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mercredi 5 juin 2019

Dans l'atelier : l'eau, le geste, le mot au travail

Un après-midi chaud
La rue s'ébroue — bruyante
L'immeuble d'en face vire au jaune — d'or

Dans un séjour moderne — distant de 70 mètres à la louche
Un corps assis
Des tournicoti tournicoton — au ventre

Un panneau de bois dense trône
0, 007 m x 0, 80 m x 1, 20 m — de possibilités d'expression
Contre ses larmes de fond 

En soutien
Deux tréteaux — nus
Le goût du livre fait main
Qui titille sous la langue
 
Posés dessus les deux tréteaux nus 
Et dessus le panneau de bois - roi
Une nappe — à motifs naïfs — froissée 
Qui bourle à un endroit
Une bordure surpiquée rouge carmin ajoute un peu
D'élégance

Posée dessus tout l'barda à motifs et bois nu — et lisse
Un vieux pichet en verre 
De l'eau du robinet — coincée à l'intérieur — flotte
La anse le bec transparents et leurs bords arrondis 
Installés côté nord ouest de l'espace de travail 
De l'artiste — au travail

À côté du pichet son bec sa anse
Une palette de peintre d'un blanc maculé 
De taches multicolores
Une assiette — elle est  jaune, elle est ronde —  idéal récipient creux 
De rinçage
Deux pinceaux plats se noient dans l'eau sale

Dessus 

Dans le coin bas de gauche
Un pinceau n°2 — paraît-il
Pourvu de véritables poils de Martre véritable — paraît-il
Les vrais poils en fausse Martre véritable se tirent — c'est chiant !

En pagaille 
Non loin du pichet
Des couleurs liquides — distribuées en flacons carrés 
Munis d'un bouchon d'un noir propre et brillant
C'est de l'encre aquarelle  
Aux teintes blueviolet black cold grey scarlet red  sound yellow 
Lemon yellow pastel rose mêlées de bronze green — et cela suffit bien 

En plus
Surplus bien inutile, ma foi
Un vieux torchon effiloché — et son office 
Deux verres en plastique — souvenirs recyclables d'un festival 
De rock  
Et un mug de thé vert à la menthe — vide

Repères - vestiges - repères

Sur du papier Japon déchiré en bandes blanches — opaques
Noter 
Sur les pages carrées d'un petit carnet à esquisses — rouge
et élastique — rouge
Peindre 
En mots brefs  — à l'encre cursive
En taches ovoïdes — le pinceau a des rondeurs

L'humeur du jour est aux commandes
La main pilotée, l'inspiration téléguidée
Le trop-plein se dilue dans les formes aqueuses
Et 
De pages en pages —  carrées beiges et lisses
Les mots-taches historisent.

-------

Remarque à postériori : il me semble qu'il s'agit de parler du temps, ici/ mais, je n'en suis pas complètement convaincue/ il me faudrait quelques minutes, quelques heures, — quelques jours, encore ! —, pour bien y réfléchir.../ Oui, toute réflexion bien menée, il est bien question du Temps, ici/ il faut du temps pour laisser les couleurs se mêler/ je ne laisse pas les couleurs se mêler/ non/ décidément/ je peins à l'encre aquarelle dans la hâte/ fiévreuse/ hâte de voir comment les couleurs se mêlent/ au diapason de mes émotions qui se mélangent à mes idées, comme un macramé, les pensées, les idées, les attentes se tressent, en fils distincts, pourtant liés, reliés/ le temps, entre l'encre qui se pose, macule, tache le papier, et la pulsion du mot/ observatrice de moi-même/ sans censure/ le besoin de narration/ sans censure/ la hâte à dire/ même n'importe comment/ sans rime,  sans figure, ni prosodie/ des mots, en suites – inventaire expressionniste – qui renferment dans leur brièveté toute une histoire. )


© ema dée

samedi 18 mai 2019

Never again ! : (Mon) soutien au Vietnam

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Difficile de suivre (s'approprier) l'actualité et de se (me) sentir capable et armée pour (ré)agir (d'une manière juste).
Difficile de savoir exactement quoi (leur) dire et comment le (leur) dire.
Difficile aussi de prendre position tout en se ménageant une (ma) distance nécessaire pour être critique et déterminer comment faire au mieux pour exprimer, rejoindre (soutenir) efficacement.

(Me) Se (re)joindre à la marche (au mouvement de ras-le-bol, de colère et d'affirmation), au cri ?
Une (Ma) voie (voix) : avoir confiance non pas dans  l'écriture et l'enseignement de la seule Histoire mais dans la narration et la compréhension des récits individuels. Miser sur l'(mon) expérience du temps (et du savoir-lire) qui indique le bon (juste) chemin.

Plongeon dans les archives (Remontée dans un autre temps – étranger) : années 1960 ; projection de pesticides (nuées oranges létales) sur la forêt tropicale (la population)  vietnamienne ; "défertiliser" la terre (guerre à distance) ; contamination de masse (générations sacrifiées) ; écocide = atrophie du poumon gauche de la Terre.

Répétition (L'Histoire avance en décrivant des boucles) : aujourd'hui, c'est différent (pareil ?) ; la sauvegarde de l'environnement local (la société planétaire) devient une urgence.

Réparation, vigilance et résistance (Never again !) : le droit naturel (la nécessité intrinsèque) des peuples à trouver des solutions (saines) pour eux-mêmes, par eux-mêmes (à refuser la boucle répétitive de l'Histoire).

L'Ailleurs cogne à ma porte (hic et nunc).  

Un écrit bref et "heurté" en réaction à l'Agent orange.

© ema dée

mercredi 15 mai 2019

Avis d'actualisation de pages

Le Horlart actualise les pages PROJETS DE LIVRES et DOSSIERS pour donner à voir avec plus de précision le parcours d'Ema Dée dans la création d'objets livresques et dans l'écriture de textes réflexifs thématiques, en particulier relatifs à son parcours de formations.

Durant cette actualisation, les contenus des pages concernées ne peuvent pas être consultés.

Merci de votre compréhension et de votre patience !

Ema Dée

C comme Contes de vert et de bleu

Insomnies !
Une nuit 
Un père noir  
Lance un caillou
Contre une fenêtre blanc 
Neige
Une enfant rose 
Se réveille 

Un père
Adolescent de contours
À la porte — Close
Du bas d'un immeuble
Endormi 

Contre une fenêtre
Pelucheuse
Les cailloux
Comme un chat fugueur

Enfermé dehors
Un père bleu
Revient au logis
Vérouillé

Des jours
Il attend — Des jours
Ouvre ! Ouvre donc ! 

Un père — Debout !
La main pleine 
Pleine lune lune voyeuse
De cailloux noirs.

Insomnies ! 

Amphithéâtre d'un hôtel 
Tunisien
Dramédie de basse-cour
Du verre vert 
Fracassé
Pour un combat de coqs
Inédit : Deux mères

Conditionnées — Dopées !
Aigreurs ancestrales
Fille mère femme sorcière
La robe en rage
Jalouse
Agitent d’insultes 

Leur crête en fleur
Agitent d'insultes
Leurs ailes scintillantes
 
Le gros œil en amande
est injecté

Une haine parée de nul fard
Éclats d'ongles — Deux dames  
La fierté en paillettes 
Dorées virvoltantes

La rue offre le spectacle
Gratis ! Venez donc !
Ici, le vert fend la chair.  


Insomnies ! 
 
 
Quand la douleur du corps
Le cerveau
— La relève !
Des yeux douloureux 
Au dos de vieille visage hirsute
Et chevelure chiffonnée
Résurgences : L'enfance en quenouille
Quand la douleur du cœur

Son cerveau me relève.

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Une tentative de/ pour s'écrire — entre jeux poétiques à contraintes, recherche de matières et récit de circonstance(s) en prose —  qui se poursuit depuis cette poursuite-ci.

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© ema dée

dimanche 28 avril 2019

P comme les Pluies diurnes

Les matins de pluies
Aux odeurs fraîches du jour 
Détrempé
Dans les chemins silencieux

La terre est noire l’herbe a foncé
Le brillant d’un abri en bois
Ma maison ruisselle.  


Pourtant la tournée des poules 
grasses
Suite de taches grises chinées de noir chiné 

de blanc
Le gai toupet rouge percé d’une bille
D’onyx cernée de souffre
En avant !
Le sol fourmille de visiteurs.


Tous les matins de pluies
Les racines noueuses
Vernies
Les feuilles pesantes
Le métal glougloutant
D’une gouttière
Un banc aux fesses humides
La chaussée est prudente.

Pourtant
Des cris surexcités
Sur les trottoirs lustrés
En bottes vertes rouges 

Dans les flaques boueuses 
Bleu sale
Les jeux de fortune aux genoux

Tout crottés
Des enfants pris d’impatience !

Un ballon a traversé la route
Dangereuse diagonale !
Les baleines récalcitrantes d’un parapluie
grotesque

Crissements : un ciré s’affaire !
Une vieille encapuchonnée
Sac en plastique d'apparat

Une jupe blanche - distraite 
Explosion de gouttes noires ! 
Au râle confus, des rires.
 
On attend le car

Dans le dernier virage
Les vitres familières
Bonds suraigus cris de sauterelles 
Enfin la sortie !...


La pluie. Comme j'aime la pluie en ville, depuis l'enfance..



À l'âge adulte, on rigole moins. On réalise vite que la pluie — miracle en été dans certaines régions au climat sec —  peut rapidement devenir une véritable gêne : ralentissement de la circulation, dangerosité des déplacements de groupes d'enfants sur la chaussée, infiltrations dans le métro, flaques, inondations. C'est toute une mécanique qui est grippée, un microcosme urbain qui prend l'eau ! La ville fuit, le quotidien dégouline. 

Mais le rideau de pluie fine par temps bleu, 
Mais le clapotis dans les alcôves lacustres, 
Mais le déluge en plein soleil...  

Au réveil, juste avant de commencer la journée, le matin est comme apaisé, gourd et il sent, et le soir, ou plutôt, dans la nuit, quand tout le monde est endormi, à part soi et quelques autres insomniaques anonymes à l'abri derrière leurs volets, hypnotisés par les ondes, la pluie gaine l'atmosphère, elle devient particulière, les sons sont plus intenses, et quand la pluie s'arrête, on les perçoit mieux, plus, le bruit solitaire d'une automobile perdue, le silence qui vient après, la sensation de vide autour de soi et la terre alentour qui sommeille...

C'est comme entrer dans un autre temps... réservé.

Une tentative de se mettre en récit poétiquement et qui fait suite à d'autres tentatives successives, à découvrir ici.

  © ema dée