thomas = EmaTom* emmêle joyeusement tous ses fils au mois d'avril, se tresse des envies, étend ses belles idées à la fenêtre et tisse un ouvrage de prévisions pour les Bélier

" On connaît la propension légendaire de Madame et Monsieur Bélier à foncer dans le tas d'opportunités ; et pourtant, ils auront vite fait de se la couler douce, joueuse et câline, cette année. Des lustres immémoriaux que Madame et Monsieur Bélier agissent dans une hâte enfiévrée, se projettent et s'agitent gaiement en tous sens, avancent et reculent, sans se ménager aucun répit. Contre toute attente, ils ajustent enfin leur allure à la mollesse ambiante, histoire de se ressourcer sans honte ni reproche. Alors, Madame Bélier, ouste les décisions à l'emporte-pièce  et du balai à l'enthousiasme effréné, Monsieur Bélier !  Prenez donc le temps par les cornes. "

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*Un nouveau projet créatif à quatre mains (qui se poursuit).

En 2011, je réalise une petite série de dessins intitulée Le Zodiaque amoureux. Des feuilles carrées (encore !), de format réduit (encore !), des feutres, de l'encre Ecoline et des pinceaux fins me suffiront pour imaginer des mignonnes saynètes aux couleurs tendres, représentant les signes astrologiques. Ici, il fleure bon d'être amoureux, on goûte le plaisir de jouer de la musique ou de cuisiner à deux, on apprécie d'être ensemble ou de se rencontrer, franchement, sans cacher son caractère, gommer ses imperfections ou feindre d'être quelqu'un d'autre. Imaginez dans l'ambiance festive d'un petit café - restaurant culturel cosy (3 fourchettes au menu), les 12 signes du zodiaque, les unes distinguées, les autres drôles, cocasses ou maladroits, mélomanes ou poètes, gourmands ! 

Par goût pour le dessin en work in progress, les défis graphiques et les collaborations artistiques (1 + 1 = 3, c'est bien connu !), je propose à Thomas de réactualiser cette série que j'affectionne ; au fil des mois de cette année, il l'adaptera, la réinterprétera, à sa guise, dans la technique qui est la sienne actuellement, le dessin numérique. Et au fil des publications mensuelles sur les blogs Le Horlart et Improzine, se glissera une nouvelle image tout en couleurs, motifs, charme et humour accompagnée d'une prédiction ajustée. C'est ainsi que dix ans plus tard, tout en conservant son côté joli dessin miniature, le Zodiaque amoureux  fait peau neuve  !

©ema dée ©thomas cloué ©EmaTom

samedi 20 mars 2021

Un mois pour faire l'expérience de dessiner des arbres au sein d'un atelier d'artistes

Toujours partante pour faire des expériences stimulantes, je saisis l'opportunité qui se présente à moi en février dernier de rejoindre La vie sauvage, un atelier d'artistes, installé dans la commune avoisinant la mienne, ce qui est très pratique pour s'y rendre même à pied. La vie Sauvage est un atelier associatif réunissant depuis plusieurs années sous le même toit huit artistes aux sensibilités singulières et aux activités plurielles — capables malgré tout d'évoluer côte à côte — , et au besoin, de collaborer et de dialoguer entre elles.

Je l'avoue, rejoindre cet atelier, même pour une courte durée, fut pour moi, comme partir à l'aventure dans un territoire inconnu. Car je suis plutôt habituée à mener mes recherches seule à la maison ou au sein d'ateliers pour adultes gérés par un-e artiste enseignant-e qui fixe ou pas un cadre pédagogique et précise des pistes de travail possibles. À la veille de mon installation, je suis à la fois excitée par la perspective de partager un espace collectif et inquiète à l'idée de rejoindre des créatifs bien installés dans leurs activités respectives. 

Pour que l'expérience soit enrichissante, je décide à l'avance de ce que je souhaite faire et explorer durant ce mois pendant lequel je vais pouvoir à ma guise travailler en dehors de chez moi. Dans un petit espace à ma mesure, parmi d'autres,  ainsi installée à une grande table surélevée généreusement éclairée, pile adaptée à mes besoins d'expressions, pouvoir me concentrer sur une seule chose, pouvoir me (pré)occuper d'une seule chose à la fois, à l'intérieur d'un projet plus important : un projet pluridisciplinaire qui a vu le jour en 2014. L'actualité artistique et environnementale ainsi que mon cheminement personnel me conduisent à rouvrir ce chapitre de ma vie créative que j'avais un peu mis de côté, la Représentation de l'arbre, une sorte d’œuvre multi-facettes qui permet le croisement de différents points de vue et approches. Ainsi, l'occasion de l'atelier s'est présenté à moi comme un cadre opportun — et nécessaire pour mener à bien une réflexion neuve.

Au sein de l'atelier, je découvre une organisation sociale fort sympathique. D'emblée, elle me séduit et elle me réjouit au fil des jours qui passent (trop vite) : chacun-e a sa spécialité, scénographie, illustration, bande dessinée, modelage, impression, dessin, art vidéo ou édition, et chacun-e mène ses recherches selon son propre emploi du temps. L'intérêt de l'atelier, c'est aussi de pouvoir se retrouver ensemble sans forcément parler de sa création personnelle, de ses projets ou de ses problématiques de recherche. C'est en outre jouir d'un lieu dédié, aménagé, confortable parce qu'il dispose de bonnes ressources documentaires, spatiales, logistiques ou techniques, je veux dire, des livres, du matériel d'exposition, un lieu pour se restaurer... par exemple. Tout y est prévu pour se livrer à ses investigations et rêveries individuelles.

L'harmonie de ce lieu privilégié, propice à la fois à la recherche, au partage, à la rencontre et à l'expérimentation, repose également sur le respect de règles communes de savoir-vivre, au sein de l'atelier, entre artistes et à l'intérieur du bâtiment où il se trouve. Ce dernier fonctionne comme un vivier,  d'autres ateliers y sont aménagés et occupés par des artistes œuvrant dans un champs d'activités complètement différent : des youtubeurs, un graffeur et un rappeur. 

Qu'ai-je donc fait durant ce mois de février au sein de l'atelier ? À raison de deux à trois fois par semaine, je m'y suis rendue avec à l'esprit — et dans le cœur —, le désir de faire progresser la facette "arbre-dessiné" de mon œuvre à venir. Cet aspect de mon projet que j'avais déjà un peu démarré en amont entre les mois de décembre et de janvier, consistait et consiste toujours à travailler le dessin à partir de traces préexistantes et variées, mais sur des formats inédits et avec des outils nouveaux ou utilisés différemment. Ici et là, par exemple, sur des feuilles de papier de format 40 cm x  40 cm et d'un blanc naturel, c'est-à-dire d'une teinte beige clair, (re)vivre une marche en forêt ou (re)composer la vue d'un bois.

Cette "résidence" à ma façon, au sein de l'atelier associatif prend place dans une démarche de créations en work in progress, explorant ensemble l'écriture, le dessin et les objets plastiques ainsi que leur articulation. Ces créations ont toutes pour origine (ou presque) des expériences passées actualisées par une réflexion parfois théorique, présentes ou anticipées. D'autres considérations sur ma représentation de l 'arbre peuvent être lues en cliquant sur le lien suivant : http://www.lehorlart.com/2021/01/un-arbre-comme-sujet-de-recherche-personnelle-et-professionnelle.html

©ema dée

mardi 16 mars 2021

Moi, La Sororité ou Femmes et théâtre à l'Espace Marguerite Charlie (Saint-Denis, 93200)

Depuis le 8 mars 2021, qui correspond à la 36ème célébration de la Journée internationale des droits des Femmes, j'expose à l'Espace Marguerite Charlie, à Saint-Denis (93200), l’œuvre graphique Répétitions ? accompagnée du texte Je songe à toutes les fois. Ce sont deux productions artistiques inédites réalisées pour l'occasion, en réponse un appel à participation dont je parle plus en détail ici : http://www.lehorlart.com/2021/03/la-femme-objet-dattentions-permanentes.htm

1 - Quelques confidences à propos de l’œuvre Répétitions ? :

C'est une œuvre graphique sur papier blanc. Elle est inédite et cela pour plusieurs raisons : d'abord, par son format, qui résonne avec mon envie actuelle d'étendre mon espace physique d'expression, au-delà du format carré ou A4 ; ensuite, par le médium utilisé, je dessine couramment au feutre fin (voire très fin), au feutre pinceau, au crayon de couleur et à l'encre aquarelle. Je ne cache pas l'influence qu'exerce, sur la texture de mon trait, mon intérêt pour la gravure sur métal et le dessin de presse, par exemple satirique. Or, pour cette production-ci, j'avais envie de proposer une image qui puisse aussi être considérée de loin. Alors, je m'arme d'un marqueur à l'acrylique qui trace des lignes épaisses et plus assurées ; l'outil "grossier" m'oblige à volontiers sortir de ma zone de confort et d'une verve d'ordinaire intimiste. Si le sujet de l’œuvre, le corps de la femme, n'est pas nouveau dans ma production — le personnage féminin dans toutes ses nuances se balade en effet dans beaucoup de mes productions —, la composition, elle, est récente. Elle fonctionne comme un collage et renouvelle mon approche de la notion d'héritage.

2 - Quelques confidences à propos du texte Je songe à toutes les fois :

Ce texte se place volontiers dans le registre de l'autofiction, jusqu'à un certain point. Il part d'un souvenir d'adolescence, réellement vécu. Le genre littéraire aidant, parce qu'il autorise dans le récit de soi, en réponse à des zones d'ombres, le recours à une forme d'invention(s) dans/de l'écriture, je le raccroche à un évènement qui s'est déroulé à l'âge adulte : ma découverte d'une pièce de théâtre, très connue aujourd'hui et exemplaire du combat des femmes, notamment, en ce qui concerne la réappropriation de leur corps. Je voulais que l'épisode personnel se hisse au rang d'expérience commune que d'autres auraient pu vivre. Et si tel n'était pas le cas, je veux dire, si personne n'a vécu la chose comme moi, je désirais que le récit renvoie de toute manière à un thème collectivement partagé par les femmes : l'arrivée des premières règles avec toute sa cohorte de questionnements, de sentiments et de sensations contradictoires. La lecture de plusieurs romans d'Annie Ernaux publiés en 2011 dans le recueil Écrire la vie (Gallimard, coll. Quarto) a grandement contribué, chez moi, à l'ouverture et à la libération, il y a plusieurs années, des possibilités narratives d'un langage puisant dans des niveaux de langue et des registres variés. Il est possible qu'il y ait un peu de cette volonté d'écrire la vie dans mon texte, à découvrir dans son entiereté jusqu'au 31 mars à l'Espace Marguerite Charlie, 42 rue de la Boulangerie, à Saint-Denis (93200).

3 - Quelques images de l'exposition installée à l'Espace Marguerite Charlie et présentée à partir du 8 mars 2021 :

Le vernissage a eu lieu dans une ambiance intéressée et calme, ponctuée de moments musicaux proposés par le groupe de rock et de musique française Automne. Je découvre les autres productions et leurs artistes : sont ici représentés l'art du collage, le dessin Art brut, la peinture abstraite, la photographie numérique, le dessin naïf, la performance, la peinture figurative et le dessin numérique. Je dois reconnaître que ce moment collectif et à bonnes distances, m'a fait du bien. Un an que je n'ai pas entendu ni vu de concert ou participé à un évènement local culturel et artistique, je me suis donc fendue de quelques images photos - mémoires prises à la volée !

J'ai été pareillement émue, si ce n'est plus, par le fait d'avoir été retenue pour faire partie de cet évènement. Je réalise au moment où j'apporte mon œuvre, à la veille de l'accrochage, qu'une trop grande durée sépare cette exposition de l'avant-dernière, c'était en avril-mai 2014, j'y exposais seule des œuvres graphiques, à la boutique Rougier & Plé, Filles du Calvaire, Paris 3ème. (Dans l'intervalle, beaucoup de choses ont été faites qu'une monstration aussi discrète soit-elle aurait fait avancer.) Mais ce qui m'a particulièrement touchée, c'est de pouvoir montrer, dans le contexte qui est le nôtre la pandémie , un projet personnel nouveau, quel qu'il soit et quelle que soit la manière dont il sera perçu par le public.

Régulièrement, j'apprends que des évènements artistiques prévus de longue date, devant se dérouler cette année ou en 2020, ont été repoussés à l'année prochaine ou sont carrément suspendus. Malgré l'espoir que bientôt tout redeviendra possible et la conviction que cela ne peut pas durer éternellement, on nage dans l'inconnu. Je dois dire que quand j'ai reçu l'appel à participation, l'idée m'a effleurée de ne pas y répondre, tout simplement parce que je doutais que l'évènement puisse vraiment avoir lieu. Je me disais que cela ne valait pas la peine de produire quelque chose puisqu'il n'était pas certain qu'il se concrétise, finalement. C'était oublier le bienfait qu'apporte déjà l'acte de créer, tout simplement, de s'assoir à sa table de travail, de réfléchir les feutres à la main à la meilleure manière d'exprimer sa conception de la sororité et des relations que les femmes entretiennent avec le théâtre. Bien plus, ce fut comme un acte de résistance, un cri lancé contre le risque d'apathie ou la dépression ambiante, contre les forces délétères qui semblent oublier l'énergie vitale à l'origine de toutes formes d'art et l'intérêt de côtoyer ces formes les grandes comme les plus confidentielles , comme semble être oubliée, de plus en plus, la force des initiatives locales, qui, je le crois, peuvent essaimer si on a l'audace de poser une première pierre. C'était faire œuvre d'art malgré tout, malgré les forces d'inertie.

©ema dée