Voici la petite histoire de la naisance d'une oeuvre plastique d'un genre nouveau dans ma production en volume. Le modelage, énergie créatrice et catalyseur d'envies de fomes inédites, me permet, il y a quelques mois, de créer une figure articulée de petit format. Avec cette réalisation en techniques mixtes, puisqu'on a affaire à du modelage, de la sculpture, du collage, de la typo ET à de la peinture, je célèbre l'anniversaire de l'artiste illustrateur numérique, bédéphile et cinéphile Thomas Cloué. Une florilège de pratiques, de gestes et de techniques pour un gars en or !
La tête est modelée puis peinte à l'acrylique dans une volonté de réalisme : une matière poivre et sel, bouclée et rugeuse, est choisie pour les cheveux, la moustache et la barbe ; une paire de lunettes très caractéristique découpée dans un ballon de baudruche rouge vient paufiner la ressemblance avec Thomas. Petit clin d'oeil à un voyage en Asie, le vêtement, pour sa part, est traité dans un style orientalisant ; il se déploie en une sélection très réduite de papiers de récupération, à la fois ordinaire et précieux, découpés en lignes droites. La recherche sur la typographie artisanale que je conduis depuis trois ans est ici mise en valeur avec la réexploitation des lettres d'un alphabet latin créé en fil de fer recuit et travaillé nuitamment à la pince.


Très admiratrice des pantins et des marionnettes tels qu'ils sont fabriqués en Indonésie, par exemple, j'ai souhaité expérimenter le modelage en argile d'un corps articulé, mais en volume. Cependant, au lieu de coudre pantalon et chemise à partir d'une gaine comme j'ai fait pour mes toutes première marionnettes, j'ai assemblé et collé les différentes parties du kimono à même la figure. Le fond, qui propose un mélange de couleurs primaire et secondaire aqueuses, est obtenu à partir de lavis d'encres Ecoline sur papier aquarelle, déposés au moyen de pluiseurs pinceaux chinois. Enfin, le bouquet de fleurs en forme de coeur, lui, est réalisé exclusivement pour le modèle en fil de fer très fin.

Idée, expérimentation et assemblage ne m'auront pas demandé beaucoup de temps. En effet, ces étapes de conception puis de fabrication concrète de la pièce en volume Un gars en or se sont suivies sans effort. Durant trois jours consécutifs. Plus comme le résultat de la sollicitation au bon moment et de la combinaison heureuse de toutes mes compétences d'artisane en la matière, et moins comme une sorte d'évidence d'artiste plasticienne.
Une première compétence est issue d'un savoir culturel entretenu avec curiosité et passion pour son sujet : j'ai rempli un carnet de croquis entier de visages, de corps et de vêtements de poupées, pantins, marionnettes et sculptures de petit format, au fil des ans, des expositions. Pour ce faire, j'ai sillonné le Musée de la Poupée (qui a fermé ses portes en 2017), le Musée Dapper (fermé la même année), il y a quelques temps, le Musée de l'Homme, et récemment le Musée du Quai Branly. Dessiner, c'est déjà apprendre/ comprendre/ cherche à deviner/ à voir comment les choses sont/ ont pu être faites/ imaginées/ mises en oeuvre.
Une seconde compétence est elle plus technique, qui permet de diriger ses choix de gestes vers tel ou tel matériau avec telle ou telle recherche d'effet : la création de la figure a fait appel à toute mon attention et à ma technicité. Le "poil" naturaliste est travaillé avec différents petits outils pointus et peint à l'aide d'empâtements circonscrits de peinture de couleurs noire et blanche. Je m'intéresse à la création en fil de fer, depuis mes années de formation en sculpture et en modelage, au sein des ateliers des beaux-arts de la Ville de Paris, en 2013-2014. Aussi, les alphabets qui naissent tour à tour viennent à la fois articuler les savoirs, les envies et les matériaux et rejoindre d'autres créations qu'ils complètent. Enfin, la peinture au lavis est expérimentée dans le contexte d'une pratique qui engage davantage le corps, car faite à la faveur d'une feuille de format 70 cm x 100 cm.
Une troisième compétence est en quelque sorte "comportementale". Elle a à voir avec l'imagination, le jeu, la créativité et le goût de la recherche ou d'une errance paradoxalement structurée. Selon moi, au regard de mon parcours, cette qualité se place à la confluence de la technique, du savoir culturel... et de la colère - comme puissant levier d'inhibitions. Ici, de manière ténue, mais présente cependant, l'envie d'explorer : par exemple, la trace de la corporalité (ou corporéité) sur des supports papiers, inspirée par la peinture gestuelle - volontiers, abstraite, expressionniste, de grand format - pratiquée par des artistes plasticiennes telles que Joan Mitchell. Et l'assemblage à des fins de création....
Et pour rejouir les petites mirettes curieuses, courte plongée dans mon atelier de nuit :
©textes, images et vidéos ema dée
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