jeudi 15 septembre 2016

Un été en fleurs naïves avec Camille Bombois

 

C'est l'été,
chaud, clair,
bleu sans nuage, jaune éclatant.

Sur la plage blanche et dorée,
dans la montagne pourpre et verte,
près d'un étang clapotant,
sur un bord de route qui tremble,
dans un fauteuil urbain à grands accoudoirs
populaires,
la morne nonchalance des vacances au Pastis.

C'est l'été,
dénué de vent et
retenant ses gouttes fraîches jusqu'à l'aurore.

Les jupes fleuries légères vélocipèdes,
les chemises bigarrées attablées,
les shorts vagabonds, les robes très lectrices
les sandales délassées déjeunant au parc,
les toits ouvrants, les fenêtres à persiennes,
fêtent la douceur sereine du repos.

C'est l'été,
suant sous son chapeau de paille,
moite des paumes et des dessous de bras
chauves,
les cils perlant.


Sous les érables aux feuilles parfois palpitantes,
sur les bancs trois places en face à face,
sur les chaises en fer chaud bosselé,
sur les pelouses tachées de pétales,
les volatiles sautillant,
les abeilles en sarabande,
la libellule noire et vert émeraude,
célèbrent la suspension du temps moderne, laborieux
et répétitif.

C'est l'été,
vidée, allégée, entre parenthèses,
en retard ou absente, la vie ici-bas.

Bientôt le réveil de la cité commune.

Les bras tendus de listes prescriptives,
les jambes en rayons compressés pressés dépassés,
la nuque et le dos très imposables
se préoccupent des lendemains politico-économiques.

L'été s'achève.

Heureusement,
des grains de sable blond dans les plis du sac,
une fleur séchée entre les pages à gros caractères
d'un roman moyen,
un brin d'herbe coincé entre les spirales
d'un carnet de dessin,
les couleurs aqueuses de vues naïves sur le motif,
les compiles musicales de la Fête nationale
chez les pompiers,
les spectacles forains,
les biscuits secs au goûter pris à minuit,
les promenades des âmes siamoises dans les jardins
publics envahis
et mes courbes pudiques sur ton iris transparent.

*

Cette composition s'inspire des œuvres 
Les beaux contes bleus (1925) et Les bas noirs avec journal (1930).

Chaque saison est l'occasion pour moi, dans une composition à la manière de, de célébrer à la fois le temps qui passe sans jamais être le même et le travail d'un artiste. 
Il s'agit aujourd'hui du peintre naïf français Camille Bombois (1883-1970) dont je découvre les œuvres colorées, généreuses et empreintes d'une drôlerie simple, en visitant les collections permanentes de la fondation Dina Vierny-Musée Maillol, il y a quelques années. Puis, alors que je visite le LaM en avril dernier, je me retrouve à nouveau face à ces portraits  de dames joufflues aux formes rondes, cette sensualité de la chair dans des mises en perspective un peu fausses et ces scènes banales et nostalgiques...
Pour découvrir ou redécouvrir l'art de Camille Bombois, c'est par exemple ici. Prenez un siège, la vidéo dure 6 min 46.

Bonne projection et belle rentrée à tous !

p.s. : profitez-en aussi pour voir tous mes tableaux saisonniers et portraits hommages.

© ema dée

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