samedi 30 juillet 2016

Corolles estivales, ma sélection culturelle semestrielle

Chères internautes et chers blogueurs,

Voici, une sélection de découvertes et de redécouvertes culturelles (festivals, films, rétrospective, publication, formations...) que j'ai faites depuis le début de l'année 2016. Au moment où je publie cet article, certains événements sont terminés,  mais heureusement rien ne se perd, tout se retrouve : il existe les catalogues d'expositions, les sites références, des archives numériques... D'autres sont en cours, et d'autres encore sont prévus pour l'automne :

A pour l'artiste français Albert Marquet (1875-1947) : une rétrospective de son Œuvre peint et dessiné au Musée d'Art moderne de la Ville de Paris


Après le hall d'entrée tapissé de quelques nus aux cadrages insolites et sa suite qui présente un inventaire de petites gens noir d'encre, enfin la visite commence : c'est une enfilade de salles peuplées de paysages tranquilles, presque répétitifs, mornes et silencieux ; pourtant, des taches fébriles agitent parfois la surface picturale, des promeneurs. Les vues, ici, se composent depuis le balcon ou depuis la plage, sur le quai d'un port, sur les bords d'un lac ou sur les rives d'un fleuve connu. Il s'agit, par exemple, de montrer Paris dans la brume blanchâtre de l'hiver ou de percer à la lumière jaune d'un lampadaire, ses mystères bleu nuit. Loin d'un quotidien naturaliste fin de siècle, loin des distractions fauves, loin de l'expressionnisme de la guerre ou de l'agitation urbaine futuriste, la ville d'Albert Marquet se pare, avec sobriété et organisation, de rose, de vert céladon, de bleu pâle... Du 25 mars au 21 août 2016.

B pour la série télévisée britannique Black Books (2000-2004) : c'est l'histoire de trois olibrius coincés dans une librairie un peu cheap.


Dans une librairie très souvent mal rangée, sale et sombre où se développe à qui mieux mieux, tout un écosystème bizarre (cafard, blaireau, escargot, mousse, champignon...), Bernard Black (Dylan Moran), un libraire irlandais, soupe au lait, brouillon et mal embouché, s'énerve, bat, exploite, et humilie son unique, dévoué et immensément patient assistant, Manny Bianco (Bill Bailey), un personnage original, un peu hippie et doué en tout, ou presque. Pour faire le lien entre ces deux personnalités qui s'entrechoquent dans des situations plus que surréalistes, il y a heureusement Fran Katzenjammer (Tasmin Greig), une commerçante névrosée, alcoolique et dépendante qui tient - sans grand enthousiasme ni conviction - une boutique inintéressante de l'autre côté de la rue. Tout ce petit monde bien barré évolue au fil de 18 épisodes improbables et excessifs. Mais il y a bien pire...
Black books, série courte créée par Dylan Moran et Graham Linehan, finira de vous convaincre de l'inanité des meilleures pratiques commerciales et du bien fondé de posséder tout près de soi, des amis sincères et sans aucun amour propre. Juste un régal !
 
C pour l'exposition Ceramix, de Rodin à Schütte : les révolutions contemporaines d'un artisanat sous-estimé.


Entre Sèvres - Cité de la Céramique et le 12ème arrondissement de Paris - la Maison rouge et du 9 mars au 12 juin 2016 derniers, la céramique contemporaine s'est montrée sous de nombreuses facettes, pour certaines vraiment novatrices, dans une double exposition baptisée Ceramix, de Rodin à Schütte. Il faut dire que depuis la fin du 19ème siècle, tranquillement, cette pratique longtemps dévolue à la seule réalisation d'objets utilitaires comme de la vaisselle, étonne et connaît plusieurs révolutions : de la France à l'Amérique latine en passant par le Japon, la céramique se métamorphose. De nouveaux sujets apparaissent, le hasard devient une composante importante dans le processus de cuisson, des teintes inédites colorent des pièces qui s'agrandissent et se complexifient : sous l'impulsion d'artistes redoublant d'audace et d'inventivité, la céramique se hisse au rang d'Art contemporain. Un bel événement mis en œuvre sous le commissariat de Camille Morineau et Lucia Pesapane, et qui a déjà donné lieu à un premier texte tant le propos m'a plu, et c'est ici.

D pour le Détournement de contes : étude, analyse et critique d'un procédé littéraire au Centre de Promotion du Livre de Jeunesse à Montreuil, Seine-Saint-Denis.


Chaque année, je m'injecte une petite dose d'étude critique d'un genre littéraire destiné à la Jeunesse ou d'une situation de médiation culturelle en direction des jeunes publics, principalement. Toujours en fonction de ma propre actualité : projet d'intervention spécialisée, besoin d'un approfondissement ou d'une mise en perspective d'une expérience passée, projet de création personnel.
Cette année, j'assiste à deux journées consacrées à l'analyse des formes et des intentions du Conte, dans le cadre de formations dispensées par l'École du CPLJ-93. Ce genre prisé m'intéresse beaucoup car on le retrouve sous des formes (ou adaptations) très disparates en Littérature (album, roman, nouvelle) comme dans les Arts visuels (bande dessinée, cinéma, théâtre, danse, publicité).  Le détournement s'applique, lui, à prendre le conte par un bout particulier, du point de vue du texte ou de l'image originels, en admettant qu'une version de "départ" existe : changement de champ lexical ou de ton, focale sur un personnage secondaire, retournement de situation tel que le changement de la fin ou du début de l'histoire... Connaissez-vous Bou et les 3 zours ou Boucle d'or et les 7 ours nains, Le Chaperon rouge de ta couleur ou Rouge rouge Petit chaperon rouge ?

E pour le long métrage Eega (2012) : une mouche, star d'une fiction indienne signée S. S. Rajamouli et J.V.V. Sathyanarayana


Eega est un conte moderne à la sauce bollywood qui parle d'un amour compliqué et funeste : au début, ils sont deux hommes (Nani et Sudeep) à aimer la même jolie femme au grand cœur, mais un peu pimbêche (Bindhu/ Samantha Ruth Prabhu). Si le premier, pauvre et rêveur, est sincèrement amoureux et, n'osant pas déclarer sa flamme, ronge son frein tout en gardant espoir, l'autre, riche et libidineux, multiplie les stratagèmes grossiers pour vite gagner l'admiration de la belle indécise - et un peu manipulatrice - jusqu'à oser l'ultime action qui va sceller leur destin à tous les trois. Une mouche musclée apparaît dans le coin de l'écran soudain, et une vengeance lente, violente et extraordinaire s'installe, jusqu'au final époustouflant.
Pour vous éviter une tension générée par ce suspense insoutenable et ces cachotteries littéraires malvenues et surtout, pour voir de quoi il retourne, il est recommandé de se procurer sans plus tarder cette fiction vraiment originale. A ne pas mettre entre toutes les mains cependant, les scènes de violences bien qu'imaginaires sonnent très réalistes.

F pour le Festival Les éternels FMR : une librairie tient salon à la Halle Saint-Pierre, Paris 18ème.


Ce sont deux rendez-vous, un, à la fin de l'hiver et un, juste avant l'été,  organisés par la librairie parisienne Les FMR à la galerie de la Halle Saint-Pierre et qui valorisent la production d'une petite soixantaine de maisons d'édition indépendantes. Le festival Les éternels FMR est évènement à retenir pour celles et ceux qui aiment la découverte et la rencontre. Car, le festival aime faire découvrir la singularité, susciter les croisements de regards et la rencontre entre des sensibilités artistiques et littéraires : sur les étals, des albums-livres objets pour la Jeunesse, des contes-livres d'artistes, de la littérature illustrée, de la bande dessinée d'Art... Dans le hall ou dans l'amphithéâtre, une comédienne proposera volontiers à un danseur de l'accompagner dans une lecture à voix haute improvisée, de jeunes éditeurs lèveront le voile sur leur labeur quotidien, des auteurs-es émergeants-tes mettront à jour leur processus de création ou, des projets en cours (fanzines, revues...) exposeront leurs succès récents et leurs chantiers à venir.  
Deux quinzaines de jours par an dédiées à l'édition en mouvement à visiter, forcément.   

H pour le film d'animation Hana et Alice mènent l'enquête (2015) : une fiction mature au visuel hybride par Shunji Iwai


Dans ce long métrage animé, il y a un peu de fantastique, des relations compliquées avec des mères et des pères, un lycée où il court une légende effrayante qui parle d'un Judas mort, de sorcière et d'incantations magiques, des garçons et des filles crédules, Alice, la nouvelle de l'école et d'emblée, personnage très sympathique, une enquête, du suspense évidemment!, quelques bagarres, des promesses d'histoires d'amour, Hana, une fille revêche et rebelle qui sèche l'école et se cache derrière un rideau, un vieux  fonctionnaire sur une balançoire, et surtout, une belle amitié qui débute mal mais qui se termine bien. L'animation est ici assez singulière mais non dénuée  de charme ; c'est un mélange étonnant de stop motion, de dessin de story-board et d'animation en 2D dans des lieux, pour certains, traités dans un réalisme photographique ; l'image semble parfois inachevée.
En dehors de cette particularité visuelle qui lui donne une coloration à la fois datée et très contemporaine, Hana et Alice mènent l'enquête est un long métrage que le public adolescent devrait apprécier.

I comme Illustration - Narration à l'ESAA Duperré : un semestre penché sur un projet éditorial qui parle d'arbres et des lettres de l'alphabet.

 

Après deux années à penser à un projet d'abécédaire sur le souvenir de l'arbre  et à me former sur ce genre d'imagier qui me séduit, suivies d'une année à écrire des textes variés pour cet abécédaire, à étudier et à dessiner des arbres, j'ai eu envie de me concentrer sur certains points de ce projet de livre illustré : quel(s) rapports entretiennent mes images et mes textes ? Puis-je clarifier le style des images que je souhaite produire ?  Comment profiter de la première mouture du projet ? Et la suite, une fois le livre terminé ? Comment l'envisager d'un point de vue éditorial ?... 
Dans le cadre des CMA (Cours municipaux pour adultes) de la Ville de Paris, je m'inscris donc en mars pour cinq petits mois successifs dans l'atelier Illustration - Narration qui aura lieu dans l'une des prestigieuses écoles supérieures d'Arts appliqués publiques parisiennes, et ce, à raison d'une séance de quatre heures par semaine - c'est un rythme à suivre ! Après mes recherches personnelles, ce que je désire absolument : un tout nouvel éclairage sur ce projet de cœur et des conseils avisés et pertinents pour organiser sa présentation future à un éditeur.  
L'atelier tiendra ses promesses : soutien à l'élaboration du chemin de fer (= storyboard mais pour un album),  attention portée au choix d'une(des) police(s) appropriée(s), recherche de couvertures, étude des liens textes-images avec présentation d'une variété d'albums à l'appui, et aide à la préparation d'un book cohérent et valorisant. Le petit plus : des temps de mises en situation !


J comme Jeux au festival "Paris est ludique" : deux jours entiers pour s'affronter... gentiment.


Les 25 et 26 juin derniers s'est tenue la 6ème édition du festival de jeux de Paris, Paris est ludique. Plus d'une centaine de professionnels (producteurs et concepteurs) viennent promouvoir leurs célèbres créations et leurs dernières réalisations. Sur les pelouses de Reuilly, chaque marque dispose de sa propre tente et propose aux visiteurs excités et impatients d'expérimenter une multitude de jeux mis en libre service ; des animateurs-trices - plus ou moins pédagogues - sont là pour expliquer les règles de chaque jeu. En "gameuse" maniaque qui se respecte, je suis venue accompagnée avec la ferme intention de jouer uniquement avec ma chère moitié. Pourtant, dans cette ambiance bon enfant qui donne envie de tout essayer, j'accepte volontiers de tester de tout nouveaux jeux avec des inconnus, le temps d'une ou de plusieurs parties. Je découvre par exemple le Mölkky, variante finlandaise de la pétanque, en un poil plus retorse.
Sortie de ce festival à l'heure de la fermeture avec un sac rempli de nouveautés, je me dis en moi-même : "Le jeu est un virus !" Pour ne pas manquer les prochains événements ludiques, suivez le festival.

L pour La tortue rouge (2016) : une "robinsonnade sans paroles" franco-belgo-japonaise de Michael Dudok de Wit


La tortue rouge conte l'histoire à la fois simple et merveilleuse, parfois dangereuse et éprouvante, d'un homme ordinaire. Un homme ordinaire plongé dans la tourmente de l'océan et rejeté sur une île, perdue dans un immense quelque part, verdoyant mais désert, excepté quelques crabes entêtés. Il est seul et seul, ce Robinson moderne va chercher à survivre puis, à quitter ce lieu sans espoir, à bord d'un radeau monté à la sueur de son front. Mais quelqu'un ou quelque chose l'empêche de partir - et violemment ! - l'obligeant à recommencer son labeur encore et encore : une tortue rouge géante. Jusqu'au jour où il prend le dessus et se débarrasse de celle qui rend toute fuite impossible. Peut-être serait-il parti s'il n'avait pas vu, sortant de l'eau, cette femme à la chevelure rouge qui d'emblée s'intéresse à lui.
La musique a remplacé la nécessité impérieuse de la parole ; l'animation très sobre tant au niveau des teintes choisies qu'au niveau du chara design confère à ce long métrage ambitieux des aspects de rêveries éveillées et laisse aux protagonistes toute la place pour évoluer et vivre devant les yeux charmés des spectateurs.  S'agit-il ici du rêve d'un homme presque mort ou celui d'une femme née d'une tortue ?...
 
M pour Mauvaises graines II à la Topographie de l'Art : des tréfonds de l'âme et du dessin jaillissent des roses aux épines ensanglantées.


Les Mauvaises graines s'appellent Omar Ba, Stéphane Blanquet, Céline Guichard, Hélène Muheim, Stéphane Pencréac'h, Chloé Poizat, Cendrine Rovini, Emili Theander, José Maria Gonzalez... La galerie d'Art contemporain La Topographie de l'Art réunit dans ce nouvel opus, des artistes qui entretiennent des rapports particuliers avec le dessin, le support, le corps et la narration. Sur les murs de la galerie, se rencontrent alors des portraits sérigraphiés inquiétants, inspirés par des figures de la mythologie, des plantes gigantesques dessinées à l'ombre à paupières, des récits graphiques mystérieux au lavis, les métamorphoses chargées de sensualité et de cruauté d'une femme-enfant déposées à la surface d'un papier couleur chair, des suites de personnages monstrueux tracés à l'encre ou au crayon - hermaphrodites, fillettes plantureuses ou femmes puissamment membrées - saisis dans une intimité dérangeante... À la faveur de cette exposition, le dessin montre la complexité de son langage et l'étendue de ses possibilités à exprimer l'impermanence, les obsessions, la sexualité et la rêverie. Changeant, il est tout à la fois vecteur de violence, d'angoisse et d'érotisme. À suivre...

P pour le festival  Pulp  : la bande dessinée à la croisée des Arts ou la "BD et ses doubles" à la Ferme du Buisson à Noisiel, Seine et Marne.


Pulp est un festival consacré à la "BD et ses doubles", à savoir, toutes les disciplines et média qui la mettent en scène, l'enrichissent, permettent son analyse critique, ou la présentent différemment au public. A savoir, d'un côté le film d'animation (en séries TV, court et long métrages), la musique, la performance graphique et de l'autre, les conférences, les rencontres dédicaces, les expositions (installations, interactives ou plus classiques). Loin du mastodontesque festival BD d'Angoulême, Pulp est un petit festival où il règne une ambiance tranquille et posée pendant quatre jours. Quatre jours pour découvrir notamment cette année :
- les premières images de Lastman, série animée française très très attendue - adaptée de la BD éponyme - mélange hyper-vitaminé de Cobra et de Nikki Larson, relevé d'une touche de paranormal ;
- l'installation S.E.N.S. de Marc-Antoine Mathieu. Une occasion inédite offerte aux visiteurs de pénétrer physiquement dans son univers graphique aux frontières temporelles et spatiales incertaines ;
- Jean-François Laguionie est venu révéler quelques secrets de fabrication de son dernier long métrage Louise en Hiver, une sorte de méditation poétique et intimiste sur le temps et la mémoire.
- Et, Stéphane Blanquet a proposé sa Colonne d'appendices, visite d'un monde délirant fait d'alcôves peuplées de créatures et de petits cauchemars en papier et en volume.

R pour la Reprise du festival du film d'animation d'Annecy 2016 : parmi des courts métrages décalés et de fort partis pris artistiques, la beauté du ton juste et de l'animation délicate "old school".


Le festival d'Annecy remonte une fois par an jusqu'à la capitale pour montrer ses plus belles pépites, courts primés (films de fin d'étude, de commande, de création) et longs métrages en avant-première. La Reprise du festival a lieu au Forum des Images durant deux jours au mois de juin ; elle propose quatre séances de projections de courts et de très courts métrages retenus selon différents critères, parmi eux,  l'originalité du sujet ou la singularité du propos, l'inventivité de la réalisation, la musique, la qualité de l'animation au niveau technique. Cette année, le jury a souhaité mettre en avant des identités très fortes soutenues par des partis pris et des choix d'animation très décalés, parfois en "marge", un moyen de prouver toute la vitalité de cet art protéiforme. A voir, par exemple : Moms on fire (2016) de Joanna Rytel, Vaysha l'aveugle (2016) de Theodore Ushev ou Decorado (2016) de Alberto Vazquez. Je reste pour ma part fascinée par la poésie, la tendresse, les histoires simples - mais profondes - et l'animation fluide, soignée et plus "traditionnelle". Aussi, je suis emballée par Une tête disparaît de Franck Dion et par Ma vie de Courgette de Claude Barras.
Une tête disparaît (2016), métaphore de la maladie d'Alzheimer, met en scène Jacqueline, une vieille dame qui prend le train pour son anniversaire, avec sa tête sous le bras. Tout irait très bien si une abominable femme au visage de pigeon n'avait de cesse de la suivre et de surveiller ses moindres gestes. Une création toute en justesse pour un sujet trop actuel. Ma vie de Courgette (2016), tiré du roman Autobiographie d'une courgette de Gilles Paris et sur un scénario de Céline Sciamma, raconte l'histoire - toute en pâte à modeler animée - de Courgette, un petit garçon contraint d'aller vivre dans un foyer pour enfants après la mort accidentelle de sa mère. Une merveille d'animation et de fiction complètement made in France et qui prend les enfants au sérieux... Sortie prévue en octobre.

S pour Séries Mania - Saison 7 au Forum des Images, Forum des Halles : le rendez-vous incontournable des fans-dingos-mordus de fictions télévisées sérielles


Toujours beaucoup, beaucoup de choses à voir dans ce festival - gratuit! - qui présente en avril, des suites de séries et des productions internationales en avant-première dans tous les genres connus, de la comédie à la SF en passant par le polar, le drame, l'horreur et le thriller. Et aussi beaucoup de personnalités (comédiens, producteurs, critiques d'art, scénaristes) avec lesquelles échanger, partager et analyser l’engouement "planétaire" pour les séries. Chaque saison de Séries Mania a son lot de petits bijoux et de grands favoris. Pour permettre à un public toujours plus nombreux, jeune et moins jeune, de profiter de ces projections, la principale règle du festival : quinze entrées maximum par personne. Autant dire que le choix est très difficile ; certaines séries ne sont pas assurées d'être diffusées par la suite, il faut avoir du flair. Un grand coup de cœur personnel cette année pour les séries Sam, Capital et Crashing, un sourire entendu pour Angie Tribeca, Baskets et The family Law, et un "je demande à en voir plus, s'il vous plaît" pour The five, Cleverman et Ennemi public. Et c'est bien là l'autre souci du festival, on veut en voir plus, il n'y en a jamais assez ! 

T pour le drame indien The Lunchbox (2013) : un heureux fruit du hasard parfumé et épicé, conté par Ritesh Batra


Tout commence avec un repas livré (= lunchbox) à la mauvaise adresse professionnelle. De Ila, épouse et mère au foyer, à M. Fernandez, comptable quadragénaire taciturne, bientôt à la retraite. Ila n'est pas heureuse dans son couple, elle s'occupe essentiellement de la maison et de sa fille. Son mari toujours très occupé la délaisse. Pour reconquérir son cœur, avec les conseils avisés d'Antie, une sorte de voix off chaleureuse et drôle, elle prépare de savoureux repas, de savoureux repas amoureusement mitonnés, qui surprennent le trop blasé M. Fernandez. Au fil d'une correspondance qui se crée secrètement entre eux grâce à la lunchbox, la possibilité d'une seconde vie amoureuse après la mort, le deuil et la frustration les effleure.
Sobriété des décors, personnages principaux attachants car vrais, narration sans heurts, qui laisse à chaque moment le temps de délivrer sa saveur, piquante ou douce, regards attentifs posés par le réalisateur sur chaque geste, regard, action et instant de solitude de ces deux êtres, enfermés dans leur quotidien et leur situation sociale. The lunchbox ? Une histoire d'apparence simple... qui se lit comme se déguste un millefeuille, avec délice et précaution.

Et c'est tout pour l'instant.

© ema dée

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