mardi 17 février 2015

La colonie de vacances ou La chambrée

Solognottes. Cartes d'autrefois. Folklore et traditions.
Photo D.R. © Edito imp.

"On sera six dans la chambre. Une chambre rectangulaire, séparée en deux par deux larges placards installés dos à dos. Pour nos affaires d'été. J'ai pris plein de vêtements. Trop. C'est au cas où. Notre chambre est au premier étage. C'est la première juste après les escaliers. En face, il y a une autre chambre avec six lits comme dans la nôtre. Le couloir est long et un peu étroit. Avec d'autres chambres, des chambres de filles. Celles des garçons se trouvent au second étage.  C'est notre chambre pour les vacances d'été. Des vacances dans le Périgord. Un centre de vacances dans un grand bâtiment, un peu isolé avec un terrain pour jouer, une sorte de verger, du gravier autour, des salles extérieures dans des maisons qu'on rejoint par un escalier en pierre, plus bas. Mes copines de chambre et moi avons entre 9 et 10 ans. Nous nous connaissons à peine, certaines plus que d'autres parce qu'elles sont déjà venues l'année dernière. 

Pour venir au centre, on a pris le car depuis la ville d'Asnières. Le trajet a été long, assez pour se faire des copines de car. Les copines de car sont les copines qu'on se fait pendant le voyage mais qui ne le restent pas forcément une fois le voyage terminé. Je ne sais pas pourquoi. Souvent on est séparées dans les chambres. Les chambres sont organisées par âge et par ordre alphabétique des noms de familles des enfants. Du coup, on se fait de nouvelles copines et on a déjà presque oublié les autres, tellement on est contentes d'être arrivées et de ranger nos vêtements propres et - neufs parfois - dans nos tiroirs attitrés. J'en profite pour regarder les affaires des autres. 

Ma voisine a les mêmes culottes que moi, avec les jours de la semaine imprimés dessus. Elle s'en rend compte. On rit. Zut ! Ma mère a oublié de glisser mon chapeau de paille dans la valise. Mais, j'ai deux paires de lunettes. Ma voisine a trois chapeaux. On se prêtera nos affaires, si tu veux ? Le moment le plus terrible est celui du choix du lit. Personne ne veut être près de la porte. Parce que celles qui dorment près de la porte sont les premières à être réveillées le matin, les premières à être remarquées par la monitrice de surveillance le soir et les premières à avoir leur lit plié en portefeuille par les filles des autres chambres. Personne ne veut non plus être trop proche de la fenêtre. On dit qu'il y a du vent et des bêtes qui passent par en dessous. C'est surtout qu'un jour, une fille de cette chambre, nous a raconté la fille la plus âgée de notre groupe, s'est levée au matin, et elle s'est ouvert le crâne en se cognant dans la fenêtre, parce qu'elle était restée entre-ouverte pendant la nuit. Depuis, tout le monde se méfie. Moi, j'y crois pas. N'empêche que je m'installe dans le lit près de la porte. Il arrive qu'on se bagarre  pour le choix du lit et c'est la monitrice qui tranche. 

A un moment, on sort de la chambre pour aller rendre visite aux autres filles. Il y a des chambrées où tout est impeccable et tranquille. Ce sont les chambres des filles de 11 et 12 ans. Elles ont des seins, elles rigolent en se cachant la bouche avec leurs mains vernies et glissent leurs cheveux derrière leurs oreilles pour montrer qu'elles sont percées plusieurs fois ou se font des queues de cheval avec des chouchous fluo. Il y a les chambrées de 6-8 ans - infernaux - ici, c'est bazar dans tous les tiroirs ! Et en haut, au deuxième étage je veux dire, il y a les chambres des garçons..."

© ema dée

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