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dimanche 10 janvier 2021

Encours 2 : Présenter l'arbre-fragment d'expériences de recherches, d'introspections et de contacts

Recherches arboricoles graphiques textuelles gestuelles plastiques sonores littéraires artistiques enfantines et adolescentes, j'ouvre un carnet de recherches sur l'arbre. À entrées multiples et multipliées. Accumulation de gestes de la pensée verrouillée au corps, ouvrant l'accès à mon arbre, l'idée fixe se réveille à la surface de la conscience, me poursuit ; je poursuis mon idée fixe : tendre vers une cartographie de l'arbre qui vit dans ma mémoire.  Pas le choix alors, je reprends et poursuis donc un projet ébauché en amont de mon Master en Création littéraire et commencé durant cette formation universitaire.

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Le sujet, l'Arbre, qui en 2014 balbutiait ses intentions et ses formes, cherchant son plus bel ambassadeur parmi ses troupes,  fut moqué ; on se moqua de la volonté de l'Arbre de sortir d'un confinement mental posé par la pudeur, l'oubli ou la peur de mal faire ; diverses essences, d'âges variables, poussant dans des territoires distincts de ma mémoire et qui montraient las d'être encagés et muselés le bout de leurs branches, furent raillés ; on leur demanda de justifier leur présence ; on mit en doute l'idée qu'ils intéressent quelqu'un quelque part à un moment donné ; on leur demanda de briller de l'éclat des choses faciles à lire, faciles à comprendre, rapidement oubliables ; on demanda à mon Arbre d'étinceler de fadeur, telle une chose ordinaire recouverte d'une fine couche de lieux communs ; on le pressa d'être d'emblée constitué, on le priva de ce qu'on accorde tout naturellement aux autres : du temps, de la patience et de l'attention, de la confiance. L'Arbre de ma mémoire devait prendre le temps qu'il fallait pour se constituer en sujet fort, costaud, emblématique, merveilleux, d'abord pour lui-même, ensuite pour les autres.

Multiples tentatives de cerner la question (2014 - 2020)

Aussi l'Arbre eut-il du mal à se faire comprendre. Aussi eut-il du mal à se prendre au sérieux lui-même alors qu'il sentait dans sa sève son bon droit, son droit au chapitre, son droit à la parole et à l'écoute. Il sentait sa fragilité, il pressentait néanmoins sa pertinence, sans pouvoir expliquer pourquoi. Aussi eut-il du mal à se définir correctement. À se projeter de manière dynamique. Il résista à une monstration spectaculaire, simplement par timidité. Mais devait-il se définir aussi vite ? Non. Devait-il si rapidement se présenter comme définitif ? Non ! Ce qu'il convenait d'abord de faire, c'était de le laisser s'exprimer, sans détour, sans lui poser aucune entrave. De le laisser s'accomplir dans une exploration, quitte à se perdre un peu dans ses propres méandres. Consciente de ce qu'engageait la réflexion entreprise dans le compagnonnage d'un autre  individu de mon espèce (mais pas de la même nature), je savais que cette exploration était bornée par le format du suivi de recherche. Il devait y avoir exploration, oui, il devait aussi y avoir prise d'indépendance, rébellion. De manière contingente, il y aurait ensuite le temps du retour vers l'autre. C'est ce qui ne fut pas compris. Cette nécessaire et temporaire promenade hors du cadre ne fut pas comprise dans ses finalités pratiques.


 

La forme circulaire du développement de l'Arbre résonnait avec la forme circulaire de ses interrogations identitaires. On lui demanda de quelle essence particulière il était, il ne le savait pas au juste. Il savait qu'il était, il savait qu'il voulait, il savait qu'il adviendrait. Mais concernant sa véritable nature, son habitat de référence, rien. Et alors ! Il élabora sous couvert d'être simplement une lubie, de ressembler à une quête sans but ni faim ni honneur, un projet d'auto-dévoilement intéressant des facettes plurielles. Ces facettes se dévoilèrent à lui, en effet, au fil d'une recherche elle aussi plurielle : l'écriture créative, le dessin d'étude et d'invention, la lecture documentaire et poétique. Le temps, surtout la logique de la formation en Master lui donna raison ; en Master 1, l'étudiante, au gré d'explorations multiples — et de contacts multipliés avec des horizons hétéroclites —  à la faveur d'un grand nombre de cours ou d'ateliers pratiques, se définit en sujet chercheuse et définit son objet de recherche. 
 
Recherches arboricoles graphiques textuelles gestuelles plastiques sonores littéraires artistiques enfantines et adolescentes. L'ouverture d'un carnet de recherches, d'un dossier d'hypothèses. Dans un chaos savamment orchestré, trouver un mode d'organisation, atteindre le cœur du projet, élaguer, désépaissir, croître au mieux et... embellir. Bref, trouver une matrice préalable.
 

 
 
L'ambition du projet était triple : 1°) S'écrire ; 2°) Écrire sur un sujet choisi ; 3°) Se documenter dans une perspective à la fois créative et scientifique. La forme de l'objet fut dès le début posée non pas comme une proposition à discuter aimablement autour d'un café ou dans un train filant à travers la campagne plate et gelée, mais comme une fin non négociable à chaque instant : l'abécédaire.  Le mot lâché fait toujours sourire car il est associé par habitude à l'enfance et à sa vocation, celle de faire découvrir le Monde (ou un monde) à un enfant à travers des images et des mots. Longtemps, les images et les mots y furent stéréotypés, répondant à la fois à une volonté pédagogique, à des modes dans la représentation des objets, des animaux, des êtres humains ou de la nature et à des cadres de lecture et de partage, un public particulier. 
 
Le genre, car c'en est un selon moi l'Abécédaire est devenu un genre sera le lieu d'explorations riches au fil des époques : artistes et écrivains, poètes ou théoriciens, documentalistes, enseignants (peut-être en tout premier lieu), trouvent dans cette manière de présenter l'information ou une information (et de la représenter) un outil efficace et un objet de créations graphiques ou plastiques gestuelles textuelles ou sonores, d'un usage facile et d'une réception immédiate. L'immédiateté dans la saisie de mon objet n'a jamais signifié simplicité du sujet représenté. L'abécédaire, parce qu'il inventorie des réalités dans lesquelles il opère des choix, ne peut tendre ontologiquement vers une exhaustivité. Il est une forme rassemblant d'autres formes les plus significatives, sélectionnées parmi d'autres, aussi, mon Arbre exposé dans ce cadre ne pourra être simple ni sa représentation tomber dans une vulgaire simplicité.
 
L'Arbre que j'entends exposer et (re)présenter par les mots, les images, apparaît dans sa "diversitude", déjà en 2014. Puis, après une sorte de boulimie qui, je le pense aujourd'hui était la conséquence intestine et mentale directe à une trop grande frustration intellectuelle, une sorte de réaction compensatrice douloureuse à travers laquelle je multiplie les contacts avec mon arbre, j'entre, dans une sorte de morte saison. 
 
Chercher à répondre ou déjouer l'injonction posée qu'il faut intéresser d'abord les autres avant soi, me paraît plus qu'inaccessible, non essentielle, pire, hors sujet. 
 
Comment rallumer sa propre flamme ? Comment réactiver un projet qui dès qu'il est approché ouvre soudain d'anciennes blessures narcissiques ? Les idées ne sont rien si aucune envie, motivation  ni feu ne les (trans)portent, de cela je suis convaincue. Ce feu qui permet que se consument les obstacles de tous ordres jetés sur le chemin et jalonnant un parcours de réalisations. Imposer une idée demande de la force ; l'Arbre qui cherchait à tout prix la forme d'expression et de vie attendue exigea une dépense d'énergie importante pour réussir ; j'eus besoin d'une grande concentration pour y mal parvenir ; il ne restait par conséquent plus rien pour le défendre ou attendre qu'advienne une forme satisfaisante. (La précipitation bloqua la saine entreprise de recherche amorcée.) 

Il me fallut rencontrer ailleurs un enthousiasme et une passion semblables à la mienne, en outre, le désir "simple", je veux dire évident, manifeste, de célébrer son intérêt pour les arbres, de quelque nature que soit cet intérêt. Il me fallut approcher la réalité de l'arbre chez d'autres, dans le cadre d'expositions surtout, pour que renaisse en moi la nécessité de revenir à ma "lubie". Parcourir la campagne ensoleillée et ses forêts odorantes y fut aussi pour beaucoup dans ce regain d'intérêt. C'est ainsi que je me suis remise au travail, bien décidée à liquider mes atermoiements comme à panser les vieilles blessures et à les penser comme signe et non plus comme symptôme, c'est-à-dire, troquer une image négative   l'échec contre l'image plus engageante et stimulante d'une première tentative nécessitant des approfondissements ultérieurs. 
 
Mon arbre du souvenirc'est sa nature ! renvoie à des quantités d'arbres tous différents dont les contours échappent à la détermination stable, facile, permanente, à la composition maîtrisée, au dessein net et au dessin précis aisément reconnaissable. Il est l'arbre de mon enfance, grelottant derrière une fenêtre nue, il est l'arbre de mes années de collège bagarreuses et amoureuses et de mes années de lycée... Il est comme un mantra ramenant la paix dans mon désordre intérieur... Il est objet de toutes beautés. Méritant de prendre formes différemment et dans des modalités autres, je poursuis mon projet avec des nouveaux guides et l'esprit neuf, autant se faire que peut.

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Encours : Projet qui sans cadre(s) ni objectif(s) définis clairement au départ avance comme un projet véritable. Le choix d'un format, d'un support ou d'une technique, les deux ou les trois, aide grandement, cependant, à faciliter la marche en avant du projet qui n'a pas l'air d'en être un. Du moins au début (je me répète). 

Contact : Je parle de "contacts" au pluriel car il s'agit de parler d'une expérience qui se nourrit de gestes nombreux mais non équivalents. Entrer en "contact", c'est selon mon point de vue, se mettre dans une disposition d'esprit pour accueillir ce qui vient lorsque je me mets à songer à un arbre, à ses feuilles, à son tronc peut-être ou au vent soufflant sur sa cime... Être en "contact" peut signifier également se trouver dans la proximité de au point de pouvoir toucher, cela devient un acte physique volontaire. C'est enfin suggérer une sorte de lien changeant avec l'objet que représente l'arbre, objet de création, de recherche et de souvenirs.

Exemple 1 : Une première (et nouvelle) forme de restitution du sujet ? Dans le cadre d'un cabaret littéraire en ligne, une lecture à voix haute d'un texte appartenant un triptyque traitant du jeu et du potentiel ludique des arbres

http://www.lehorlart.com/2020/11/l-arbre-du-souvenir-une-experience-enfantine.htm.html

©ema dée

lundi 21 décembre 2020

À propos de "vert de rouge", un album autoédité et riche en libres associations colorées

tout commence en vert et en rouge un soir, dans une banlieue parisienne, à la fin de l'automne 2016, avec une envie de m'amuser sur la thématique de noël qui n'est pourtant pas, je dois le dire, ma fête favorite. Tout finira en rouge et en vert un après-midi quatre ans après, à l'automne.


flashback : je suis à ma table de travail et je me demande comment commencer mon nouveau cycle en texte-image. C'est que depuis le mois d'avril de l'année d'avant, en 2015, je me suis lancée un défi graphique — et un peu littéraire aussi —, à la fois pour me pousser à dessiner-écrire régulièrement, au moins quelques minutes, et pour accumuler des images de toutes sortes qui me serviront de répertoire de formes et d'idées ; après avoir trouvé par hasard dans un magasin un bloc contenant environ 700 feuilles blanches et de format carré, je décide de publier sur un compte Tumblr un dessin avec du texte — mais pas systématiquement. Pour pimenter le défi, j'ajoute deux difficultés deux contraintes supplémentaires. Le projet se résume finalement à une simple équation :  un mois = un sujet = une technique ou un outil graphique différent = un dessin/ jour. Parce qu'en décembre, c'est LE moment d'offrir des cadeaux, je choisis très simplement, en cette fin d'automne, de dessiner, dans un style naïf, une suite d'objets en deux couleurs, rouge et vert.
 
(flashforward : j'assiste à une séance de lecture à plusieurs où l'album vert de rouge sert d'impulsion, d'incitation à (se) raconter à partir de l'évocation successive de mots choisis.)
 
le projet de livre vert de rouge publié en novembre 2020 procède de la réunion de plusieurs images produites en vert, en rouge, en rouge et en vert, dans le cadre de ce projet de dessins à contraintes qui a duré plus de deux ans. Puis, pour avoir un nombre suffisant d'images qui justifie une reliure en dos carré-collé chez mon prestataire, j'ai élargi  ma sélection à des dessins en noir et blanc que j'ai soit rehaussés, soit coloriés ou colorisés en vert, en rouge ou en rouge et en vert

au-delà du critère de couleurs et la recherche d'une harmonie du trait, une question de fond s'est posée naturellement tout le long de ma sélection : comment trouver un ou des points communs entre une fleur, un chaperon rouge, une paire de pantoufles, un long profil de femme, un arbre, un autre arbre, des jumelles, des amies, un oiseau, un visage au large sourire, une coupe afro, le portrait d'une chanteuse pop, une femme prise dans une bouteille,  une chaise, une monstresse, une montre, un manteau, une lectrice la chevelure pleine de fleurs, un ensemble gant-écharpe-bonnet, une mangeuse de pain, une hyène, une robe à motifs, une autre lectrice, un amoureux hydrocéphale et une femme à grosses lunettes qui se pose des questions ?


je veux dire, qu'est-ce qui relie entre eux, un Nœud, une Attention, une Folie, un Interrogatoire, une Saison, un Calcul, un Meuble, un Bijou, un Style, des Récipients, une Capitule, une Évasion, une Répétition, une Figure, une Panoplie, une Étude, un Présent, un Cabas, une Rencontre,  un Poème... ?  La mise en page. Le texte. Les mots associés.

dans ma pratique artistique, lire à voix haute un texte tout juste écrit pour vérifier sa musicalité et son sens ou disposer mes dessins au sol à la manière d'une installation pour mesurer l'effet de l'ensemble depuis la hauteur d'une chaise est assez courant. Une mise à distance doit s'opérer : je deviens lectrice ou spectatrice de mon propre travail. C'est ce que je fis pour le projet vert de rouge : des vis-à-vis commencèrent ainsi à s'organiser, des échos à se faire entendre d'une image à l'autre, des correspondances intérieures à s'écrire. Une direction opposée, un motif récurrent, une sorte de complétude de l'une avec l'autre image ou une savante opposition entre elles : lentement se tissaient des liens visuels, ce qui est le plus difficile quand on travaille le matériau image seul. 
 
C'est pourquoi au bout d'un moment il y eut la nécessité du verbe : au bout d'un moment, des mots ont été prononcés, notés, accompagnant ces correspondances et/ ou les facilitant, formant un premier ensemble mot-image. Puis des phrases ont émergé. Comme dans une sorte de jeu de devinettes conduit par le mot et l'image associés. Dans l'après-coup, je veux dire, une fois l'ensemble terminé le projet relié permettant le feuilletage de l'ensemble et la lecture posée de la double-page —, c'est à ce moment-là que j'ai perçu clairement une sorte de logique de correspondances et que j'y ai vu comme l'exposé involontaire d'un inventaire de phrases brèves modulées par des tons changeants
 
la définition, l'aphorisme, l'historiette, le poème, la pensée, l'extrait d'une histoire, le résumé d'un conte détourné, l'écriture mathématique détournée... 

Quelques pages du bouquin approximativement terminé (ou BAT)
 
la méthode s'annonçait hasardeuse au début. Dans ces moments de recherche à tâtons, où je me place à l'écoute de ce que me disent les images et de comment les associations vibrent entre elles résonnent en moi d'une façon juste ou disharmonique , je repense à ma rencontre au CPLJ-93, avec l'autrice-illustratrice de livres pour enfants et artiste plasticienne tchèque Kvéta Pakovska. À sa manière très libre et finalement très intime de concevoir ses superbes imagiers-architectures, véritables petits musées portatifs offerts à la curiosité et à la sensibilité tactile et visuelle des plus jeunes. Elle dit accorder une très grande importance à ce moment de fabrication artisanale, moment où elle monte les pages les unes avec les autres et les unes à la suite des autres, selon des correspondances personnelles.

la mise en page du projet vert de rouge, des éléments textuels et iconiques qui le constituent, est la véritable cheffe d'orchestre ; de mon point de vue, c'est elle, en effet, qui commande, ajuste, recadre, rectifie, insuffle et termine la pensée en en précisant l'intention. C'est tout naturellement que la maquette fut réalisée en quadrichromie : vert, rouge, noir, blanc. C'est tout naturellement que les mots et les phrases furent installés de part et d'autre de chaque dessin. Obéissant à une hiérarchie mystérieuse et systématisée.
 
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Le livre en texte-image vert de rouge appartient à une collection baptisée Horlart. À découvrir en cliquant sur le lien ci-dessous :

 
Une collection imprimée et toute carrée qui réserve une surprise sonore à chaque fois. Pour découvrir la surprise sonore de cet album-ci, c'est en cliquant ci-dessous :

 
©ema dée

dimanche 20 décembre 2020

Encours 1 : Dessiner des portraits d'hommes en noir et blanc à partir de photographies

Entre mes projets éditoriaux et l'expérimentation d'une communication autour de ces créations livresques se glissent des envies de récréation. Des récréations graphiques, ludiques, inspirées, qui me saisissent de plus en plus quand le soir tombe, et que la nuit jette sur nos têtes lasses et nos membres fourbus son manteau d'étoiles nimbé d'un silence progressif. 

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Encours : projet qui sans cadre(s) ni objectif(s) définis clairement au départ avance comme un projet véritable. Le choix d'un format, d'un support ou d'une technique, les deux ou les trois, aide grandement, cependant, à faciliter la marche en avant du projet qui n'a pas l'air d'en être un. Du moins au début (je me répète). 

 (Les portraits imaginaires représentent un territoire exploratoire.)

Projet : à ce stade de la marche, il est difficile de dire de quoi il s'agit, en fait. D'un livre, d'une composition graphique en série, d'un préalable à la création d'un produit imprimé (jeu, vêtement, affiche)... Il est néanmoins possible au vu des premières réalisations de convenir qu'il s'agit très certainement, un, de dessiner des portraits d'hommes, deux, sur un format 24 cm x 24 cm, trois, en plan épaules ou en buste, quatre, majoritairement au feutre pinceau. À la question indiscrète "Et quelle est la motivation de ce projet ? " ou à l'interrogation inappropriée "Pourquoi des hommes ?", il est possible de répondre pour se débarrasser de toute forme de justification : "Parce que !" Il est aussi possible de répondre tout autrement, portée par un élan de générosité et de partage : "Parce que j'en ai envie !" ou "L'idée se trouvait là toute pleurnicharde installée en déséquilibre dans un coin de mon atelier entre le carton à dessin et le mur je ne pouvais décemment pas la laisser dans cet état ! " De telles réponses ne sont guère possibles dans le cas qui nous préoccupe. Malheureusement.

Car, tout d'abord, je n'ai nullement envie de dessiner des hommes, j'en ai besoin. Ensuite, il n'y a pas d'idée, je veux dire, de concept préexistant à mon geste que le dessin viendrait expliciter ou démontrer, non, il s'agit d'une remontée dans le temps. L'idée arrive ensuite, se révèle petit à petit, trait après trait.

 (Ils offrent des possibilités de modalités de création infinies.)

Dans des temps révolus, j'avais des rêves, un en particulier : devenir styliste pour hommes. Je rencontrai à un carrefour des métiers un petit bonhomme mal fichu qui sentait l'alcool à boire. Tout dodelinant, il m'expliqua qu'au début, je devrai dessiner des pots yaourts. (Le carrefour des métiers avait l'air sérieux, le petit monsieur tremblotant itou, je n'ai rien dit — j'ai fait confiance — mais je suis rentrée chez moi abasourdie.) Quand même ! : des pots yaourts Mamie Nova à la veste de cocktail pour hommes en skaï jaune scintillant, il y avait un large fleuve tourmenté. Mon rêve d'une gloire à venir cousue main en prenait un sacré coup.

Rêve : sens 1. Fiction cérébrale se déroulant souvent en huit-clos pour un(e) unique spectateur(trice) et pouvant comporter ou pas plusieurs épisodes montés à la serpe, sans désir de clarté ni de divertissement. Sens 2. Désir préconçu de devenir autre chose que ce qu'on est amené(e) à devenir mais sans en avoir la moindre idée ou le moindre indice. Nada. Du coup, on expérimente, on explore tout sa vie. Sens 3. Flots d'espérances charriant des billevesées ineptes. Sens 4. Métal précieux recouvrant et protégeant la volonté enfantine pugnace.

Résumons autant que possible : en 2015*, je découvre qu'il existe une sorte de pendant à la Journée internationale de la Femme, la Journée internationale de l'Homme qui a lieu le 19 décembre, depuis 1999. Dans un mouvement un peu provocateur, je commence à dessiner des personnages masculins, d'abord des têtes seulement, puis des portraits en buste sur du papier, à partir de photographies issues de coupures de magazines de mode urbaine, vintage et de luxe que j'archive dans un classeur bleu. Le rêve de dessiner des pots yaourts en costume jaune remonte à la surface du support blanc, lisse ou grenu, se mue en action. À la faveur d'une publication de dessins sur un compte Instagram tout récemment créé, l'action cherche à présent sa direction, un horizon à atteindre.

Horizon : forme abstraite d'une envie concrète, celle de produire un OVCI (ou Objet Visuel Carrément Inédit).  

 (Jusqu'à ce qu'on réalise qu'on a dessiné son voisin ou un pote de fac.)  

Une hypothèse de création : exposer un style qui s'est affiné au fil des projets hétéroclites à la faveur d'un sujet véritablement personnel, mon rapport à la masculinité. À propos de "style", de manière de faire, je me souviens de quelqu'un, un homme, je me souviens surtout d'un de ses conseils "avisés" que je n'ai jamais franchement compris : "Prends-toi pour modèle quand tu veux dessiner". Résultat bien des années plus tard : tout ce que je dessine, arbre, personnage, objet du quotidien, paysage, tout me semble inexorablement féminin... 

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*L'origine du "projet" ? Trois premières tentatives personnelles d'écriture et de dessin  :

— En 2015, les hommes de ma mémoire : http://www.lehorlart.com/2015/11/un-jour-particulier-pour-tous-les-hommes.html 

En 2016, très court essai de physiognomonie : http://www.lehorlart.com/2016/11/fete-des-hommes-portraits-2016.html 

En 2018, la beauté du héros ordinaire : http://www.lehorlart.com/2018/11/journee-internationale-homme-2018.html

Pour s'intéresser, se documenter ailleurs, on peut lire, par exemple, l'article de Mymy Haegel, rédactrice en chef du site mademoiZelle : https://www.madmoizelle.com/journee-de-l-homme-1066912

 ©ema dée

vendredi 4 décembre 2020

Petite histoire de la création du livre "Du couple moderne" : parcours d'auto-édition

Dans cet article, je souhaite revenir sur la création de mon projet de livre auto-édité intitulé Du couple moderne. Comme à mon habitude, quand j'écris après l'achèvement d'une création livresque, je noterai ici des considérations diverses et emmêlées, traces d'une recherche-création : intention(s) de départ, cheminements de la pensée, interrogations et expositions, si besoin est, de références culturelles. 

Ce recueil d'une cinquantaine de pages se présente comme un petit guide de "recommandations pour vivre sa vie à deux avec humour et poésie", fondé sur une mise en regard de portraits dessinés au trait et de textes brefs et chapitrés. Il est le premier titre d'un triptyque d'albums valorisant le style graphique en noir et blanc et puisant plus directement dans des expériences personnelles. Avant de devenir cela, le projet d'édition aura dû parcourir plusieurs étapes et changer plusieurs fois de formes.

On peut d'ores et déjà le découvrir et feuilleter quelques pages sur mon espace Auteur ; l'album est disponible sur commande, en impression à la demande. (Cliquer sur l'image ou sur le mot Auteur ci-dessus pour y accéder.)

1 ) Les images : intention du projet et références involontaires

Du raffinement (2013)

Tout d'abord, il convient d'évoquer les images. Une première scène représentant un couple, serré dans un espace réduit voit le jour en mai 2013. Suite à un malentendu né d'une situation qui me met mal à l'aise, je sors de mes gonds ; je décide d'exprimer ma colère et ma déception à l'intéressé à travers le dessin, plutôt qu'en paroles ouvertes, qui s'avèrent vaines et sans effet immédiat. De mon point de vue. En effet, je m'épuise à fournir des explications et des éclaircissements qui manquent leur but, ce qui me chagrine. Je réalise avec regret que tout long discours sur les sentiments et les émotions se heurte à un niveau de compréhension individuel, personnel, spécifique et inégal. Sur le moment.

Le besoin d'être comprise sur le moment associé à celui de me débarrasser rapidement d'un souvenir inconfortable se transforme, sans annonce, en défi, puis en jeu, en exercice, enfin, en performance créative ! Le désir d'expression personnel et, à travers la recherche d'un dialogue, la focalisation sur le désir de réparation, prend les allures d'une quête d'un autre langage, un langage qui permettrait l'extériorisation des sentiments, la création d'un espace symbolique propice à une compréhension mutuelle — la restauration du lien. 

Par le détour d'un langage autre, résolument symbolique, c'était pour moi chercher, sans en avoir l'air, je le crois à présent, à transformer une expérience individuelle en un témoignage touchant au collectif. En bref, je ne voulais pas être la seule dans mon cas. Je ne voulais pas non plus taire ni étouffer un cri, quand bien même il paraîtrait aux yeux de l'autre, aux yeux d'autrui, négligeable ou risible. 

J'avais envie de récits ; j'avais besoin de catharsis.

Peut-être, en toile de fond de cette quête armée de feutres fins, d'un feutre pinceau et d'un marqueur, d'autres récits : connaissez-vous Didier Tronchet et sa bande dessinée Les aventures de Toi et Moi,  connaissez-vous les dessins humoristiques d'Albert Dubout, connaissez-vous les scènes colorées délicieusement sulfureuses du peintre naïf Camille Bombois ? Connaissez-vous la toile Les Amants de René Magritte ? Connaissez-vous les films Un crime au paradis de Jean Becker ?, La guerre des Rose de Danny De Vito et Se souvenir des belles choses de Zabou Breitman... Tout cela chacun à sa manière chante les liens affectifs, l'amour (ou le désamour) et l'admiration (ou la haine) pour l'autre.

2) À propos du format choisi : une juste distance

De la proximité (2014)
 
J'ouvre une parenthèse sur la question du  choix du format. Sur ma lancée, je me mets à dessiner une trentaine de portraits de couples sur un support de format réduit : des feuilles de papier blanc de dimensions 15 cm x 15 cm. Pourquoi carré et pourquoi si petit ? Le format réduit associé à la technique au trait, façon gravure parfois, oblige à une forme de proximité. Il s'agissait de dessiner sur un sujet intime, proche, de présenter une "étude" de caractères comme unique centre d'observation. 

Au sujet du format, quelqu'une rencontrée durant l'exposition Mes imagiers (Rougier & Plé Filles du Calvaire, Paris 3ème, 2014) au cours de laquelle j'ai présenté une partie de ce projet en cours, m'a fait remarquer que devant mes petits portraits carrés, elle ressentait une sorte... d'étouffement. Que le format choisit était pour elle comme la représentation... d'un espace-piège qui oblige à se confronter et à être confronté(e) à l'autre... à vivre l'un(e) dans l'autre, sans échappatoire... Intéressant, non ?

Moi je dis : il faut s'imaginer des portraits dans un cadrage serré, comme si au fil des pages du livre en cours d'élaboration, on avait affaire à des arrêts sur images issues de micro-histoires successives, regardées à 30 cm de son poste de télévision. Il se peut que ce choix ait à voir avec le souvenir d'une rencontre au CPLJ-93 avec l'autrice et illustratrice belge Kitty Crowther : elle dessine au crayon de couleur, doux et calme, pour amener l'autre (l'enfant, le parent) à nouer avec l'histoire racontée une relation intime, pareille à celle qu'elle a développée avec les images des livres depuis son enfance. Peut-être ai-je eu envie que mes lectrices, mes lecteurs, nouent une relation particulière avec mes couples ?

Il se peut aussi que ce soit un heureux hasard : mon goût pour la conservation explique que je possède dans un carton à dessin des chutes de papier blanc en grandes quantités. J'aime puiser dedans. Peut-être qu'il y avait parmi elles un grand nombre de supports carrés de même taille et que cela m'a suggéré l'idée de "série". Qui sait ?

3) Piétinements : les égarements de la forme finale

 
Du soutien (2015)

Avançons, car le projet progresse au fil des ans. Si les portraits sont réalisés principalement entre 2013 et 2016, au fil de mes propres aventures, l'idée de la forme sautille d'une envie à l'autre, sans parvenir à se décider vraiment. À un moment, celle de collaborer avec un graphiste pour tout mettre en couleurs — plus vendeur que le dessin en noir et blanc —, puis avec un écrivain pour commenter plus longuement les images pour lesquelles je n'avais écrit jusque-là que des aphorismes ou quelques mots poétiques. À un autre, celle de redessiner tous les portraits jugés, avec le recul, maladroits... si maladroits !

Et puis, un jour, l'abandon. Le projet s'endort. L'énergie de la recherche de la forme, appropriée, de la narration appropriée et/ ou de publication éditoriale se tarit. Durant presque quatre ans.

Cependant, quelques images viennent illustrer une fête dans le calendrier ; cependant l'un des portraits évolue en motif décoratif pour un masque de cérémonie en 2020... Pour qu'enfin, le projet s'autonomise de tout ce qui l'a précédé et prenne la forme d'un livre en auto-édition. Il aura profité d'un regain de confiance que m'ont apporté mes expériences de publication précédentes. Mais il prend corps également grâce, d'une manière plus globale, à un contexte plus favorable concernant le dessin en noir et blanc. Celui-ci commence à mon sens à trouver sa place artistique et trouve un accueil plus ouvert dans le paysage éditorial : à côté de la bande dessinée et du roman graphique où il est assez courant, on le voit se balader dans l'album pour enfants, le livre d'artiste, le recueil de poèmes.

4) Les textes : une voix pour quel message ?

De la volonté (2020)

Et les textes, me demanderez-vous ? Qu'en est-il de l'écriture des textes ?  Comme je l'ai dit plus haut, j'ai longtemps tourné autour de mes petits portraits sans savoir quoi en faire ensuite. Et cela a affecté le choix des textes, de la forme, du ton définitif : de l'intention. D'autant qu'avec le recul des années, je ne savais plus vraiment quel avait été le contexte précis de la naissance de chacune de mes scénettes. Cela me semblait important de conserver l'impulsion originelle.

Les textes devaient renvoyer à ces contextes pour toucher à ma vérité. En même temps, puisqu'il s'agissait d'une certaine manière de prendre du recul, d'aller de l'individuel au collectif, pourquoi ne pas s'amuser avec les mots, pourquoi ne pas se réinventer à travers eux ? Enfin, dans le rapport texte-image que j'explore depuis quelques années, je m'efforce de proposer deux parcours de lecture, celui de l'image d'un côté et celui du texte, de l'autre. 

Alors, avais-je envie d'éduquer, de faire rire... de faire réfléchir ? Convenait-il d'écrire des histoires, avec des personnages, leur trouver des noms, des prénoms ? La forme brève, de type aphorisme, n'était-elle pas plus appropriée d'autant que les images étaient elles déjà explicites et leur compréhension claire ? 

Je crois que ce qui a permis de trancher entre plusieurs possibilités qui s'entrechoquaient et qui paralysaient l'avancement du projet sur ce point-ci, ce fut la réflexion sur la double-page. Et sur cette habitude que j'ai prise de chercher à organiser de manière harmonieuse, dans cet espace-là, plusieurs éléments récurrents : 1 image, 1 titre, 1 élément graphique, 1 texte. Dans ce cadre créatif simple, de nombreuses combinaisons sont possibles, avec l'envie de proposer des compositions "équilibrées" comme garde-fou.

Je crois également que le texte a surgi dans ce projet-ci, à la faveur d'un espace existant entre ce qui est représenté des hommes et des femmes imaginaires vivant des situations "réalistes" , et ce que cela représente une réflexion sur la vie à deux.

5) Perspectives : Du couple moderne - 2 ? 

(Plutôt que de se répéter, oser plutôt les produits dérivés, par exemple, les badges customisés, qui prolongent l'expérience. Pour les découvrir, cliquer sur l'image.)

Certaines scènes ont été écartées du projet final, volontairement, parce qu'elles ne présentaient pas au moment de leur conception une situation intéressante ou suffisamment maîtrisée graphiquement. Ou, parce qu'à un moment donné, il y eut comme un trop plein, un trop plein de précisions... plus assez de place pour le jeu et l'invention.

Le projet éditorial Du couple moderne me laisse ainsi sur un agréable sentiment d'achèvement. Bien sûr, les histoires de couples continuent dans ma vie réelle (je pourrai en dessiner d'autres, au fil de la vie quotidienne et de mes rencontres). Dans ma vie symbolique, je pense qu'elles ont trouvé un espace de vie propre qui leur appartient. Un espace qui se réactivera et s'enrichira, je l'espère, à chaque fois qu'un album sera ouvert et lu. Libre à chacun, à chacune, de poursuivre cet inventaire pour lui-même, pour elle-même.

Oui, il me semble avoir trouvé le bon format pour cette expérience-ci : une "bulle" autosuffisante. L'envie du moment ? Développer de petits objets - souvenirs de cette aventure.

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D'autres projets de livres en auto-édition sont à découvrir en visitant la page "Objets livres": http://www.lehorlart.com/p/blog-page_21.html 

©ema dée

lundi 16 novembre 2020

De l'arbre du souvenir/ expérience enfantine : dessin, texte et lecture à voix haute

Ici, exprimer l'envie régulière qui me titille les sens — le corps, l'esprit — de revenir aux sources de la peur, de l'invention, de la joie, de l'excitation ludique comme au goût pour la stratégie et la multiplication des stratagèmes assurant la victoire : le jeu.

Pour ce faire, tenter de tracer, tenter d'écrire-raconter, tenter de mettre en voix :

Une série de trois textes qui plongent ses racines dans plusieurs souvenirs liée à l'Enfance, celui-ci le plus récent , j'accompagne un groupe d'enfants d'âge primaire dans un bois en banlieue parisienne, on est emmitouflés, on a pensé à prendre quelques ballons, c'est le début du printemps ; celui-là plus ancien, une autre époque ! — je découvre un petit domaine forestier dans le sud de la France, c'est le mois d'août bobs, shorts trop larges, débardeurs, socquettes et tennis Adidas blanchies au Tipp-Ex —, on va jouer à Où sont les cerfs ? (Dans la forêt, pardi !) ; un autre encore, une conteuse dans un jardin parisien invite les enfants d'un centre de loisirs à toucher de leurs petites mains potelées l'écorce d'un arbre biscornu.

Voici le premier texte, je l'intitule : " Pour cette première expérience, enlacer un arbre."

Pour cette première expérience — enlacer un arbre* —  il convient de choisir soigneusement l’individu qui fera l’objet de toute l’attention collective ; l’individu sera de préférence costaud et large, de préférence droit, de préférence dépourvu d’insectes apparents ou de perles de sève gluante et dorée ; ce faisant, avancer vers lui, s’approcher plus près, toucher, palper, jauger, faire le tour, avant de se décider à, enfin, s’approcher, se déployer autour, les uns après les autres et les unes après les autres, et les unes après des autres et les uns après les autres, se disposer autour de l’arbre ; se grandir à l’horizontal ; pour ce faire, allonger les épaules étendre les bras étirer les mains tirer sur ses doigts au-devant de soi le plus loin possible jusqu’au bout des doigts de l’autre (surtout si l’on est peu nombreux pour l’expérience) ; attraper la main gentiment tendue, s’accrocher aux mains offertes, se tenir fermement (il se peut que ça glisse un peu, il se peut que ce soit un peu mou et chaud) ; écarter les jambes pour faire appui (la stabilité est une garantie de réussite) ; la concentration aussi (et l’envie !) ; coller toute sa joue droite (ou gauche), toute sa poitrine, tout le bassin, les cuisses, pour garder l’équilibre ; être tout contre ; et ensemble, ainsi installés tout contre, faire le tour de l’arbre, c’est-à-dire enserrer son tronc qu’il soit sec ou noueux, c’est-à-dire s’enchaîner de tout son petit corps agrandi, étiré, lié à son voisin, sa voisine par les mains, et devenir une partie de l’arbre ; puis tenir ; tenir ; tenir et sentir ; sentir ; se sentir être ; se sentir être un élément de l’arbre ; sentir en soi la présence de l’arbre ; jusqu’à l’insoutenable démangeaison, les fourmillements dans les bras tendus et les jambes trop écartées, la douleur générale qui déclenche par pur réflexe un premier rire cristallin, un second rire cristallin, puis un troisième rire cristallin, jusqu’à l’hilarité cristalline ... générale ; qui osera lâcher le premier, la première ? (Qui osera briser la chaîne ?)"

À travers ce triptyque, je célèbre la(ma) relation (ré)créative à la Nature, avec l'Arbre comme médiateur et partenaire. Une tentative d'anamnèse ? Presque.

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*Pour cette première expérience enfantine, enlacer un arbre a été dit le dimanche 15 novembre,  à l'occasion du  cabaret littéraire Mange Tes Mots/ Édition podcastée. 

Pour écouter cette invitation à prendre un arbre par son tronc, parmi d'autres troublantes créations sonores – lues, chantées, murmurées , parlant de corps, de résistance, d'attraction, de... tentez l'expérience du cabaret littéraire depuis chez vous, en cliquant sur le lien ci-dessous :

https://soundcloud.com/mange-tes-mots/mange-tes-mots-edition-podcastee-n8-2e-set-15-novembre-2020

Des mots mélodiques inspirés et inspirants de : 

Junie Lavy & Obscur Jaffar – N’être  ; Morgane Eydmann – Brasser  ; Mathieu Amans – Tu n’as pas à avoir peur ; Ego Ella May – Girls don't always sing about boys (A COLORS ENCORE) ; Hélène Milan – Sur le fil mon ange ; CatMat – Mon conte des 1001 nuits ; Eve B – Alphabet ; Anne Michèle Weinstich (lecture) & Alain Toulmond (texte) – Lucide Lucifer sur un sample des Beatles, "Revolution 9" ; Pierre Comandu (texte) & Mado (lecture) – Contre la nuit  ; Ema Dée – Pour cette première expérience enfantine, enlacer un arbre ; Eva Casabene  – Saisis la lame miroitante des reflets de vie morcelée, multipliant les points de vue, sur une musique de Daniel Higgs, "Love abides" ; Catherine Ursin – Je crache / Sékantïa  ; Joséphine – Étreinte  ; Camille – Jolie bruine ; Alain Toulmond – ça s’rait Baudelaire on l’s’rait  ; Fabien Corbelin – À l’aube des nuits…  ; La danse des mots – 3 poèmes de Paul Eluard  ; Ophélie Jomat – Pléthorique ; Axolotl – Être lu  ; Nadjad – Poussette  ; Leeanne – Il lui avait volé son innocence ; Émilie Rethore (voix et texte) & Florian (guitare) – Feu sacré  

Mange Tes mots/ Édition podcastée, c'est aussi un premier set, à (re)découvrir en cliquant sur le lien ci-dessous :

https://soundcloud.com/mange-tes-mots/mange-tes-mots-edition-podcastee-n8-1e-set-15-novembre-2020

Cette proposition est la 8ème édition en ligne du cabaret du même nom, qui s'est tenu à partir de 2018 au café culturel Le Lou Pascalou à Ménilmontant dans le 20ème arrondissement à Paris, avec Margot "Galatée" Ferrerra et Héloïse "Ginkgo" Brezillon en organisatrices et savantes tisserandes d'ouvrages sensibles et poétiques. (À écouter de suite).

©Mange Tes Mots ©ema dée

mercredi 11 novembre 2020

Que font les gens dans mon 5ème projet de livre de la collection "Horlart" ?

Que font les gens ? Une question toute simple qui, un matin, s'est imposée à moi et qui est devenue le titre de mon cinquième livre en autoédition de la collection Horlart. Au fil des mois, cette collection compose un ensemble de livres illustrés de format 15 cm x 15 cm, présentant des séries d'images en couleurs mises en regard de textes brefs (prose, récits, portraits ou réflexions).

Que font les gens ? Une interrogation qui, comme à un leitmotiv d'autres diront sans doute "petite obsession" s'est régulièrement posée tout au long de la création de ce nouveau projet de livre — tout carré.

Que font les gens ? Pour y répondre, j'ai fouillé dans mon projet de dessins à contraintes mené d'avril 2016 à juin 2018, sur des feuilles au format post-it, puis publié quotidiennement durant cette période sur un compte Tumblr, les dessins étant accompagnés ou pas de quelques mots, pensées, poèmes.  J'ai cherché parmi les 27 thèmes que j'ai traités dans un style très libre et changeant — animaux, amour, couples, objets, femme-fragment, bonshommes, portraits d'écoliers, portraits de stars, autoportraits, eau, bestiaire, lutins de noël, sorcières, portrait chinois, résolutions, arbres... — les images qui m'ont semblé proposer une réponse intéressante à cette interrogation.

Cliquer sur l'image pour découvrir d'autres images

Que font les gens ? Une fois les images-réponses choisies, il fallut homogénéiser l'ensemble grâce à un autre traitement graphique. Car, pour rappel, l'idée directrice de ce projet de dessin sur post-it était de varier les plaisirs  et la difficulté en changeant d'outils : crayon 5B, stylo à bille, plume et  lavis d'encre de Chine, feutres, crayon de couleur, et pourquoi pas ? du collage. Dessiner avec tel ou tel outil, c'est dans ma production, opter pour tel ou tel langage, tel ou tel style. Au feutre fin, le dessin en hachures, excès de motifs ou entrelacs de traits façon gravure sur métal, au feutre épais, l'effet "ligne claire" aux formes épurées et fermées — préalables à un  éventuel coloriage ; au feutre pinceau correspond l'exploration de ma capacité à créer des pleins et des déliés, à oser l'inachèvement, les lignes ouvertes ou au contraire, les aplats de noir. 

Que font les gens ? J'ai finalement opté pour un outil que j'utilise habituellement pour tracer des titres  : le marqueur à l'encre acrylique. Idéal pour obtenir des traits épais et accompagner mon envie soudaine de simplifier le dessin de départ, tout en lui donnant plus de force et un caractère affirmé — définitif. Au marqueur, en effet, difficile de produire un dessin très détaillé. Et c'est tant mieux !

Que font les gens ? Couleur ou noir et blanc ? Je dis "couleur", mais trois seulement, noir, blanc et rouge, et pas n'importe quel rouge, un rouge lumineux tirant vers le vermillon ou la teinte écarlate, une couleur tonique et profonde à la fois, comme je la rencontre dans les affiches "old school" (Paul Colin, Roger Broders...) 

Cliquer sur l'image pour découvrir une partie du chemin de fer du projet

Que font les gens ? Les personnages dessinés ne me suffisent pas, j'imagine des mots écrits. Et entre ces images-ci et ces mots-là, un écart plus ou moins grand, afin que s'y glisse de l'imprévu, de l'interprétation, de l'humour ou de la poésie —  en tout cas, un sens nouveau et différent pour chaque lectrice, chaque lecteur.

Que font les gens ? Comme à l'accoutumée, le lien entre chaque publication de la collection Horlart : l'ajout d'une bande-son à ma façon, c'est-à-dire une lecture à voix haute performative ou non, bruitée ou non,  à  écouter sur Lis-Moi Tes Mots à l'adresse : https://soundcloud.com/user-492317834/que-font-les-gens
 
Cliquez sur l'image pour découvrir un exemple de produits dérivés.

Que font les gens ?  À l'issue d'une lutte avec les mots, les images, la maquette — la mise en page ! —, je propose un objet à lire constitué  d'une suite de vignettes à s'approprier comme on en a envie. (Le résultat illustré et écrit d'une investigation témoignant aussi d'un regard personnel posé sur le quotidien, la société). Et qui vient enrichir une collection de recueils en autoédition dont je parle, par exemple, ici :

— Présentation de la collection Horlart : http://www.lehorlart.com/2020/03/collection-horlart-autoedition-ema-dee-2020.html

Et que l'on peut se procurer là :

— Ma page Auteur de TheBookEdition.com : https://www.thebookedition.com/fr/29681_ema-dee

©ema dée

mercredi 4 novembre 2020

Après l'expérience filmique "Lux Aeterna" de Gaspar, Béatrice, Charlotte et cie...

Ma découverte de Lux Aeterna, dernière création filmique de Gaspar Noé, réalisateur, producteur et scénariste argentin d'origine, m'a donné envie d'écrire à son propos, d'évoquer à ma manière ce que j'y ai vu, comment je l'ai ressentie, l'ai reçue et crois l'avoir comprise. 
 
Mais, ce que je viens de voir n'est pas exactement une œuvre cinématographique, au sens où l'on l'entend le plus couramment, c'est-à-dire une fiction qui (nous) raconte une histoire, faite d'une suite d'actions, de rebondissements, de rencontres autour d'un noeud puis, enfin, une résolution (heureuse ou malheureuse), selon un enchaînement défini, linéaire ou non. Les effets spéciaux, le montage, la musique, le jeu des acteurs, la photographie... soutenant le propos, comme une grammaire particulière, définissant à la fois le genre et un style de réalisateur comme le genre et le style d'un film.

Lux Aeterna ©gaspar noé
 
Mise en bouche un peu bizarre, j'en conviens. Je cherche ici, rapidement, à montrer une forme d'incompréhension qui demeure en moi, plusieurs jours après avoir vu Lux Aeterna. Bien plus, une sorte d'incapacité prolongée de ma faculté de jugement face à un objet étrange et étranger.

"Quand je vais au cinéma, explique quelqu'une, c'est pour être divertie, transportée, apprendre quelque chose, je veux que le réalisateur m'amène dans un quelque part qui me dépasse. Résultat, je me retrouve face à un quelque chose que je ne comprends plus, qui ne s'adresse plus à mon intellect ; c'est ça qui m'intéresse". 

Moi, je suis de cet autre genre de spectatrices qui aiment faire des comparaisons. Entre les films d'un même réalisateur/ trice ou d'un/e acteur/ trice (quand je m'en souviens clairement, s'entend). Il m'arrive de faire des comparaisons aussi avec d'autres arts parce qu'ils abordent le même thème ou parce qu'ils ont recours à des "artifices" de narration, de création d'ambiances ou de sensations... voisins. Cela autorise une sorte de regard croisé.

Avec Gaspar, je suis comme bien empêchée. Car je ne connais pas sa filmographie ; j'ai bien vu passer sur le Net des images du singulier Climax ou de  l'hypnotique Unter the Void, j'ai bien entendu parler du très dérangeant Irréversible... C'est insuffisant pour se rendre vraiment compte. Après avoir vu Lux Aeterna, je crois pouvoir dire sans sourciller, qu'il faut assister au Film de G. Noé, dans une salle prévue pour, il faut pouvoir entrer dedans et accepter de se laisser submerger en retour. Fondant cette observation à postériori, je peux dire néanmoins avec certitude que quelques images, des extraits à la volée de Lux Aeterna, regardées du bout des yeux sur son écran d'ordinateur, me semblent être du coup passablement insuffisantes, en effet.

 
Lux Aeterna ©gaspar noé

Je ne crois avoir vu un "film"; ça a à voir davantage avec la participation, oui, j'ai plutôt participé à une expérience d'Arts visuels, qui soudain sans alerte devient immersive. Un objet plastique, éminemment sonore, qui tripatouille le concept de mise en abyme, s'est déroulé devant mes yeux durant 50 minutes environ. La mise en abyme du cinéma par le cinéma lui-même, on connait ; on en reconnaît les signes, les formes et l'intention. Et pourtant dans ce cas-ci, face et dans Lux Aeterna...

Quels sont les faits ? Gaspar Noé filme l'actrice Béatrice Dalle filmant l'actrice (et chanteuse) Charlotte Gainsbourg. Dans une ambiance feutrée propice à la confidence qui évolue (dégénère) en un chaos lumineux saturé de voix, la lux aeterna. 

Dans le détail. Après une scène d'aimable conversation posée sur canapé (plutôt un monologue un tantinet barré, une logorrhée de Béatrice face aux contradictions de Béatrice, une sorte de narration... autofictionnelle), qui, parce qu'elle est comme une introduction, une préface qui donne des clés précieuses pour la suite, me rappelle les plans bavards des films de Quentin Tarantino. (Ici, certes, je prends des raccourcis, je schématise.) Après cela donc, une mise en mouvement : Béatrice se lève enfin, Charlotte à sa suite, elles changent de pièce, quittent le douillet canapé, quittent l'espace filmique dans lequel Gaspar les a confinées toutes les deux, le tournage doit commencer, l'action s'accélère,  Béatrice attend, on attend avec Béatrice, on ne comprend rien, pas plus que Béatrice, puis, ça tourne, oui, mais quoi ? Qu'est-ce qui se tourne ? On ne sait pas vraiment ; est-ce un plan d'essai ou est-ce la vraie scène qui prend corps sur la scène ? Et, dans une sorte de chaos de voix hors champ et diégétique, et qui va crescendo, à l'appui, une multiplication des points de vue, l'espace uniforme du tournage éclatant en multiples espaces d'expériences/ visions individuelles, Béatrice perd contenance, dans la lumière, Béatrice pète un plomb, dans la lumière, l'image nous explose dans la rétine et dans la lumière, le film fige toute ma capacité de réflexion. 

Je ne suis plus qu'un œil dans un champ de lumières. Médusée. Non, piégée. Non, englobée, mieux... aspirée !

Lux aeterna ©gaspar noé 
 
Curieuse expérience que celle de la lecture de mes dix-neuf dernières lignes de texte, n'est-il pas?

Lux Aeterna ©gaspar noé
 
Flashback : à un moment, je souris. C'est quand Charlotte demande à Béatrice : "Quand cela va-t-il commencer ?" C'est un fait : un film a déjà commencé. Mais pas son film à elle, celui dans lequel Charlotte va jouer un rôle central. Un délicieux décalage qui autorise un parler et des attitudes décontractées. On n'est pas vraiment dans Le film, on est dans les coulisses et dans les coulisses d'un film, on se lâche. On est "nature". Démonstration : le langage châtié, l'allure désinvolte, le ton brusque de Béatrice face à la retenue pleine d'une grâce pensive, voire distante, peut-être un peu amusée, de Charlotte... les entrées et les sorties d'autres personnages dans le champ qui (nous) donnent le tournis telle une valse de mots de gestes de regards... manifestent cet avant-tournage. 

Le film de Gaspar a bien commencé, mais celui de Béatrice est en chantier. Il s'agit finalement de tourner une seule scène. La scène. Comme les seconds rôles féminins, on ne saura rien de ce qui doit se raconter, de comment cela va être raconté, si ça vaut le coup de rester à se demander quoi qu'est-ce. Il faut être là tout simplement, et assister pour savoir ce qui va être filmé. On ne saura rien à l'avance. Le spectateur est là, dans son siège/ piège de cinéma, pour témoigner que le film a commencé, mais le vrai propos arrive plus tard, le climax où le réalisateur filme Béatrice lâchant prise, Charlotte quasiment possédée, la lumière envahissant l'écran...

 
Lux Aeterna ©gaspar noé

En amuse-rétine, juste avant la conversation tranquille devant la cheminée, une entrée en matière pédagogique, en noir et blanc et pour le moins curieuse : une scène de bûcher précédée d'une présentation très documentée d'instruments de tortures utilisés au Moyen-Age pour révéler les sorcières. 

Et Béatrice s'intéresse particulièrement au bûcher.

n.b. : je m'autorise à fournir ici une définition de ce que j'appelle un "chaos de voix hors champ et diégétique". Il y a autant de lignes narratives qu'il y a de personnages dans le film, chacun semble poursuivre ses propres motivations jusqu'au climax. Ce qui tient tous ces éléments disparates qui, comme des ions chargés positivement et négativement, s'affrontent dans un espace (scénique) trop petit ?  Ils ont rendez-vous avec une scène à tourner. Chose particulière, c'est une scène qui est soutenue par trois points de vue différents qui convergent pour ...

Fin de l'expérience de critique, car mes mots se suivent s'enchaînent s'enfilent autour du fil de l'écriture cherchant à (s')expliquer, alors que sur le sujet, finalement, il vaut mieux se faire son idée à soi.

©ema dée