jeudi 26 janvier 2012

Autour du corps, de la matière, du geste et de la couleur

De décembre à janvier, j'ai visité plusieurs expositions. Elles n'ont rien à voir les unes avec les autres tant au niveau du sujet, que de la technique en question. Pour autant je me suis laissée dire qu'à travers le cheminement que j'ai fait, j'ai abordé par différentes entrées les notions de ressemblance et d'écart, de représentation de la figure humaine, d'emprunts ou d'influences, et de métamorphoses. Ce qui suit n'a pas valeur d'analyse, chacun pourra de lui-même se renseigner sur les artistes et tous les mouvements artistiques dans lesquels ils s'inscrivent ou auxquels ils auront donné naissance.

Ce sont là mes impressions, notées sur le vif sur des carnets, puis ordonnées dans un souci de cohérence.

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BASELITZ SCULPTEUR 
Jusqu'au 29 janvier 2012 au MAM de la Ville de Paris

Essences de bois, tronçonneuse et hiératisme...
Exposées dans l'espace immaculé du MAM de Paris, comme des arbres dans une forêt dépeuplée, les sculptures de Georg Baselitz sont monumentales. Nus, drapés ou peints, ce sont des têtes énormes et des corps imposantes, hiératiques, faits dans des essences de bois que l'artiste néo-expressionniste allemand né en 1938 choisit avec le plus grand soin. Ce sont aussi des dessins, figures gribouillées, dansantes, épurées.

 Car, sur les corps de bois, aux membres démesurés et grossiers, il y a comme des dents, des griffures. Ce sont les scarifications et les meurtrissures produites par la hache et la tronçonneuse que Baselitz emploie pour faire jaillir des êtres asexués dont le faciès biffé revêt un aspect tragi-comique. Débarrassé de toute référence à la réalité,  le regard du spectateur se fixe résolument sur tout autre chose :  sur les touches de couleurs qui font comme une pulsion de lumière et sur les figures mixtes qui rappellent par leur stylisation certaines sculptures africaines dont l'artiste aime faire la collection.
 
Plus loin, quand on pousse un peu plus la visite, on découvre ses dessins, entre gribouillages enfantins et exercices,  pures figures graphiques et écriture de l'inconscient présageant la naissance d'une oeuvre. Suivent des pièces informes vêtues et des oeuvres incongrues, grotesques presque naïves à dessein,  qui sont tels des jouets pour enfants géants,  tristes et sadiques.

La forme rejoindrait ici le sens sans considération aucune pour le Beau. Sculptures et dessins, tout est fait dans un seul mouvement, passionné, excédé, possédé? Par quoi? Des expériences personnelles et intimes à exorciser? Des évènements dramatiques et traumatisants dont l'artiste veut rendre compte et consacrer, par un geste radical, immédiat? Pas si immédiat : la promenade terminée, les statues gardent leur singulier mystère. Et, le coeur ressent comme de la douleur ou de la pitié face à ces êtres-colonnes amputés et muets.

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DIANE ARBUS
Jusqu'au 5 février 2012 au Jeu de Paume

Androgynie, freaks et peinture sociale à l'américaine...
L’exposition de la galerie du Jeu de Paume est une suite de portraits en noir et blanc, figurant des personnes seules ou en couples, des gens du spectacle vivant, de la Nuit ou de la vie quotidienne… Diane Arbus a saisi l’espièglerie ou l’innocence des enfants, photographié des adolescents aux corps asexués qui paraissent sur les clichés comme désœuvrés. Elle a croisé le chemin de vieux un peu cocasses,  de femmes fardées à la beauté fanée, et surtout, des êtres « hors-normes » pour lesquels elle avait une vraie fascination.

Il y a dans certaines de ces photos comme une mise en scène d’un entre-deux qui leur confère une sorte d’étrangeté : les femmes ressemblent à des hommes, les hommes s'habillent en femmes, les êtres s'habillent ou se dénudent-ils ?... Les codes connus paraissent bouleversés, le bizarre prêt à jaillir de chaque cliché.
 
La composition est délibérément épurée, le grain de la photo ne cache rien, révèle plutôt. Les cadrages variés semblent s'être toujours adaptés à chaque sujet, comme guidés par lui ou choisis pour lui ? Enfin, les photographies sont d'une taille qui oblige le spectateur à s’approcher, l'amène à développer un instant une relation intime avec chacun des sujets et à poser sur lui un regard singulier, amusé, inquiet, parfois mal à l'aise... 

Chez Diane Arbus, photographe américaine (1923 - 1970), les gens sont tels quels. Ici, pas d'artifices ou d’effets supplémentaires, juste le regard curieux de l’artiste, documentaire. Ici, c'est la vie toute crue qui s'expose, intrigante et familière. 

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EXPRESSIONISMUS & EXPRESSIONISMI
Berlin Munich 1905 -1920 - Der blaue Reiter vs Die Brucke 
Jusqu'au 11 mars 2012 à La Pinacothèque

Expressions et orientations esthétiques dans les expressionnismes allemands...
La pinacothèque propose une mise en regard de deux mouvements artistiques contemporains longtemps considérés comme antagonistes et qui pourtant, comportent bien des points communs. Rassemblés sous le terme "générique" d'expressionnisme,  Der blaue Reiter  (le cavalier bleu) et Die Brücke (le pont), c'est avant tout l'expérience de la couleur, des sujets et du renouveau de l'art pictural chez des artistes avant-gardistes.

Chez les uns comme chez les autres, peintures et gravures, illustrations et dessins, portraits et autoportraits, paysages et natures mortes. Chez tous  encore,  une vibration de la couleur, véhicule de l’âme, et un désintérêt pour le principe de mimesis (ou recherche de ressemblance « aliénant » l'Art au rendu fidèle de la Nature.) Pourtant, des différences entre les deux mouvements, il y en existe bien. Elles se placent au niveau des idées et du projet esthétique : Die Brücke, mouvement artistique né à Dresde en 1905, est particulièrement préoccupé par la couleur et la spontanéité du geste. Der Blaue Reiter, mouvement artistique et littéraire, né pour sa part à Munich en 1911, réunit des artistes pour lesquels la vibration de l'artiste est au centre des questions de fond et de forme.

Pour amener le visiteur à s'interroger et à chercher ce qui réunit ou sépare les oeuvres et les artistes présentés,  une signalétique double a été adoptée. Entre ces deux mouvements fondamentaux de l'histoire de l'art occidental, cherchez donc les points de rupture... et les convergences.

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LA SAISIE DU MODELE VIVANT
Rodin 300 dessins 1890 -1917
Jusqu'au 1er avril 2012 au  Musée de  Rodin

Expérimentations graphiques et style dans les nus d'Auguste Rodin...
Le sculpteur français Auguste Rodin (1840 – 1917) a qui l’on doit  Le baiser, Le penseur ou la statue d’Honoré de Balzac par exemple, se livrait en parallèle au dessin. Sa pratique graphique a acquis progressivement une autonomie vis-à-vis de ses sculptures, au fur et à mesure des recherches auxquelles il s'est livré à partir de 1890.

Le musée Rodin expose étape par étape la lente et dynamique démarche de réappropriation du dessin par l’artiste jusqu'à sa consécration comme art à part entière. Ainsi, des expérimentations inventives et toujours plus audacieuses, se dégage une grammaire graphique, l’émergence d’un style : dessin instantané, forme épurée, combinaison expressive des moyens graphiques. L’obsession du rendu du mouvement prend le pas sur une vision naturaliste du modèle,  grâce à un trait sensuel et des aplats de couleurs non réalistes dans lesquels le modèle se dissout parfois. 

Pas de recherche de ressemblance, ni de caractérisation du modèle. Si la référence à ce dernier est présente,  c’est pour mieux assurer l’échappée belle de l’artiste vers une vision érotisée et singulière de la féminité. Enfin, il met au point de nouvelles techniques comme le découpage et l’assemblage des figures de papiers colorés qu’il organise en combinaisons variées, élaborées et symboliques.

A la manière d’un « work in progress » avant l’heure, le dessin de Rodin se définit dans sa pratique continue et dans ses incessantes métamorphoses.

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MASCARADES ET CARNAVALS
Jusqu'en juillet 2012  - Musée Dapper

Masques, costumes et coutumes dans les mondes africain, antillais et guyanais...
Le musée Dapper plonge au coeur des "mascarades et des carnavals" et présente une collection de masques aux formes, fonctions et origines variées. Ce sont des œuvres d’aujourd’hui et d’hier, parfaitement conservées, qui célèbrent la danse et dessinent une carte vivante des pratiques culturelles en Afrique, aux Antilles et en Guyane.

Le masque, c'est l'objet derrière lequel on se cache pour devenir quelqu'un d'autre, passer un rite initiatique, s'imposer comme chef et emprunter les attributs d'animaux pour dominer par la peur, la force, ou la séduction. Le masque, c'est aussi le costume dans lequel le danseur ou le sorcier se glisse pour les cérémonies, pendant les défilés de carnavals, en adoptant des attitudes comportementales d'animaux sauvages, qui mêlent jeu théâtral et danse provocatrice. Le masque, c'est aussi un mélange ouvragé et composite (fibres, cheveux, métal, perles,  pigments, peau, ivoire, plumes, dents, griffes...) 

Aujourd’hui, c’est aussi du simple papier mâché, du plastique et tout matériau de récupération qui composent des œuvres artisanales modernes, au fort message identitaire. Enfin, le masque, c’est un héritage, le lieu d’un savoir-faire à transmettre, un monstre sympathique, fascinant et familier... et le symbole d’une culture vivace auquel est associée la persistance ou le résurgence des carnavals aujourd'hui.

Voilà un monde peuplé d’êtres anthropomorphisés et silencieux, avec en fond ronronnant, des vidéos documentaires (témoignages, images de carnavals, danses...) qui viennent judicieusement suppléer l’imagination et donner vie comme par magie, aux figures de bois et de métal immobiles.

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*Visite dans mon musée imaginaire.
J'aime me coller devant une oeuvre avec mes outils favoris et des carnets de différentes tailles, et en reprendre des petits bouts que je collectionne. C'est une distraction qui me demande parfois de la rapidité et de la concentration car je ne dois absolument pas me laisser troubler par les regards curieux des visiteurs.
 
Morceaux choisis : d'après les têtes monumentales de Baselitz, une femme assise de Diane Arbus, Jeune fille au noeud rouge de Alewej von Jawlensky, un nu allongé à l'estompe sur papier Vélin de Rodin, Paul Claudel par Camille Claudel et une statue extraite d'une installation Voukoum (ou voix de l'éveil spirituel). 

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