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lundi 11 avril 2022

Le nez, la main, les yeux dans une sélection de mes "livres uniques"

Profitant d'un rangement de printemps, je remets le nez, la main, les yeux, dans des projets livresques personnels, dont certains ont été laissés en suspens, faute d'idées de développement sur le moment, en particulier en matière de façonnage et de reliure. Dans l'intervalle — les premiers livres datent de 2008 —, j'ai cherché à me former justement sur ces questions qui me passionnent. Auprès de professionnels·elles, dans des lieux dédiés, j'ai réussi à glaner et dénicher de-ci de-là quelques petites combines et ouvrages de soutien qui ont pour ainsi dire donner de la souplesse, de l'agilité — de la créativité  ! — à mon esprit comme à mes mains. L'article propose un retour sur un choix de réalisations personnelles. (Pensez, d'ailleurs,  à faire glisser la souris sur chaque image et/ ou à cliquer dessus.)

Par exemple, je participe à des ateliers sur le Livre : notamment, conduit dans l'ex-librairie-galerie Les Trois Ourses dans le 3ème arrondissement à Paris, par l'artiste Gianpaolo Pagni, comment faire un livre avec des journaux et du scotch. Tout simplement. Lui-même s'est lancé dans l'édition en partant de son obsession pour les tampons et les séries sur papier.... 
Ou, je découvre des événements — le salon nomade Multiple Art Days, le Festival les FMR à la Halle Saint-Pierre — , ou alors des procédés de reproduction d'images tels que la risographie au sein de l'Atelier Édition de l'ENSBA de Paris ou de reliure (Service de la Conservation de la bibliothèque de l'Institut national d'Histoire de l'Art)... 
Je fais l'acquisition de livres spécialisés : ainsi de Les livres de Bruno Munari de Giorgio Maffei (Les trois Ourses, 2009), Coxcodex de l'artiste designer et concepteur de livres illustrés Paul Cox (éd. du Seuil, 2002), de l'ouvrage Esthétique du livre d'artiste : une introduction à l'Art contemporain années 1960/80 d'A. Moeglin-Delcroix (Le mot et le reste/ BnF, 2011), une bible ! 
Ou encore, je redécouvre grâce à Twitter et Instagram les livres d'une foisonnante créativité des éditions Esperluète, La Joie de Lire, Mémo, Frémok ou d'auteurs·trices, tels que Kvetà Pacovska, Eric Carle, Loren Cappelli... Enfin, je consulte à loisir un très petit catalogue d'exposition consacré aux livres d'artistes mexicains intitulé Les autres livres : livres d'artiste (éd. Conseil national pour la Culture et les Arts, Mexico). Il m'a été offert en 2009 au Salon du Livre Paris et siège dans ma bibliothèque depuis. Ce ne sont là que quelques pages, mais quelle richesse !

(Déterminer si et à quel point ces livres m'ont influencée, se retrouvent dans la conception ou la facture ou encore le contenu de mes livres, je ne saurais le dire. Suis-je la meilleure juge de mon travail et de son interprétation ?  En tout cas, ce qui est certain, c'est que voir des créations livresques et diverses formes d'un art que l'on peut qualifier "d'éditorial" me stimule d'une manière ou d'une autre. Disons qu'ils constituent un fond de références qui s'enrichit continuellement parce qu'il vient nourrir ma production ; elle est réflexive et nécessite donc de nouvelles références ou de réinterroger celles que je possède déjà.) 

Les réalisations dont il est question sont en fait des livres dits "uniques"*: le plus souvent, ils n'existent qu'en un seul exemplaire, car ils sont la forme concrète d'une intuition dans un parcours un cheminement de pensée ou d'un besoin d'articuler ensemble différents paramètres, contraintes, matériaux. Par exemple, pour créer ces livres, j'investis des carnets de Moleskine, je manipule des chutes de papier de formats similaires, c'est-à-dire que je les creuse, les coupe, les couds, les relie, les colle, ou les agrafe entre elles... Et ceci, en associant une réflexion sur le temps de lecture et l'espace de la page (influencée par une certaine conception de l'acte de lire comme la développe l'autrice-illustratrice Anne Herbauts) à une recherche-création sur les mots et la forme finale de l'objet à lire. 

*J'emprunte la terminologie à la galerie d'Art contemporain La Topographie de l'Art qui propose, en autre et depuis 2015, un évènement artistique régulier, Livres uniks.

Le papier est mon matériau privilégié ; j'aime le diversifier, en fonction de mes chutes, du hasard qui me fait chiner dans des fins de séries chez des soldeurs, et bien sûr, en fonction de mes intentions (recherche de transparence, de souplesse, de douceur ou au contraire, de rugosité). Les papiers sont choisis pour leur qualité, leur couleur, leur texture, leur épaisseur naturelle et leur manière de réagir à des traitements comme le marouflage ou la découpe au cutter (ou au scalpel).

En ce moment, j'avoue que j'utilise beaucoup de papier calque surtout celui de 150g, car il  est aussi résistant qu'il est opaque ! J'utilise aussi du papier recyclé brun, non par goût, mais parce que je viens d'en récupérer fortuitement une grosse quantité, dont je cherche à tirer le meilleur profit. Enfin, du papier Japon qui une fois enduit de colle, durcit et peut être travaillé, il forme alors des bourrelets et des plis très inspirants... Concernant le façonnage et la reliure, tout dépend de l'épaisseur du projet : un carnet de Moleskine verra seulement sa couverture découpée, alors que des morceaux de feuilles de papier rassemblés à la main en cahiers seront réunies définitivement à l'aide d'une reliure cousue avec du fil ou en dos carré-collé "maison". Les volets indépendants offrent, pour leur part, diverses possibilités de présentation, étui de papier fort, corde de liaison, contrecollage de renforcement.. 
 
Les contenus affectent l'intégrité des pages ; il arrive que celles-ci soient découpées pour les besoins de l'expression, le sujet. Les contenus peuvent aussi se déployer selon le type de support : ainsi, des carrés de couleur dans un livre de format carré. Dans ces livres uniques, j'aime dire que sont valorisés trois types de contenus dont les limites s'avèrent poreuses : les collections (inventaire, catalogue, abécédaire, typologie), les variations thématiques (portraits, taches, couleurs) et les écrits de l'intime (souvenirs donnés à lire souvent sous forme de listes). 

Les collections se créent opportunément ou volontairement : je décide dès le début de produire sur carte d'art un papier épais et très blanc —, un numéraire consistant en la représentation d'une suite de cailloux en style naïf, à l'aide d'encres aquarelle posées au pinceau. Mais, c'est au fil de la création que je rassemble dans des feuilles de papier Da Vinci des couleurs aqueuses et y vois l'occasion d'y associer des mots personnels. La dimension des écrits, l'intime, bien qu'elle investisse certains livres plus que d'autres, reste la colonne vertébrale de ma production allant de 2008 (Couleurs) à 2022 (Se souvenir des arbres). 
 

Cette production-ci est marquée du sceau d'un certain paradoxe. Je m'explique : le souhait de développer certains livres en quantité me pousse à recourir parfois à des reliures semi-industrielles (#04700 in Se souvenir des arbres) ou à de la reprographie pour faire des tests. Néanmoins, le goût prononcé pour des supports variés dans un même objet explique que le prix de revient des livres s'ils devaient être imprimés et reliés en nombre serait élevé. Au final, d'une manière assez logique, ces projets-là sont voués à rester des exemplaires uniques. 

D'une manière délibérée, cette réalité fait le lit d'une création artistique et livresque destinée à se déployer exclusivement dans des objets uniques. Et puisque je sais que je ne désire pas en faire plus d'un, chaque livre constitue une seule et véritable expérience de création personnelle (graphique, plastique et/ou littéraire).

Une inquiétude émaille toutefois cet élan de créativité décomplexée : comment proposer ces œuvres à lire à un public ? Et dans la perspective de partager ce travail de recherche-création, dans quelle mesure ces objets sont-ils adaptés, adaptables tout bonnement, "partageables" ? La réception des œuvres livresques est dans mon parcours un vrai questionnement. D'abord, parce que leur facture est souvent le résultat de gestes pas toujours prémédités qui se soucient plus de la cohérence plastique que du futur partage de regards. Ensuite, parce que très concrètement, ils n'ont pas été pensés en amont pour être utilisés comme des livres de bibliothèque.

Peut-être qu'à l'instar de l'autrice-illustratrice de livres pour enfants Kitty Crowther, je bâtis mes livres pour un·e seul·e lecteur·trice à la fois l'intimité du geste créatif commandant en quelque sorte l'intimité de la réception ? Cela étant précisé, et outre la leçon tirée de l'expérience de monstration d'un autre pan de ma production livresque (Salon SoBD 2021), il me semble qu'il devient de plus en plus incontournable d'intégrer dans ma démarche, la possibilité pour un public amateur ou novice d'avoir accès, d'une manière ou d'une autre, aux contenus de mes "autres" livres... Devrais-je songer à la vidéo ? Aux montages photos ?

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RÉITÉRATIONS : rappels des titres et principes des livres présentés dans cet article (dans leur ordre d'apparition)  :

Moi ?, 2016 : un livre-portrait réalisé en découpes au scalpel et au cutter, rehaussé d'un collage en papier Japon rouge.

Vagues à l'âme, j'ai tant pleuré enfant, 2016 : un carnet mêlant sur papier satiné des taches de couleurs à l'encre aquarelle et des bribes de pensées écrites au feutre.

Le compte des pierres et Balade, 2016 - 2022 : feutre, plume, aquarelle et crayon dans un diptyque créé à la faveur de promenades.

Couleurs, 2008-2022 : présentation de carrés de couleurs à l'encre aquarelle et leurs petits mots dactylographiés et collés.

#004700 et Petites pensées arboricoles, 2014-2022 : deux exemples de travaux sur le thème "Se souvenir des arbres"  menés en work in progress.

Une première version de ces livres-ci et d'autres livres uniques sont visibles sur la page "OBJETS LIVRES"

 ©ema dée

jeudi 17 mars 2022

Autoédition : progressive reprise de mes activités créatives avec le projet "Médaillons pop"

Médaillons pop est le titre d'un livre illustré en autoédition, laissé en suspens depuis un petit moment et dans lequel je remets le nez et les mains avec plaisir dans le but, d'enfin !, le terminer.

Comme le petit descriptif disponible l'explique à la page OBJETS LIVRES du blog, Médaillons pop est un de ces livres-inventaires que j'affectionne tant : dans une quarantaine de pages se condense l'essentiel d'un travail de dessin et d'écriture poétique sur un thème familier, la figure humaine. 

En amont de cet inventaire, un projet créatif en images-textes plus global que je ne présente plus car j'en ai déjà parlé de nombreuses fois auparavant. (Pour se rafraîchir la mémoire au besoin, consulter les articles sur Le horlart à 1,99  en cliquant sur le lien donné.)

Je crée avec ce projet une exception à une de mes règles, celle de ne pas faire de portrait dit "ressemblant" ou "fidèle". À ce genre de dessin normé où se jouent des questions d'ego et d'illusions de représentations idéalisées ou diminuées de soi à soi-même, j'ai toujours préféré la figure imaginaire. J'ai acquis la conviction que c'est par l'entremise de l'imagination que je suis la plus à même de saisir et de rendre la vérité sur les gens que je rencontre, qui m'intriguent. En outre, tous les visages ne sont pas bons à dessiner, cela signifie pour moi "intéressants" ou "significatifs" ou encore, "stimulants". 

Pour parvenir à créer un écart entre le référent et ma représentation — écart qui me permet de radoucir le fait de déroger à une de mes règles —,  j'ai plusieurs solutions : 1°) Utiliser un outil graphique (ou pictural) inédit ou pas maîtrisé du tout. Ainsi, je ne tombe pas dans mes petits travers, en particulier le dessin léché. De plus, en même temps que je cherche à représenter, la (re)decouverte de l'outil crée des surprises bienvenues (ou pas) ; 2°) Dessiner librement sans me soucier de l'approximation des détails ; 3°) Explorer tout l'éventail des possibles (des notions plastiques aux modalités graphiques, par exemple, le format, les contrastes de valeurs, le cadrage, la série...) Bref, me servir de toutes les manières de faire qui peuvent renvoyer avec plus ou moins de réussite non pas à un désir de ressemblance stricte, mais plutôt à un désir d'inventorier les composantes de la variété (et la variation) des corps.

Quel rapport cette digression entretient-elle avec le livre en cours Médaillons pop ? Les 23 portraits dessinés au feutre pinceau et à l'encre de Chine renvoient à un désir de produire de visages ressemblant à leur modèle, en m'appuyant sur une photographie trouvée sur le web. Pas n'importe laquelle photo cependant, et c'est ici une autre manière de produire un écart, la photographie est sélectionnée parmi celle qui se rapproche le plus du souvenir que j'ai de chacun de ces visages de stars. Par exemple, l'Eddie Murphy dont je m'inspire n'est pas l'Eddie Murphy d'aujourd'hui, âgé de 60 ans, mais celui datant des films 48 heures et 48 heures de plus ; idem pour Maria de Medeiros, Fernandel, Brigitte Fontaine... Une logique de pensée proche de cette idée a accompagné l'écriture des textes poétiques : chacun constitué de quelques lignes fait référence à des œuvres, films et/ ou moments choisis dans la carrière des stars portraiturées qui m'ont marquée. 

Car, oui, c'est autant un choix de cœur qu'un choix stratégique ; l'inventaire n'est pas exhaustif, il est particulièrement partial et ne propose que des portraits en images-textes suffisamment drôles pour être inspirants. C'est finalement s'amuser à aborder la pop culture à sa/ ma manière.

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(Petite parenthèse pour revenir très brièvement sur une idée alternative : complètement à côté de l'envie de développer des recueils en images-textes, j'ai conçu plusieurs pré-maquettes ludiques de très petits livres, alors que j'étais en plein work in progress. En voici une pour la route : c'est une sorte de méli-mélo (ou pèle-mêle) de 6 centimètres de côté, réalisé à l'automne 2016, juste après avoir terminé de dessiner mes 31 portraits de stars.)

©ema dée

mardi 8 mars 2022

Des couleurs pour la Journée Internationale des Droits des Femmes

Naissance d'une oeuvre : sur une feuille de papier lisse mais ferme, étaler la couleur fine et transparente pour conquérir l'espace puis, ébaucher avant de cerner au crayon les contours, enfin, rehausser les formes sensibles ; appliquer la peinture acrylique en matières charnelles et laineuses, vibrantes et vivantes ; faire monter et crêper à l'encre de Chine ; en outre épaissir, pointer, signaler au feutre de couleur, au Tipp-Ex et au marqueur...

Belle journée à Vous, Mesdemoiselles et Mesdames, et prenez bien soin de Vous.

©ema dée

mardi 1 mars 2022

Situation plastique n°3 : Imaginer un triptyque à partir d'une même matrice

À partir d'une réalisation plastique dont j'ai parlé précédemment – un groupe de personnages féminins imaginaires peint à l'acrylique, au feutre et à l'encre de Chine sur un support en carton de format carré – je produis un triptyque. J'aurai conservé de mon premier travail le format carré que j'affectionne car il me semble être le plus adéquat pour me lancer dans une composition centrée équilibrée. Je conserverai également le tracé général, naïf et simplifié, adopté pour la représentation des cinq figures originales.

Le triptyque n'a pas été pas pensé en amont ; la nécessité de faire une œuvre se composant de trois volets s'est présentée au cours de la réalisation de mon premier dessin. Pour démarrer, du dessin original, je me suis débarrassée, un, du motif, deux, de la couleur de fond. Seul le trait fin et souple ainsi que le besoin de mettre en œuvre une tension entre les pleins et le vides ont servi de guides à la création. 

Le dessin original a donc fait office de point de départ d'une analyse de ma pratique consistant ici à mêler peinture et dessin : elle se manifeste notamment par une tendance à définir la figure comme un ensemble de zones à investir soit par la matière, soit par des aplats, soit par des motifs. Je veux dire que je ne cherche pas à représenter quelqu'un·e en particulier ; je me sers du corps comme moyen de questionner mon rapport à l'espace. Matière, motifs et/ ou aplats permettant tout à la fois de donner une corporalité à des figures imaginaires planes et de les installer dans un espace fictif qui, du coup, devient plus réel, plus concret.

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Situation plastique 3 : Un triptyque créé à partir d'une même matrice qui cherche à accentuer une caractéristique présente dans une production précédente. 

Premier volet. Dans ce dessin fait au stylo Rotring sur papier naturel de couleur crème et de format 40 x 40 cm,  j'ai utilisé du papier transfert (ou papier carbone) afin de dessiner des silhouettes dans un style et une physionomie proches. Le dessin par décalque et duplication n'est qu'un préalable, les détails sont ajoutés librement ensuite. Ce procédé simple facilite le positionnement des figures ; je les fais glisser les unes sous les autres. Est ainsi conservée la volonté de produire une sensation d'espace alors que pour sa part, le dessin affirme la planéité du support. (Toute recherche de singularisation de chacune des figures est, par contre, rejetée.)


Second volet. Dans cette production-ci, je reprends l'étape consistant à dessiner des figures sur des feuilles de papier calque que j'utilise ensuite sur papier carbone. Je désire accentuer la maniabilité des figures et jouer avec la transparence des matériaux. J'utiliserai pour se faire un papier calque plus épais qu'à l'ordinaire, et de fait,  il est légèrement opaque. Résultat : les figures se superposent visuellement et de manière sensible, les traits tendant à se répondre ou à se confondre. En effet, à travers le jeu de la superposition, je désire mettre en scène des correspondances visuelles, des résonances, pour construire une nouvelle composition dans laquelle les figures peuvent être saisies comme autant de formes géométriques mais symboliques. 

Troisième volet. Les deux premières étapes m'ont permis d'exploiter la ressource d'un trait fin, sans me préoccuper d'autre chose ; je choisis cette fois-ci de réintégrer la matérialité de la couleur tout en conservant l'idée de transparence. Les figures sont à nouveau dessinées au préalable par décalque et duplication. Puis, les contours sont peints à l'encre de Chine. Le pinceau qui trace à l'encre de Chine des traits plus ou moins épais à la manière d'une calligraphie chinoise, s'amuse des pleins, des déliés et vient remplacer le stylo Rotring. 

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Chaque production peut s'envisager seule ; mais il me semble qu'elles fonctionnent mieux ensemble car une logique du tracé et du support se joue entre elles trois. De manière très subjective, je préfère le  triptyque au diptyque, parce que par exemple, une narration même très suggestive peut se jouer plus aisément.

Concernant à présent les possibles influences ou les références artistiques et/ou culturelles qui ont pu m'aider, je me plaît à dire que la réponse est souvent compliquée tant j'ai l'impression de très vite assimiler les œuvres ou artistes que je rencontre, les démarches ou les parcours et idées des autres qui me plaisent, me titillent. Pour autant et très curieusement, le travail avec les calques m'a renvoyée au cinéma d'animation, et plus singulièrement, à l’Oeuvre projeté de l'artiste afro-américaine de Kara Walker dont j'ai vu une exposition il y a plusieurs années au MAM de la Ville de Paris et et qui, à travers l'utilisation de silhouettes noires (ou avec des ombres chinoises) réécrit l'histoire du racisme américain. Le dessin au trait tel que je l'ai envisagé pour mon premier volet m'a fait penser, de manière assez curieuse également, à de la sculpture au fil de fer... peut-être à cause du parti pris de simplification des formes ? Enfin, quand j'ai réalisé le troisième volet, je n'ai pu m'empêcher de faire un rapprochement –  lointain néanmoins avec certaines des œuvres de l'artiste français inclassable  Francis Picabia notamment,  celles qu'il appelle Les transparences. J'apprendrai plus tard que ce procédé qui associe des dessins jouant avec la variation de strates, des changements d'échelles, le dévoilement et la rencontre de formes, a été beaucoup pratiquée avant lui, d'Arcimboldo à Pablo Picasso.

Une pelletée d'idées, non ? De quoi creuser plus profondément encore (dans) ma pratique et en dévoiler les soubassements et les complexes cheminements ?

©ema dée ©ema dufour

dimanche 13 février 2022

Situation plastique n° 2 : Peindre et dessiner sur carton un groupe de personnages imaginaires

L'intention de présenter de façon critique mes travaux plastiques et graphiques sur grand format réalisés au cours d'ateliers de pratique artistique en 2021 et en 2022 se poursuit. 

Aujourd'hui, j'aimerais revenir sur une production qui met en scène mon sujet favori, le personnage imaginaire. Dans ma démarche, les personnages imaginaires semblent venir de nulle part, tant ils ne ressemblent à rien de ce qui se connaît ou de ce qui se fait - à première vue. Pourtant, parce qu'il m'arrive de m'amuser à faire de manifestes références à des artistes qui ont croisé ma route, lors d'expositions muséales le plus souvent, ces étranges étrangers deviennent comme familiers. Du moins, je l'espère !

À la question de savoir ce que ces personnages veulent dire, il m'est difficile de répondre. Je crois qu'il s'agit d'abord pour moi de rassembler dans un même corps — peint ou dessiné — plusieurs idées et envies (de matières, de lignes, de composition) et de voir comment ces données plastiques interagissent entre elles pour donner forme à un ou plusieurs être(s) cohérents. C'est ensuite que vient le sens de ce qui a été fait. Et c'est ensuite que peuvent surgir des directions de travail à venir, ou pas. Comprendre qu'un travail n'offre pas de piste d'approfondissement ultérieur immédiat est paradoxalement reposant.

Contexte de recherche-création : sans commande ou contrainte, consigne ou invitation, point de mise au travail efficace. Aussi, voici celle qui cadre cette production : "Produire une oeuvre sur un support de format libre avec ses techniques habituelles. Elle devra réutiliser des caractéristiques de sa pratique graphique et/ ou plastique". Ici : ma relation au rapport vide/ plein.

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Sujet n°2 : Un groupe de personnages imaginaires - Articuler intention artistique et pratique plastique

Le parti-pris de cette réalisation sur carton gris et de format carré a été d'articuler une recherche sur la couleur et le trait ainsi que sur la relation vide/ plein, dans une composition où la figure tient une place centrale. Le personnage est ici représenté dans un groupe de cinq figures féminines, en portrait buste. Elles ont été produites à partir d'un seul modèle, ou matrice, qui a fait l'objet de variations à partir de calque et de papier transfert. Je souhaitais que mes cinq figures se ressemblent tout en étant chacune singulière. La duplication m'offre l'avantage de d'essayer d'abord différents dispositions avant de me décider définitivement pour la superposition des ces figures les unes sur les autres. Ce procédé de glissements et de montage à la main me permet de suggérer un espace, une alternance qui creuse et dynamise le fond coloré, comme j'ai pu l'observer chez un peintre comme Paolo Uccello dans son tableau La bataille de San Romano (1440). Cet espace est obtenu à partir de la superposition et le dialogue entre plusieurs couches de peinture acrylique (blanc, vert, rose, noir, principalement). La peinture a été utilisée volontairement peu diluée afin de pouvoir rendre des effets de matières, des aspérités nettement visibles, grâce à l'utilisation de divers outils picturaux et non picturaux (pinceau, papier frotté, ficelle collé puis arrachée, rouleau...) Certains morceaux de papiers peints seront d'ailleurs conservés en réserve pour d'éventuels collages ; ils viendront, par exemple, accentuer la planéité de l'espace, une autre des caractéristiques de ma pratique.

Un Bouquet de dames, peinture acrylique, feutres, collages, 1 x 1 m, 2021 (détail)

Travailler le support au préalable facilite les étapes suivantes, c'est pour moi une première étape plastique qui le fait déjà vivre en tant qu’œuvre en cours et m'effraie moins. Sur cette couleur texturée, ce support qui a vécu, le trait tracé au rotring et au feutre fin est irrégulier, ce rendu intentionnel confère une forme de fragilité aux contours de les personnages et facilite l'installation d'une tension avec les zones pleines : les cheveux seront peints à l'encre de Chine, celle-ci sera ensuite grattée, dans un but naturaliste ; les cinq bustes seront, pour leur part, recouverts de motifs décoratifs, naïfs, patiemment dessinés avec plusieurs marqueurs. Les rapports vide/plein et trait fin/ zone colorée viennent accentuer l'alternance devant/ derrière et créer dans une  composition qui exacerbe cependant la planéité du support, un mouvement. Les motifs répétés répondent en outre à une nécessité de donner à la figure une corporalité. La figure est volontiers imaginaire, d'où le choix d'une carnation de peau non réaliste. Cependant, le dessin, basé sur une duplication, résonne avec une recherche  esthétique et artistique sur le groupe que je peux synthétiser en posant deux interrogations : comment vivre sa singularité à l'intérieur d'un groupe ? Peut-on véritablement être dissemblable et exister en relation avec les autres ?

©ema dée

lundi 31 janvier 2022

Voeux très tardifs, mais voeux quand même !

Les vœux pour une nouvelle année peuvent se souhaiter et être envoyés jusqu'au 31 janvier, dernier délai, paraît-il. Pour ma part, je n'ai aucune excuse à donner pour justifier mon retard, à part, sûrement, un petit manque d'enthousiasme inédit. Comme beaucoup dans mon entourage, j'ai récemment eu mon baptême du Covid-19 et je n'ai apprécié ni la vue ni le voyage ; que vous souhaiter donc, hormis — sans doute — d'être tout simplement en bonne santé.

Une belle et forte santé à l'abri des intempéries — et sainement nourrie — vous apportera le reste !

©emaTom ©ema dée ©Thomas cloué

vendredi 7 janvier 2022

Situation plastique n°1 : Peindre sur papier un paysage imaginaire en noir et blanc

Depuis le mois de septembre 2021, je participe à un atelier de pratique plastique. Ceci dans le but avoué d'envisager à nouveau la peinture et le grand format comme un médium et un support d'expressions artistiques.

Parmi les demandes et les recommandations de l'atelier, celle de prendre en compte des documents iconographiques et/ou une consigne comme point(s) de départ à l'invention et la recherche, celle d'être en mesure d'investir un support mesurant 75 x 106 cm (du carton gris ou une feuille de papier aquarelle Montval, par exemple), celle d'utiliser des outils graphiques et/ ou plastiques, enfin, celle de recourir à tous les procédés ou techniques à condition que leur usage procède d'une réflexion sur sa propre pratique et sur ses envies de déploiement à venir. 

Pour mettre en perspective ce travail, sorte de voyage introspectif à la faveur notamment de la matière picturale et du geste graphique, je décide de publier ici les résultats variés de mes explorations. Ainsi, me suis-je donné comme premier travail pour l'année 2022,  celui de préciser mes attentes et le parti-pris que j'ai choisi de défendre dans chacune de ces œuvres personnelles. Le sujet est  imposé la plupart du temps. Ces publications successives (recherches, esquisses, productions réussies ou manquées) seront accompagnées d'une note d'intention. C'est là le véritable objectif de mes  prochains articles : être en mesure de "justifier mes choix, les modalités et références mises en œuvre dans mes réalisations". Il s'agit, en une trentaine de lignes environ, de faciliter l'explicitation de ma démarche pour une lectrice-spectatrice ou un regardeur. Attentive à la forme comme au fond, j'envisagerai la note comme un exercice d'écriture créative.

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Situation 1 : Un paysage imaginaire - Interroger les composantes de sa pratique

Pour que se constitue un seul paysage planté d'arbres dans lequel le souvenir d'un marcheur  solitaire peut se perdre en le parcourant, se munir d'un médium sombre mais non mate, des outils à poils secs mais non durs et d'un support couleur crème et de format carré. Se munir également de diverses chutes de papier dans l'hypothèse de procéder à quelques collages.

Ma question de départ a été : Comment tirer parti d'une première production qui ré-exploite certaines de ses caractéristiques ? Produit avec du papier carbone et imaginé sur des feuilles de papier de format carré et de couleur crème, le travail originel représentait une série de paysages arboricoles sans profondeur marquée et tout en nuances de gris. Il exploitait sans hiérarchie la gestualité, la matière de l'outil, la texture du trait, la répétition et la variation. Le second travail se concentre pour sa part sur la matière et la planéité, principalement.

 Souvenirs de la traversée d'un paysage, peinture acrylique et collages, 1, 20, x 1, 20 m, 2021 (détail)

Pour ce faire, tremper au préalable sa brosse plate dans de la peinture acrylique non diluée. Poser l'outil contre le support, frotter le support avec l 'outil : progresser dans la hauteur du  support avec un geste mécanique. Il faut entendre ici, un mouvement de la main et du poignet quasi identiques. Re-couvrir le support s'apparente alors à une épreuve physique, car le geste est répété sur toute la surface et le geste est répété successivement sur neuf supports distincts. Non dilué le medium s'applique en couches épaisses, qui en séchant, forme une sorte de peau, dont les aspérités irrégulières malgré le geste mécanique répété le plus uniformément n'échappent pas à un toucher sensible du doigt... Non diluée la quantité de médium vient à manquer, non mouillé l'outil peine – à dessein – à se décharger de la matière picturale. C'est qu'il s'agit oui de peindre, mais aussi de marquer, de laisser des traces, d'indiquer un mouvement volontaire dont émergeront des mouvement involontaires, des marques noires irrégulières, comme un chemin dessiné par les poils d'un même pinceau : le parcours du geste.

Puis les neuf supports seront assemblés. Alors que la peinture sèche, sur des chutes de papier, chercher à produire des effets de matières différents des premiers, l'acrylique sera enrichie d'un peu de colle vinylique, ce qui rend le médium plus "visqueux" et propice à la formation d'empattements. La matière sera aussi obtenue en recourant à un procédé déjà expérimenté, le monotype, ou fait de presser contre un support recouvert d'une peinture un peu grasse, une feuille de papier et de laisser faire le hasard de la rencontre entre les deux.

Dans l'informe, un sol herbeux. Depuis la superposition de couches peintes, des formes arboricoles découpées aux ciseaux. Et près d'un arbre, une figure.

Une référence artistique se présente à-postériori : les  Paysages mentaux ou les Matériologies de l'artiste plasticien, peintre, dessinateur et sculpteur français, Jean Dubuffet (1901-1985). Je dis à-postériori car lorsque je produis l'oeuvre, c'est rarement en pensant à un-e artiste en particulier ; c'est dans la recherche ou à sa toute fin que des analogies se font jour. Une analogie significative : je m'intéresse en effet, à ma façon, à la production spontanée, à une certaine enfance de l'art, enfin, à une création qui donnerait forme sans censure à une intériorité brute et peut-être brutale à travers la mise en dialogue des matières entre elles.

 ©ema dée