samedi 22 mars 2014

Le partage : une réflexion sur l'eau

En février 1993, au lendemain du Sommet de Rio, l'assemblée générale des Nations Unies, institue la journée mondiale de l'Eau. Elle aura lieu chaque année, à la même date, le 22 mars, et se consacrera à un thème spécifique. Cette année, il s'agit de se pencher sur les relations entre l'énergie et l'eau et plus précisément sur les inégalités d'accès à l'eau potable. Pour en savoir +, c'est ici.
 
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Pour fêter ce jour, je me suis demandée ce que représentait l'eau pour moi ? J'habite en ville, dans un logement parfaitement salubre et équipé. Je possède trois paires de bottes ainsi que deux parapluies, un petit pour les pluies fines accompagnées de brises légères et un très large pour les tempêtes parisiennes. J'ai un caddie costaud qui me permet de transporter mon pack de 6 litres d'eau minérale que je vais chercher à 150 pas de chez moi. Si je veux voir un fleuve, je me transporte en bus à quelques 2.5 kms de ma maison, je descends un escalier sécurisé vers un quai. Je trouve un banc de pierre ou une place vide sous un arbre et posée là, je médite. Si j'ai soif, je quitte ce quai, je remonte mon escalier, traverse une rue, marche 150 pas sans me presser et entre dans un Monoprix.

Zut, y'a plus d'eau ! C'est quoi, ce bordel ! Je croise un magasinier qui me répond qu'il ne sait pas ce qu'il se passe, le magasin a été comme dévalisé et le livreur n'est pas venu aujourd'hui. Pas grave, me dis-je, je vais aller à l'autre Monoprix un peu plus loin.  Au fait, ai-je de l'argent sur moi ? Bah, où j'ai mis mon porte-monnaie ? Misère ! Je l'ai oublié dans mon caddie quand je suis partie chercher mon pack d'eau ce matin !  Oser quémander un verre d'eau dans un bistrot parisien, jamais. Je vais vite rentrer chez moi et boire de l'eau fraîche de MON frigo. Prendre le métro ? Il est 16h30, il va y avoir foule. Non, je prends le bus, c'est plus long, mais au moins je suis assise. Ah, le voilà qui arrive et voilà une place. Non, madame, je ne peux pas vous laisser ma place. Pourquoi ? PARCE QUE. Le trajet dure 30 minutes de plus que prévu, heureusement qu'il ne fait pas aussi chaud que l'annonçait Météo France. Mais, suis-je sotte, j'ai ma gourde... vide ! A quoi sert une gourde vide, je vous l'demande !

J'arrive enfin. Escalier ou ascenseur , ascenseur ou escalier ? Bon, j'prends l'ascenseur, je le paie un peu avec mes charges, j'en profite. Boire, boire, boire. Et si j'appuyais sur le bouton pour faire monter l'ascenseur ?! Euh, quequifait là, l'ascenseur ? Bah, faut monter, pépère ! Et c'est reparti, le revoilà coincé. Mes aïeux, quelle journée! Pourquoi suis-je sortie méditer devant ce p..... de fleuve de m.... ?! J'appuie à nouveau... et il repart. Olah, versatile Mister ascenseur ! Je suis devant la porte. Maison, maison, frigo, eau, eau. Où sont passées mes clés ? NOOOON!

Bon, Loulou va arriver dans quelques minutes... Je pourrais peut-être demander de l'eau aux voisins ? Ah, non, je les déteste, ça ferait faux-derche. Y'a plus qu'à attendre. Voyons quelle heure est-il à mon portable ? Tiens, vous avez un message : "Je vais au ciné, comme je te l'ai dit ce matin, je rentre vers 21 heures ! Bisous mamour." Bien, bien, faisons le point sur les options qui s'offrent à moi : 
1 - Aller voir le gardien, taper la discuss' et l'air de rien, lui demander à boire. Pas top, je lui ai dit la veille que c'était un con. Il prendrait ça pour une victoire et il serait fichu de m'apporter du vin.
2 - Aller chez ma mère dans le fin fond du 91. Oh non ! Faut prendre le RER, j'ai pas l'courage. Et puis, elle est dans sa période casse-bonbons.
3 - Aller dans un  jardin, trouver un caillou rond et plat et le suçoter jusqu'à ce que mort s'en suive. Bon, je vire cinglé. Du calme.
4 - Aller à la bibliothèque municipale, bien sûr, ouverte jusqu'à 21 heures, bien sûr ! En route pour la bibliothèque, je suis sauvée.

LA BIBLIOTHEQUE EST FERMEE POUR INVENTAIRE. Est-ce quelqu'un me voit pleurer contre la vitre ? Je crois que je vais arrêter de m'agiter dans tous les sens. Ca ne mène à rien et ça me donne un air bizarre. Si j'ai rien à boire, j'ai quand même de quoi lire. Je vais donc remonter sagement chez moi, à pieds. Je vais m'assoire dans l'escalier et je vais lire la revue que je dois finir depuis deux semaines. Je serai tellement concentrée que je vais en oublier et ma soif et mon sentiment de honte.

La morale de mon histoire ? La valeur des biens se mesure au vide que laisse leur absence - même momentanée - et à l'angoisse et la désorganisation terribles dans lesquelles une privation soudaine peut jeter un individu habitué à leur présence.

 © ema dée  

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