lundi 2 mars 2015

Le cadeau fantastique ou La poupée de Noël

Anonyme, s.d. - s. l.

"Emballée, posée sagement tu es sous le sapin à attendre mes petites mains curieuses. A attendre nos prochains souvenirs de meilleurs amies du monde...
 
... J’ai regardé les cadeaux toute la soirée, je leur tournais presque autour. Que pouvaient-ils renfermer ? Mes parents me connaissaient-ils suffisamment pour m’offrir quelque chose qui me corresponde ? Parce que je voulais voir ce qu’ils m’avaient offert, ce premier noël qu’on passait ensemble depuis la grande séparation, j’ai pas résisté. Je me suis levée dans la nuit et sans faire de bruit, tout doucement, j’ai ouvert un tout petit peu un de mes paquets. Comment je sais que c’était le mien ? Le prénom. Mon prénom était écrit sur une étiquette fantaisie collée dessus, parce que j’étais un membre de la famille et que toute la famille aurait un cadeau avec son prénom dessus. Pour ne pas se tromper. Un cadeau ou plus. Celui que j’ai pris était plein de couleurs et brillant avec une fleur en bolduc doré. 

J’ai juste décollé un morceau de scotch. J’ai juste ouvert un peu le papier. J’ai juste jeté un œil. Pas longtemps, juste pour faire taire la curiosité qui m’empêchait de dormir. Un noël en famille, dis, quelle fête ! Et si les cadeaux ne me plaisaient pas ? Et si finalement, dans la nuit, on m’enlevait à mes parents, je ne saurai jamais ce qu’ils m’avaient acheté pour me faire plaisir, à moi, leur fille par intérim depuis quatre ans. Je ne pourrai qu’inventer leurs réactions devant leurs cadeaux, je ne pourrais qu’inventer le contenu des miens. 

J’ai juste cherché à voir au travers la boîte en plastique un peu dur. Pas longtemps, un coup d’œil furtif. Par peur de me faire prendre la main dans le sac. Et de décevoir. Aucune envie de me faire disputer pour mon impatience. Une impatience qui me rendrait rédhibitoire. Une impatience naturelle, quand même, je passais mon premier Noël avec mes parents depuis notre séparation et je voulais que rien ne gâche ce moment. 

Quand j’ai aperçu le noir de ses cheveux à travers un coin de la boîte en plastique transparente, j’ai compris ce que c’était. Enfin, j’ai imaginé le reste. L’imagination, ça me connaît. Mes parents appellent plutôt ça « mensonge ». Ils disent que j’aime bien « mentir ». Ce n’est pas vrai. Ils ne me connaissent pas assez voilà tout, c’est pour cela qu’ils croient que je mens, quand je raconte des choses que j’ai vues ou quand je leur répète des choses que j’ai entendues.

Je retournai dans mon lit, avec dans le ventre un concert de gargouillis de plaisir. J'avais vu. J'avais hâte à présent d'en voir plus. J'étais pressée de voir tout ce reste qui, sans exister vraiment, me racontait déjà des histoires. Je restai allongée sur le dos sur mon lit de camp, les yeux exorbités et le cerveau surchauffé par l'impatience.


© ema dée

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